L'Autorité de la concurrence a lancé une consultation publique sur les agents conversationnels comme ChatGPT. Les acteurs du secteur ont un gros mois pour répondre et aider l'administration à éclairer les enjeux concurrentiels du commerce agentique.

L'Autorité de la concurrence veut des réponses sur le commerce agentique avant mars. © forestgraphic / Shutterstock
L'Autorité de la concurrence veut des réponses sur le commerce agentique avant mars. © forestgraphic / Shutterstock

À peine trois semaines après avoir annoncé son enquête sur ChatGPT et consorts, l'Autorité de la concurrence bascule dans une nouvelle étape de son travail. Le régulateur français a indiqué, en fin de semaine dernière, avoir ouvert une consultation publique auprès de tous les acteurs du secteur, des géants de l'IA aux e-commerçants. L'objectif est de recueillir leur vision sur 27 questions qui dissèquent le fonctionnement de ces outils en pleine expansion, avec une attention particulière portée sur les risques de pratiques anticoncurrentielles et de verrouillage du marché.

L'autoréférencement des géants de l'IA dans le viseur de l'Autorité de la concurrence

Le questionnaire publié le 29 janvier par l'Autorité de la concurrence s'adresse à tous les maillons de la chaîne. Au-delà des créateurs d'IA comme OpenAI, Google ou Microsoft, l'Autorité interroge aussi les fournisseurs cloud, les marketplaces, les systèmes de paiement et les transporteurs. Tous ont jusqu'au 6 mars 2026 pour contribuer. Le contenu des réponses restera confidentiel, seuls les noms des participants pourront être mentionnés dans l'avis final qui sera remis un peu plus tard par l'autorité.

Le document que Clubic a consulté explore trois grandes thématiques. D'abord, comment ces outils fonctionnent et gagnent de l'argent. Vont-ils afficher de la publicité (ChatGPT en fait son cheval de bataille) ? Facturent-ils des abonnements ? Le régulateur s'interroge aussi sur les alliances stratégiques entre entreprises. Enfin, il se pose une question centrale : ChatGPT et ses concurrents sont-ils en train de devenir de véritables supermarchés numériques, où l'on peut tout faire sans jamais quitter la fenêtre de conversation ?

Le régulateur craint surtout le scénario de l'autoréférencement. Lorsque Google ou Microsoft intègrent leurs agents conversationnels dans leurs propres services (messagerie, suite bureautique), peuvent-ils favoriser leurs propres produits au détriment de la concurrence ? C'est tout l'enjeu de l'interopérabilité, à savoir permettre aux IA tierces de dialoguer avec ces plateformes sur un pied d'égalité. À noter que le lien entre ces agents conversationnels et les moteurs de recherche classiques n'est pas abordé ici. Un dossier si sensible, qu'il sera traité séparément.

OpenAI, propriétaire de ChatGPT, fait partie des sociétés questionnées par l'Autorité de la concurrence. © michelangeloop / Shutterstock
OpenAI, propriétaire de ChatGPT, fait partie des sociétés questionnées par l'Autorité de la concurrence. © michelangeloop / Shutterstock

Le commerce agentique suscite aussi l'inquiétude de l'Autorité, attentive

Onze questions portent sur le commerce agentique, ce nouveau mode d'achat où l'IA achète directement un objet, un billet d'avion ou autre, à votre place. L'Autorité veut comprendre quels secteurs basculeront en premier vers ce modèle. Ce qui est certain, c'est que tous les secteurs ne seront pas concernés au même rythme. Difficile en effet d'imaginer l'IA acheter un sac de luxe à 3 000 euros pour l'instant, mais commander automatiquement les croquettes du chat chaque mois semble bien plus réaliste. Le régulateur veut aussi comprendre le nouveau jeu de pouvoir entre marques et algorithmes. Comment Nike ou Carrefour peuvent-ils s'assurer d'être recommandés, admettons ? Et surtout, peuvent-ils interdire à une IA de proposer leurs produits ?

La question de la rémunération intrigue aussi l'Autorité de la concurrence. Qui paiera pour ce service ? Deux scénarios possibles, deux mondes différents. Première hypothèse, les commerçants payent pour que l'IA recommande leurs produits. On retombe alors dans un système publicitaire déguisé, où celui qui met le plus d'argent sur la table gagne en visibilité. Seconde hypothèse, c'est vous, l'utilisateur, qui payez un abonnement mensuel. Mais tout le monde pourra-t-il se l'offrir ? Dans les deux cas, difficile de garantir des recommandations vraiment neutres et objectives.

Le régulateur s'intéresse aussi aux standards d'interopérabilité émergents, comme l'Agentic Commerce Protocol ou l'Universal Commerce Protocol. Ces initiatives privées définissent comment les agents communiquent avec les sites marchands. Mais qui contrôle ces standards ? La consultation lancée par l'Autorité de la concurrence constitue la la troisième étape d'un marathon lancé en juin 2024. Après avoir analysé la conception des modèles d'IA puis leur impact environnemental fin 2025, l'Autorité peaufine son avis final pour 2026.