L'ISS est toujours là, même si la coopération est remise en question

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
04 avril 2022 à 15h45
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ISS station spatiale internationale crew 2 flyover © NASA
© NASA/ESA - Thomas Pesquet

Après une série d'ultimatums contre les sanctions occidentales, la Russie pourrait-elle se retirer de la Station spatiale internationale ? Le directeur de l'agence russe a annoncé que Roscosmos allait prochainement s'engager sur un calendrier signant la fin de leur participation… Mais attention à ne pas surinterpréter.

Pour l'instant, les opérations se poursuivent normalement.

Le début de la fin ?

Sous le coup de sanctions de la part des nations occidentales depuis qu'elle a envahi l'Ukraine, la Russie ne pourra pas poursuivre ses engagements vis-à-vis de la Station spatiale internationale. Telle était, en substance, la nature du courrier envoyé par le directeur de Roscosmos (l'agence spatiale russe) à ses homologues des États-Unis, du Canada et de l'ESA, l'Agence spatiale européenne. La lettre était accompagnée d'un ultimatum : sans une levée des sanctions d'ici le 31 mars, la partie russe prendrait des décisions en conséquence.

Il faut préciser que les deux conglomérats d'État JSC-TsNIIMash et JSC-RSC-Progress (importants acteurs du spatial russe) sont directement visés par les différents trains de mesures occidentales. Les réponses des agences, publiées par Dmitri Rogozine (le pétulant directeur de Roscosmos) sur Twitter, expliquaient en substance que malgré leur application des sanctions, les agences mettaient tout en œuvre pour préserver la Station spatiale internationale. Elles soulignaient également que cette coopération était de première importance.

Aucune n'a toutefois évoqué une quelconque levée des mesures (sur lesquelles, il faut aussi préciser, les agences mentionnées n'ont aucun pouvoir). Devant cette impasse, le 2 avril, Rogozine a annoncé que ses équipes transmettraient « prochainement » un calendrier prévoyant la fin de la coopération.

ISS station spatiale équipage mission 67 © NASA
L'équipage de la mission "Expedition 67" sera complet fin avril avec 3 Américains, 3 Russes et l'Italienne S. Cristoforetti © NASA

Ne pas s'exciter, mais étudier les options

Gare toutefois à ne pas vouloir lire entre les lignes ou spéculer trop vite. Les opérations sur l'ISS (on l'évoque régulièrement depuis le début de l'invasion) se poursuivent, comme prévu de longue date. Le retour de l'Américain Mark Vande Hei a eu lieu la semaine dernière et s'est déroulé normalement.

De plus, pour le moment, il n'y a pas d'informations sur ce « calendrier de fin de collaboration ». La Russie a beaucoup investi pour son segment de l'ISS, vient d'y envoyer trois astronautes russes et prévoit des sorties pour étendre les capacités dans le mois qui vient. La spéculation sur une fin abrupte de la station n'est donc pas à l'ordre du jour. Alors… quelques mois ? C'est peu probable. 2024 ? La Russie n'a pas encore accepté un report officiel des opérations au-delà, cela pourrait être une source de pressions. Ou plus tard ?

N'oublions pas que les segments russes et USOS (non russe) sont conçus pour être interdépendants. Dans le cas extrême où la Russie déciderait de quitter le projet, même si elle a beaucoup moins investi ces dernières années que les États-Unis, elle a beaucoup à perdre, en prestige et en capacités du spatial habité.

