Télévision interactive : un état des lieux.

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Le 31 octobre 2001
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Consultant pour iTv Focus, Jean-Baptiste LABRUNE propose un état des lieux de la Télévision Interactive

Consultant pour iTv Focus, Jean-Baptiste LABRUNE propose un état des lieux de la Télévision Interactive

En janvier 2003, les chaînes de télévision françaises vont pouvoir émettre en numérique sur le réseau hertzien. Cette étape pourrait bien marquer le début réel de la télévision interactive, comme le prouve l'exemple de la Grande Bretagne depuis trois ans : croissance significative du nombre de terminaux et explosion de l'offre de contenu interactif.

Les terminaux se multiplient :

- La télévision interactive (TVI) est composée d'un écran classique auquel on adjoint un système numérique capable de traiter et d'envoyer des données. On distingue trois configurations:

Les téléviseurs intégrant une carte dédiée à l'interactivité, souvent des produits haut de gamme livrés avec des périphériques les transformant en ordinateur du début des années quatre-vingt. En début d'année, 84 a intégré l'option TAK dans la majorité de ses téléviseurs haut de gamme (hors plasma) qui, pour un surcoût de 400 Euros environ, donne accès à un grand nombre de services interactifs (guides de programmes, actualité, Email...).

http://www.tak.net

- Les boîtiers externes appelés Set Top Boxes (STB) même si on les pose le plus souvent en-dessous de la télévision. Ils possèdent tous une télécommande complexe aux nombreux boutons. Les plus chers contiennent un disque dur faisant office de magnétoscope numérique perfectionné. Nokia et Pace se sont positionnés très tôt sur ce marché, forts de leur expérience dans le domaine du satellite. Mais actuellement, tous les grands constructeurs mondiaux préparent des produits équivalents (Pioneer Voyager 4000, Thomson/Seagate Cachevision, Sony CableVision, Chipsets 17 STB043xx)

http://www.pace.co.uk/products/index.asp
http://www.nokia.com/multimedia/index.html
http://www.digitaltelevision.com/2001/interact/0901_1.shtml
http://www.cachevision.com/technology/hardware.html
http://dpaweb.funtv.com/
http://www.chips.ibm.com/products/settopbox/products/stb04xxx.html

Les multimédia devices, qui sont des STB particuliers puisque leur but premier n'est pas de faire de la télévision interactive. Certains lecteurs DVD équipés du système Nuon (comme le Samsung N501, le Toshiba SD2300 ou encore le célèbre 140 Streamaster) enrichissent le contenu et la navigation . Le magnétoscope numérique Tivo propose également pour moins de 200 Euros l'accès à des services interactifs sur SkyDigital. Enfin, les consoles de Jeux comme la PS2 ou encore la Xbox, annoncée pour mars prochain à 480 Euros, permettent la navigation enrichie et les jeux interactifs.

http://e-www.motorola.com/adc/streamaster
http://www.toshiba.com/tacp/dvd/nuon.html
http://www.samsungelectronics.com/dvdp/nuon/index.html
http://www.tivo.com
http://www.replaytv.com

Logiciels : Vers une adoption des standards internet

La partie logicielle est dominée depuis dix ans par OpenTV (installé dans 18,2 millions de décodeurs | source Broadbandweek Direct), concurrencée par l'offre de Canal+ Technologies (11,5 millions de décodeurs | source C+Techno). Cependant, avec l'explosion d'Internet, des alternatives émergent, de nombreux logiciels fonctionnent sous Linux comme celui du français Netgem.

http://www.linuxdevices.com/articles/AT5690634012.html
http://www.linuxtv.org
http://www.netgem.com

Enfin, l'adoption des standards du Web est probable, la norme interactive DVB-HTML intègre par exemple Html 4.01, Javascript 1.3, Dom1. Ceci permettra la réalisation d'économies d'échelle sur les développements, et facilitera le recrutement de développeurs (spécialistes de Java et de Xml notamment). La norme historique de la TVI est DVB-MHP et ses nombreuses déclinaisons (DVB-S pour le satellite, DVB-C pour le cable...).

http://www.dvb.org/dvb_technology/index.html

L'encodage vidéo suivra probablement les spécifications définies par le Mpeg Group. Le Mpeg Layer 2 laissera place au Mpeg4 moins gourmand en bande passante puis au Mpeg7 contenant une couche d'indexation appelée Meta-données. Avec Mpeg7, on recherchera toutes les vidéos contenant l'empreinte vocale de tel acteur, et on achètera en un clic les vêtements qu'il porte.

http://mpeg.telecomitalialab.com/
http://www.mpeg-7.com/

Nouvel environnement, nouveaux contenus

L'interactivité numérique va créer de nouveaux usages de la télévision. A la diffusion classique sur le modèle du push, la TVI préfère les guides de programmes interactifs (EPG pour Electronic program guides). Ces guides sélectionnent le contenu suivant des critères propres à la personne qui regarde le programme (One-to-one), mais également comparativement aux choix d'autres spectateurs dans le même segment (Collaborative filtering).

