À Marseille, louer un Airbnb devient un luxe de plus en plus assumé. La mairie durcit encore les règles sur les meublés touristiques, avec des limites plus strictes et des obligations lourdes pour les propriétaires. Résultat attendu : moins d’offres, plus de contraintes, et des prix qui montent pour les voyageurs.

Dorénavant, les propriétaires ne pourront louer leur bien en courte durée que 90 jours - ©Pixavril / Shutterstock
Dorénavant, les propriétaires ne pourront louer leur bien en courte durée que 90 jours - ©Pixavril / Shutterstock

À Marseille, le sujet des locations de courte durée ne quitte plus les bureaux de l’hôtel de ville. Depuis plusieurs années, la municipalité tente de reprendre la main sur un marché jugé trop envahissant pour les habitants. Début 2026, les règles changent encore pour les meublés touristiques, comme Airbnb. Au programme des réjouissances, la durée autorisée pour louer sa résidence principale se réduit, un renforcement des contrôles, et davantage de contraintes sur les conditions pour transformer un logement classique en location touristique. Derrière ces décisions, la mairie, qui était déjà partie en guerre contre la plateforme en 2024, assume cette fois vouloir freiner l’explosion des locations de passage et remettre des logements sur le marché classique. Pour les propriétaires, on trouve que tout devient très compliqué. Pour les vacanciers, l’addition risque de grimper, surtout en pleine saison estivale. Mais tout n'est que respect et application de la loi.

Marseille réduit l’espace laissé aux meublés touristiques

À compter du 1er janvier, un propriétaire marseillais ne peut plus louer sa résidence principale plus de 90 jours par an sur une plateforme comme Airbnb. Jusqu’ici, le plafond se situait à 120 jours. Trente jours de moins, cela change beaucoup pour ceux qui comptaient sur la haute saison pour rentabiliser leur bien. Pourtant, ce changement ne fait que répondre à la loi « Le Meur/Echaniz », adoptée en 2024. Comme l'explique Patrick Amico, ajoint au maire en charge du Logement de la cité phocéenne, « Marseille décide simplement d’appliquer la loi, rien que la loi, mais toute la loi ».

Pour les logements qui ne constituent pas une résidence principale, le parcours administratif se durcit. Transformer un appartement en meublé touristique suppose désormais des démarches plus complexes, avec des obligations de compensation. En clair, un propriétaire doit remettre sur le marché un logement équivalent en location longue durée. À Marseille, la pression immobilière s’exerce déjà fortement, alors la ville cherche à limiter la disparition des logements accessibles aux habitants, en particulier dans les quartiers centraux et proches du littoral.

Les déclarations sont désormais obligatoires, les numéros d’enregistrement doivent apparaître sur les annonces, et les sanctions financières augmentent en cas de manquement. Les plateformes se retrouvent aussi dans le viseur, car la mairie attend d’elles qu’elles jouent un rôle plus actif dans la régulation des annonces. À force de resserrer l’étau, la municipalité espère réduire le nombre de logements dédiés au tourisme de passage.

Les prix des locations de courte durée à Marseille risquent d'exploser cet été - ©saiko3p / Shutterstock
Les prix des locations de courte durée à Marseille risquent d'exploser cet été - ©saiko3p / Shutterstock

Des coûts supplémentaires qui finissent sur la facture des voyageurs

Pour les propriétaires, la pilule des mesures passe difficilement. Moins de jours autorisés signifie moins de revenus potentiels, surtout lorsque l’été représente à elle seule l’essentiel des réservations. Les obligations de compensation alourdissent encore l'ardoise. Acheter ou remettre un logement sur le marché classique demande un investissement conséquent, que peu de particuliers peuvent absorber sans réagir.

Dans ce contexte, beaucoup ajustent leur stratégie. Certains renoncent à la location touristique, faute de rentabilité. D’autres maintiennent leur activité, mais cherchent à compenser autrement, comme proposer le prix à la nuit. Mais lorsque l’offre se réduit alors que la demande reste forte, surtout entre juin et septembre, les tarifs s'envolent mathématiquement.

De leur côté, les voyageurs ils constatent que les annonces disponibles se raréfient dans certains quartiers prisés, comme le Panier, le Vieux-Port ou les abords des plages. Les logements restants affichent souvent des prix plus élevés, parfois comparables à ceux de l’hôtellerie traditionnelle. À cela s’ajoutent les frais de service, les ménages, et parfois des durées minimales de réservation, qui freinent la flexibilité recherchée par de nombreux touristes.

Les professionnels du secteur observent aussi un déplacement de la demande. Certains visiteurs se tournent vers les communes voisines ou allongent leur périmètre de recherche, quitte à s’éloigner du centre. D’autres revoient leurs dates ou raccourcissent leur séjour. Marseille conserve son attractivité, mais le séjour improvisé à prix raisonnable devient plus rare.

La mairie assume pleinement cette conséquence. Il ne s'agit pas de privilégier le confort des touristes, mais de conserver l’équilibre du marché local. En réduisant l’espace laissé aux locations de courte durée, la ville espère libérer des logements pour les résidents permanents et contenir la hausse des loyers. Pour les voyageurs, c'est clair comme de l'eau de baptême. Pour louer un Airbnb à Marseille l’été prochain, il faut se lever tôt, et surtout, grossir le bas de laine.

Source : 20Minutes