Jaimelesartistes : le site qui vous explique Hadopi

Trois ans après le douloureux vote de la loi DADVSI, dont tous s'accordent aujourd'hui à dire qu'elle n'a en rien permis d'endiguer le téléchargement illégal, le ministère de la Culture annonce le lancement d'un site Internet baptisé jaimelesartistes.fr, sur lequel les internautes sont invités à venir prendre connaissance du projet de loi « Création et Internet » et de la façon dont fonctionnera le dispositif de riposte graduée, avant même que ce dernier n'ait été voté.

Difficile de ne pas se remémorer l'initiative « lestelechargements.com ». Début 2006, le ministère de la Culture, alors emmené par Renaud Donnedieu de Vabres, commande à l'agence Publicis la réalisation d'un site Internet, censé permettre aux artistes et aux internautes de débattre ensemble de la question des droits d'auteur. Rapidement, les débats tournent à la foire d'empoigne, contraignant les administrateurs du site à fermer les commentaires ou à en déplacer certains sans prévenir. Cerise sur le gâteau : alors que le site utilise Dotclear, une plateforme open source et gratuite, on apprend que la facture se serait élevée à 180.000 euros, pris sur les deniers publics. Quelques semaines après son ouverture, le site vit ses derniers soubresauts, et ne tarde pas à fermer. Aujourd'hui, le nom de domaine associé est proposé à la vente...

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Chat échaudé craint l'eau froide

« La campagne "J'aime les artistes" a pour but d'expliquer aux jeunes internautes en quoi la mise en place d'une "réponse graduée" au piratage, essentiellement préventive et pédagogique, permettra de préserver et de développer l'offre de musique, de films, de programmes audiovisuels et de jeux vidéos, en ligne aussi bien que dans les magasins, tout en respectant les droits et libertés de chacun - c'est-à-dire des abonnés à Internet aussi bien que des artistes et des entreprises », explique le ministère de la Culture.

Près de trois ans après l'échec du site lestelechargements, impensable pour le ministère de la Culture de commettre à nouveau les mêmes erreurs. Exit donc la prestigieuse - et fort coûteuse - Publicis : la réalisation du site jaimelesartistes a été confiée à l'agence JMS l'Inconscient Collectif, moins médiatique, et spécialiste de la cible 15-25 ans. Du côté des commentaires, la donne a été simplifiée, puisque le site n'autorise pas la discussion : on pourra y visionner des vidéos explicatives, dans lesquelles Christine Albanel et ses adjoints expliquent les bienfaits du projet de loi « Création et Internet », et consulter des fiches pratiques, sous forme de foire aux questions, censées répondre aux questions que se posent les internautes. Là s'arrête l'interactivité, du moins pour l'instant.

En parcourant le site, on découvre quelques pages de faux texte (le fameux lorem ipsum) ainsi que la mention de « partenaires » dans le code source des pages, au nombre desquels on trouve des sociétés d'auteur, mais aussi des chaînes de télévision ou des opérateurs. Nature du « partenariat » ?

Ca va couper : la réponse poil à gratter ?

Hasard du calendrier ? Alors que rue de Valois, on donne le coup d'envoi du site Jaimelesartistes, l'association de consommateurs UFC Que Choisir ouvre ca-va-couper.fr, présenté comme « une parodie du projet de loi Création et Internet, de l'Hadopi et de la Riposte graduée ». Le message de bienvenue ne laisse planer aucun doute sur la dimension satirique du site : « Salut c'est Dédé. Dédé, de Ca-va-couper.fr ! J'ai l'immense plaisir de t'annoncer qu'il y a 72 heures, tu t'es fait flasher à 9072 kbit/s en train de télécharger, illégalement, de la musique sur Internet. Du coup, j'ai la joie et l'honneur de procéder à la coupure de ta connexion Internet. Quoi ? T'es pas content ? ».

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En quatre vidéos, Dédé, acariâtre agent des forces de l'ordre, témoigne d'une furieuse envie de « couper » la ligne des internautes qui téléchargent, avant de retourner sa veste pour prendre la défense du consommateur et promouvoir les activités de l'UFC Que Choisir. Là non plus, on ne commente pas, mais le site ca-va-couper prodigue fonds d'écran, logos et autres bannières, sans oublier le prévisible « piège tes amis », tous destinés à favoriser la propagation virale du message de l'association de consommateur. La cible semble toute trouvée : là encore, on souhaite parler aux 15 - 25 ans, à cette génération qui, élevée à La Cité de la Peur, saura qu'on ne dit pas « ça va trancher, chérie » mais bel et bien « ça va couper ». Plus sérieusement, le site renvoie ensuite vers les différents dossiers et communiqués réalisés par l'association sur le sujet du téléchargement illégal et de la riposte graduée.

Du consensuel ou du démagogue, lequel des deux sites rencontrera le plus de succès ?

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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