Source :Dmitri Rogozine

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gothax
Merci Éric pour ton article<br /> Mais dans cette histoire ce qui va définir le futur est bien la capacité pour la russie d’assurer des transports « 100% » sûr vers la station quelque soit la nationalité des astro/cosmo/spacio-nautes.<br /> Dommage que les USA refusent de bosser avec les chinois, les longue-marches aurait pu palier aux Soyouz en attendant
ebottlaender
Non, les Etats-Unis ont aujourd’hui cette capacité de transporter les astronautes vers et depuis la Station sans aucun problème avec leurs capsules. On n’est plus en 2020, dernière année où les capacités russes étaient absolument nécessaires pour renouveler les équipages. Toutefois il ne faut pas nier que ça a été un apport crucial pour maintenir l’ISS durant une décennie !<br /> Je ne comprends pas trop la remarque avec Longue Marche.
gothax
Merci pour ces précisions.<br /> Confirme moi si je me trompe mais les séjours sont de plus en plus longs. Est ce que tu penses pas comme moi que cest par un manque de lanceurs fiables et récurrents? La capsule américaine (cruedragon je crois) a combien de vol vers ISS? Deux ou quatre non?<br /> Quant à ma remarques sur les chinois, je trouve dommage leur mise à l’écart par un seul pays qui va demain avoir seul (politiquement et techniquement) des capacités à aller sur iss. Déjà que je trouve que peu de nationalités va dans l’espace. Rq: C’est bien longue marche leur gros lanceurs, je ne me trompe pas ?<br /> Aller une dernière question / bafouille : as tu regarder infiniti sur canal+??? Et qu’en penses tu?<br /> Merci pour tes articles
ebottlaender
Alors alors :<br /> Non les voyages n’y sont pas de plus en plus longs, il y a quelques expériences de très longue durée comme celle qui vient de se terminer avec Piotr Dubrov et Marc Vande Hei mais ça reste exceptionnel. En 2016 il y avait déjà le « year in space » de Kelly et Korniyenko. Ce n’est pas lié à un manque de capsules, au contraire il y en a plus actuellement en service qu’il y a 3 ans.<br /> Crew Dragon est une capsule fiable qui embarque 4 astronautes, et elle a déjà volé 5 fois vers et depuis l’ISS (4 fois avec astronautes) + une fois en orbite sans aller à l’ISS. C’est déjà beaucoup ! Deux d’entres elles iront sur l’ISS dans le mois qui vient.<br /> La mise à l’écart des chinois de l’ISS n’est pas uniquement due aux Etats-Unis, même si c’est un facteur prépondérant. Comme ils étaient mis de côté par l’ensemble des nations spatiales au début des années 2000, ils ont développé leur programme « tout chinois ». Le lanceur de Shenzhou est CZ-2F. Mais CZ-2F ne peut porter que Shenzhou, pas Soyouz. Et les deux dans l’espace ne sont pas interchangeables.<br /> Enfin… Je n’ai pas le loisir de payer pour Canal+, donc non je n’ai pas regardé infiniti.<br /> Merci de me lire
pecore
l’ISS est l’un des rare symboles de coopération entre les Etats et pas juste entre l’occident et la Russie d’ailleurs. Perdre cette passerelle serait bien dommage mais il me semble que c’est la Russie qui a le plus à perdre en se retirant du projet. A ce titre, il y a de fortes chances que ce ne soit qu’un coup de bluff.
gothax
Merci Éric<br /> C’est donc une fausse impression que j’ai eu concernant la longueur de la durée des personnes dans l’espace.<br /> Sais tu, en ce moment, comment est géré le service technique et les voyages techniques vers iss ?<br /> Pour rebondir sur les propos de Pecore j’ai peur sur la perte de fiabilité des Soyouz avec les sanctions. (Attention je ne parle que de ce sujet et uniquement de ce sujet!).<br /> Quant à tes articles et la façon de les rédiger, avec mon boulot et mon emplois du temps critique, c’est juste plaisant!<br /> J’ai canal+ mais je ne l’utilise pas … MDR !!! Tu veux mon compte? Ahaha
dgino
Ouais vas-y, envoie tes codes canal stp, lol.<br /> La coopération spatiale internationale est une façade. on sait bien la guerre se prépare aussi dans l’espace et hors de question pour les chinois de collaborer dans ces conditions. Idem pour la Russie, maintenant qu’il est établi que ce n’est pas un allié mais un ennemi elle se retirera à terme de toute coopération avec les occidentaux. C’est dans la logique des choses. Que la Russie ait beaucoup à perdre ou pas, je ne pense pas que ça pèse sur la décision, juste sur la durée du calendrier de retrait à la limite.
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