En surimpression du flux vidéo apparaissent des fenêtres interactives incitant le téléspectateur à donner son avis, à choisir un angle de caméra (synchronizedTV) ou encore à cocher des cases de réponse. C'est ce que l'on appelle l'enrichissement des programmes (Enhanced content). Des sociétés comme NPTV à Paris ou bien encore Liberate en Californie développent des progiciels de montage vidéo enrichi.

http://www.nptv.fr
http://solutions.liberate.com/demo/enhanced_tv/page1.html

La publicité interactive va vraisemblablement remplacer la traditionnelle coupure publicitaire. Alors que la publicité actuelle s'intercale entre les émissions, la publicité interactive est dissimulée dans le contenu. Cette méthode est déjà très répandue au cinéma.

Moins intrusive, elle permet au consommateur de donner son avis par le biais de la télécommande, voire d'acheter directement et n'être débité qu'en fin de mois sur la facture liée à son abonnement.

Certaines sociétés se sont spécialisée dans la création de publicité interactive, la plupart d'entre elles en Grande Bretagne, premier marché mondial de contenu interactif.

http://www.tornadoproductions.com/
http://www.mixedsignals.com/
http://www.zoe.co.il/

La vente de produits et services par la télévision, encore appelée T-commerce prendra un essor considérable. Nouvelle forme de vente à distance, c'est l'évolution naturelle du télé achat. Le T-commerce a plus de chances de réussir que son ancêtre du web (l'E-commerce) pour cinq raisons :

- La facturation est simple et indolore (facture en fin de mois).
- La vidéo possède un fort impact et incite à l'achat (expérience du téléachat).
- Le faible nombre d'acteurs du secteur est un gage de pérennité du service.
- Les standards de développements et de collaboration évolués (Java, XML, Webservices) facilitent la logistique commerciale.
- Grâce au débit, on peut dialoguer en direct avec un téléopérateur, rassurant avant d'acheter ou lors de problèmes en SAV.

Bien qu'étendue, l'offre de la vente à distance est limitée à certains produits et services. On n'achètera sûrement pas ses légumes à la télévision, par contre, on achètera des films, des programmes sportifs, de la musique. La notion d'Email va se développer avec les possibilités de transmissions vidéos (visio-conférence). Les jeux interactifs feront participer les téléspectateurs, on pariera de son canapé sur des chevaux, ou des voitures de course.

Certains services comme le développement des photos numériques, le montage DV virtuel, bénéficieront de l'intégration de hubs USB ou Firewire dans les récepteurs. Enfin, de nombreux services d'assistance produit vont se développer. On peut très bien imaginer que l'acheteur d'un meuble en kit rentre la référence de son produit et suive un didacticiel de montage le soir rentré dans son salon...

Le développement du marché

En Grande-Bretagne, un an après le lancement de la TNHT, le bouquet numérique hertzien OnDigital réunissait déjà 500 000 abonnés (source Idate). L'opportunité de ce marché se double d'un enjeu primordial pour les acteurs français. A l'heure des grandes manœuvres dans le domaine des médias européens, la TVI apporte une promesse de revenus fondés sur le commerce plutôt que sur la publicité.

Bien que cette dernière ne soit pas en péril (3 milliards d'Euros en l'an 2000 | source AACC), on peut douter de la pérennité de sa forme actuelle. Avec le développement des magnétoscopes numériques, la multiplication des programmes et la médiatisation du matraquage publicitaire (plus de 7500 hits par personne et par jour | source R.A.P.), les spectateurs zappent de plus en plus les écrans pub.

De plus, numérique rime avec renouvellement du matériel. Celui du parc de téléviseurs est énorme (3 millions / an | source Ministère des Télécoms). Et les acteurs sont nombreux : opérateurs, producteurs de contenu, ou fabricants de matériel, tous réclameront une part du gâteau.

Il est difficile d'établir la chronologie précise du déploiement de la télévision interactive. A court terme on peut d'ores et déjà se focaliser sur 2003 comme l'année test de la programmation numérique. Dans les années qui suivront, la vitesse d'adoption des terminaux mais également la qualité et la quantité de l'offre de contenu interactif seront déterminants.

Alors que la nouvelle économie et ses mirages s'estompent peu à peu, le futur du commerce numérique se précise. L'Internet réservé aux applications professionnelles, les terminaux mobiles pour le commerce instantané, et la télévision interactive pour les loisirs.

Jean-Baptiste LABRUNE | iTV Focus | contact@itvfocus.com
Modifié le 20/09/2018 à 15h39

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