Ubuntu Edge : Canonical a-t-il vu trop grand ?

22 août 2013 à 17h24
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Malgré un projet ambitieux et un record battu, la campagne de financement participatif de Canonical pour produire le smartphone Ubuntu Edge n'aura pas été au bout de son objectif. Projet trop ambitieux, stratégie mal définie ou timing trop serré ? Retour sur un échec qui reste tout de même relatif.

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Le petit monde du financement participatif pullule de success story : on ne compte plus le nombre de campagnes ayant non seulement atteint leurs objectifs, mais les ayant, bien souvent, dépassés. Mais, parfois, des échecs plus ou moins cuisants viennent ternir le paysage d'un mode de financement en pleine expansion. C'est le cas du projet Ubuntu Edge, de Canonical. Focalisée sur l'open source, la firme a tenté l'aventure du crowdfunding pour financer un smartphone propulsé par la distribution Linux Ubuntu. Une démarche ambitieuse, qui n'a pas eu le succès escompté : sur les 32 millions de dollars qu'espérait récolter l'entreprise pour financer le terminal, seuls un peu plus de 12 millions ont été réunis.

Un échec que Canonical cherche à relativiser, soulignant que la campagne a battu plusieurs records, dont celui du projet de crowdfunding le plus financé. Il n'en reste pas moins que le smartphone Ubuntu Edge ne sera pas produit, faute d'avoir su attirer suffisamment de backers sur Indiegogo. On peut, dès lors, s'interroger sur les raisons d'un tel revers.

Un OS encore obscur pour le grand public...

Canonical a lancé sa campagne en mettant l'accent sur la présence d'Ubuntu sur le terminal. Une démarche logique, étant donné le nom du smartphone, et son origine. Présenté comme une alternative à un PC de bureau - une fois branché à un écran et à des périphériques Bluetooth, il permet d'utiliser la distribution Linux en mode desktop - le terminal semblait offrir un potentiel intéressant... mais sous Linux. Et, malgré la présence d'un mode dual boot permettant de jongler entre Ubuntu et Android, la mise en avant du système d'exploitation open source a probablement manqué de pédagogie pour attiser l'intérêt et la curiosité de certains technophiles, pas nécessairement portés, de base, sur les OS alternatifs.

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L'entreprise semble avoir un peu trop tardé à mettre en valeur les caractéristiques de son smartphone face à une concurrence établie. Sur la page Indiegogo du projet, le comparatif entre le Ubuntu Edge, l'iPhone 5 et le Galaxy S4 n'est apparu que tardivement, empêchant pendant une bonne partie de la campagne les moins avertis de se faire une idée concrète du potentiel du terminal face à des smartphones bien mieux identifiés, et ça ne l'a sans doute pas aidé.

... et les entreprises

De toute évidence, Canonical comptait sur le soutien des entreprises : la firme avait mis en place un pallier de financement à hauteur de 80 000 dollars pour ces dernières. Pour cette somme, 100 terminaux et un support étendu étaient promis. Au final, seul un pack de ce type sur 50 a trouvé preneur : Bloomberg a en effet investi à mi-chemin de la campagne. Une démarche mise en avant comme un événement majeur pour Canonical, mais qui n'aura pas sauvé les meubles.

Là encore, on peut se demander si la firme a suffisamment mis en avant l'intérêt d'un tel terminal au sein des entreprises. A l'heure où la moindre transition entre deux versions de Windows est encore délicate, la question se pose.

Un problème de juste prix

Si la campagne de financement a démarré sur les starting blocks, cumulant 2 millions de dollars durant ses 8 premières heures, et dépassant les 4 millions après 24 heures, la collecte s'est rapidement ralentie après l'écoulement de la première vague de terminaux, proposés à 600 dollars. Initialement, le palier suivant était fixé à 830 dollars, un écart beaucoup trop important pour certains acheteurs potentiels, peu enclins à mettre autant d'argent dans un smartphone à la sortie prévue en mai 2014.

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Face à ce constat, Canonical a rapidement réagi, d'abord en ajoutant de nouveaux paliers en quantité limitée pour attirer de nouveaux acheteurs. Puis c'est un tarif unique de 695 dollars qui a fini par être appliqué, grâce à une baisse des coûts de production, a expliqué la firme. Une démarche qui n'a pas suffi à redynamiser la campagne, puisque cette dernière n'a vu sa cagnotte gonfler que de 3 millions de dollars par la suite, mettant en avant que le prix n'était sans doute pas le seul problème.

Un timing peu favorable

Autre piste de l'échec de la campagne : la décision de la lancer en plein cœur de l'été, une période où les gens partent vacances et sont souvent moins réceptifs à l'actualité. Mobiliser le porte-monnaie de plusieurs dizaines de milliers de personnes entre le 22 juillet et le 21 août n'était peut-être pas une bonne idée, même si les médias ont été nombreux à consacrer des sujets au projet de Canonical, qui bénéficié d'une couverture importante.

Un vrai-faux échec ?

Malgré le constat d'échec qui ressort de cette campagne Indiegogo, il faut relativiser. Et c'est d'ailleurs ce que fait Canonical : la firme insiste sur le fait qu'aucune campagne de crowdfunding n'avait récolté autant d'argent. Le précédent record était détenu par la montre Pebble, qui avait récolté plus de 10 millions de dollars, pour un objectif initial de 100 000 dollars. Le Ubuntu Edge en a récolté 12,8 millions, mais la différence notable c'est que cette somme sera remboursée aux 27 488 investisseurs.

On peut donc être tenté de simplement retenir le fait que Canonical n'a pas atteint son objectif très - trop - ambitieux de 32 millions de dollars récoltés. Mais pour l'entreprise, le fait d'avoir pu en récolter près de 13 millions « est un exploit ». « Le grand gagnant de cette campagne, c'est Ubuntu. Même si nous voulions passionnément construire l'Edge pour montrer l'intérêt d'Ubuntu sur téléphone, le soutien et l'attention reçus constituent un bel accélérateur pour les autres téléphones Ubuntu qui arriveront en 2014 » estime Canonical. Le buzz de la campagne avait d'ailleurs suscité l'attention des partenaires de la firme, qui avait renégocié avec ses fournisseurs de composants pour faire baisser le prix de l'Edge.

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Au final, s'il a été dit plusieurs fois que le terminal ne sortirait qu'en cas d'aboutissement de la campagne, l'échec n'est que relatif. Le coup de projecteur donné aux smartphones Ubuntu a permis de faire découvrir la démarche à un public plus large que celui des seuls adeptes de Linux, tout en sondant le marché pour mieux préparer le futur. Même si on imagine que Canonical, qui a tout de même investi en R&D pour concevoir l'Ubuntu Edge, aurait aimé avoir son propre terminal, il ne faut pas oublier que l'un des objectifs de la firme est de développer l'usage de la distribution Linux. Et sur ce point, l'objectif semble en bonne voie dans le secteur du mobile.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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