Elon Musk a proposé au Pentagone de s'inspirer de Star Trek pour repenser la défense américaine. L'idée mélange science-fiction et IA militaire. Elle interroge autant qu'elle fascine les responsables de la Défense.

Quand Elon Musk s'exprime en général, on peut s'attendre à tout. Alors lorsqu'il s'agit de l'avenir de la défense, le Pentagone écoute, mais pas toujours avec le sourire. Lors d'une récente intervention, le patron de SpaceX et de xAI a suggéré que l'armée américaine devrait adopter une approche inspirée de Star Trek pour développer ses systèmes de défense du futur.
Le papa de Grok défend une vision bien précise et veut intégrer massivement l'intelligence artificielle dans les opérations militaires, mais sur tout avec son propre modèle en première ligne.
Sans surprise, cette sortie a provoqué des réactions contrastées au sein de l'establishment militaire. Certains y voient une vision audacieuse qui pourrait accélérer la modernisation de l'armée. D'autres s'inquiètent de la dépendance croissante envers des technologies civiles développées par des entreprises privées, notamment quand ces entreprises appartiennent à un homme qui multiplie les projets parallèles et les prises de position controversées. Le Pentagone hésite entre deux options. Il peut profiter de l'avance technologique du privé ou conserver le contrôle total de ses systèmes critiques.
Star Trek comme promesse plus que comme programme
Elon Musk a évoqué Star Trek sans entrer dans les détails, et cette référence tombe à point nommé. Dans la série, la Fédération des Planètes Unies dispose de systèmes d'armement sophistiqués, d'une coordination parfaite entre vaisseaux et d'une capacité à analyser les menaces en temps réel. Celui qui souhaite désormais racheter Ryanair imagine exactement la même chose pour l'armée américaine. Des flottes de drones autonomes, des satellites interconnectés et des systèmes de commandement donnent à l'IA un rôle déterminant dans la prise de décision.
Le milliardaire a martelé son message et veut que l'armée abandonne les approches traditionnelles, qu'il juge trop lentes et bureaucratiques. Il a cité les délais de développement d'armements, qui s'étirent parfois sur une décennie, alors que la Chine accélère sa propre montée en puissance technologique. Elon Musk estime qu'il faut s'appuyer rapidement sur des technologies déjà opérationnelles dans le civil et les adapter aux besoins militaires. Le temps presse.
Mais les promesses et déclarations farfelues s'entachent de zones d'ombre. D'abord, Star Trek reste de la fiction. Les machines y obéissent toujours aux humains et les dilemmes éthiques se résolvent en 45 minutes. La réalité militaire impose des contraintes autrement plus complexes. Fiabilité absolue, sécurisation contre les cyberattaques, respect du droit international et surtout, capacité à fonctionner sans connexion permanente. Les responsables du Pentagone savent que les promesses technologiques ne suffisent pas à garantir l'efficacité opérationnelle sur le terrain.
Ensuite, Musk vend aussi son propre produit. Grok, son modèle d'IA développé par xAI, pourrait parfaitement s'intégrer dans cette vision futuriste. Chacune de ses interventions publiques sur le sujet laisse deviner ce positionnement commercial, et le Pentagone sait bien qu'une stratégie d'influence se cache derrière l'audace affichée.
Grok et les IA civiles dans la machine militaire
L'armée américaine utilise déjà des systèmes d'IA, mais elle les développe majoritairement en interne ou via des contrats très encadrés avec des entreprises spécialisées dans la défense. Elon Musk propose un changement radical et veut utiliser des modèles conçus pour le grand public en les intégrant directement dans les infrastructures militaires. Grok, ChatGPT, Claude ou d'autres pourraient ainsi analyser des données de renseignement, coordonner des opérations ou même assister les soldats en temps réel.
Les avantages sont indéniables. Les IA civiles bénéficient de mises à jour constantes, d'une base d'utilisateurs massive qui teste leur robustesse et d'investissements colossaux qui accélèrent leur progression. Le Pentagone économiserait du temps et de l'argent en s'appuyant sur ces technologies plutôt qu'en développant tout de zéro.
Mais les experts en sécurité sont inquiets. Un modèle d'IA entraîné sur des données publiques peut contenir des biais, des failles exploitables ou des comportements imprévisibles dans des contextes extrêmes. Les adversaires des États-Unis étudient ces mêmes technologies et pourraient anticiper leurs réactions ou même les manipuler. Le Pentagone craint aussi de devenir dépendant d'acteurs privés qui contrôlent les infrastructures et les mises à jour, ce qui limite la souveraineté technologique du pays.
Plusieurs voix au sein de l'armée soulignent également que Musk a parfois manqué à ses engagements contractuels. Starlink, par exemple, a été coupé en Ukraine à des moments critiques, ce qui a créé des tensions avec les autorités américaines. Confier des systèmes militaires critiques à une entreprise qui peut modifier ses priorités selon les caprices de son patron soulève des questions légitimes.
Malgré ces réserves, l'idée fait son petit bonhomme de chemin. Le Pentagone a déjà lancé plusieurs programmes pilotes pour tester l'intégration d'IA civiles dans des environnements militaires. Les résultats restent confidentiels, mais les budgets alloués augmentent chaque année. Elon Musk a réussi à lancer le débat, même si personne n'est dupe.
Source : Guessing Headlights