Google a dévoilé dimanche l'Universal Commerce Protocol, un standard ouvert qui va transformer le shopping en ligne, ouvrant l'ère du « commerce agentique ». Carrefour, Visa ou encore Zalando font partie des premiers à l'adopter.

Le géant Google a profité du salon mondial de la distribution de New York pour dégainer, ce dimanche 11 janvier 2026, sa réponse à OpenAI dans la bataille du commerce agentique. Trois mois après le lancement des fonctions shopping de ChatGPT, le géant de Mountain View présente son Universal Commerce Protocol (UCP). Il doit permettre aux consommateurs d'acheter directement en conversant avec une IA. Plusieurs gros noms, comme Carrefour, viennent d'annoncer l'avoir adopté.
Google crée un langage universel pour acheter directement depuis l'IA conversationnelle
Le commerce agentique, c'est cette possibilité toute fraîche de faire ses courses en discutant naturellement avec une intelligence artificielle. Très simplement, admettons que vous demandiez à un agent virtuel Carrefour « où trouver des pellets de bois ? ». L'assistant intelligent cherche pour vous, déniche le produit chez Carrefour, et vous permet de l'acheter immédiatement, sans ouvrir d'autres applications. Plus besoin de jongler entre sites marchands et comparateurs de prix.
Jusqu'ici, chaque distributeur devait développer des connexions sur mesure pour chaque plateforme d'IA. Un cauchemar d'intégration que Google résume par la formule « N x N ». L'Universal Commerce Protocol change la donne en créant un langage universel. Un seul branchement suffit désormais pour que les commerçants soient accessibles sur toutes les surfaces conversationnelles compatibles.
Ce protocole open-source couvre l'ensemble du parcours, de la recherche de produits au suivi de commande, en passant par l'ajout au panier et le paiement. Les commerçants gardent la main sur leurs prix, leurs promotions et leurs stocks. Ils restent maîtres de la relation client. L'avantage, c'est que ce système s'adapte aux infrastructures techniques existantes, ce qui permet aux distributeurs de se brancher facilement sans tout reconstruire.

Plus de 20 géants mondiaux rejoignent la coalition de Google contre OpenAI
Google ne se lance pas tout seul, vous l'aurez compris. L'entreprise a rassemblé une alliance impressionnante pour lancer l'UCP. Shopify, Etsy, Wayfair, Target et Walmart ont cocréé le protocole. Depuis, plus de vingt géants ont rejoint le mouvement : Carrefour, nous le disions, mais aussi Zalando, Best Buy, Macy's et The Home Depot. Cette mobilisation express des poids lourds du e-commerce mondial prouve à quel point l'enjeu est crucial pour le secteur.
Chez les spécialistes du paiement, Google a réussi à convaincre les mastodontes Visa, Mastercard, Americain Express, Adyen, Stripe et PayPal pour soutenir le protocole. Cette architecture modulaire permet aux consommateurs d'utiliser Google Pay ou leur autre méthode préférée. Chaque autorisation repose sur une preuve cryptographique du consentement utilisateur, qui garantit la sécurité des transactions dans cet environnement agentique.
La guerre du shopping par IA s'intensifie. Au même salon, Microsoft a dévoilé Copilot Checkout, sa propre solution d'achat conversationnel. Shopify, une autre plateforme très convoitée, joue sur tous les tableaux en collaborant avec différents acteurs. Google compte sur ses années de partenariat avec les distributeurs, via son moteur de recherche notamment, pour faire la différence et faciliter l'adoption de l'UCP.
Carrefour s'impose en pionnier européen du commerce agentique
Carrefour, par exemple, ne découvre pas l'IA avec cette annonce. Depuis plusieurs mois, l'enseigne tricolore expérimente l'intelligence artificielle de Google grâce à « Hopla+ » son agent IA conversationnel intégré à l'application mobile pour simplifier la création de paniers. Le distributeur franchit aujourd'hui un palier en s'intégrant nativement à Google Search et à l'application Gemini.
« Nous souhaitons proposer à nos clients des parcours d'achat encore plus fluides, directement intégrés dans Google Search et l'application Gemini, dès que ces fonctionnalités seront déployées », réagit ce dimanche Emmanuel Grenier, directeur de la transformation digitale du groupe. Carrefour se présente comme « pionnier du commerce agentique en Europe » et « à l'avant-garde de l'innovation ».
L'impact sera majeur pour les clients. Bientôt, ils pourront acheter chez Carrefour directement depuis Google Search ou l'application Gemini, sans changer d'interface. Un parcours fluide de la recherche au paiement. Pour Carrefour, qui ambitionne de devenir un leader du retail numérique, c'est l'occasion de conquérir les consommateurs habitués au shopping conversationnel.
Des concierges numériques qui annoncent l'ère du Web zéro clic
Google promet à ses clients et utilisateurs des assistants IA ultra-efficaces, de véritables « concierges numériques ». Kevin Vasconi, responsable du numérique chez le très connu restaurateur de pizzas américain Papa Johns, donne un exemple concret : « Je dis à l'IA : commande des pizzas pour quinze personnes dont des enfants, avec des allergies au gluten et un budget de 100 dollars. Elle me propose instantanément la commande parfaite, que je peux ajuster en discutant. » Il est vrai que sur le papier, c'est plus que prometteur.
Cette révolution annonce en tout cas l'ère du « zéro clic ». Si l'IA trouve, compare et achète pour vous, pourquoi naviguer encore sur les sites web ? Les boutiques en ligne resteront utiles pour flâner et découvrir de nouveaux produits. Mais pour vos courses hebdomadaires ou vos achats routiniers, l'intelligence artificielle deviendra probablement votre réflexe.
Reste à savoir si cette révolution tiendra ses promesses, et si elle passera à terme le cap réglementaire, qui tôt ou tard, se penchera sur la question, comme l'Autorité de la concurrence a pu montrer son intérêt pour les robots conversationnels, pas plus tard que vendredi. Google a déjà été épinglé pour abus de position dominante avec Google Shopping. Les distributeurs devront-ils payer pour apparaître dans ces résultats d'IA ? Les petits commerçants pourront-ils rivaliser avec les géants ? Et surtout, les consommateurs accepteront-ils de confier leurs données d'achat à une intelligence artificielle ? Autant de questions qui se poseront au fil du déploiement de l'Universal Commerce Protocol.