Qui veut la peau des liens hypertextes

01 juin 2018 à 15h36
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L'éditorial de Anicet Mbida, rédacteur en chef de Clubic Pro.
Cette semaine m'a rendu bien pessimiste sur l'avenir du web. Rien à voir avec la faille de sécurité Heartbleed. Il y aurait pourtant matière à déprimer en voyant les milliards engloutis pour racheter une messagerie instantanée, alors que l'équipe en charge du développement d'OpenSSL, une brique centrale d'internet, n'a reçu que 2.000 dollars de dotations l'année dernière ! Non, cette semaine, j'ai plutôt été inquiété par une nouvelle remise en cause des liens hypertextes.

En effet, le bureau du copyright américain veut modifier la loi et soumettre les liens hypertextes au droit d'auteur. L'objectif est simple : permettre aux « ayants droit » d'empêcher les liens vers leurs œuvres. L'idée semble téléguidée par l'affaire Tarantino. Souvenez-vous, le script de son ex-futur western avait fuité sur internet. Mais faute d'avoir pu mettre la main sur le voleur, il s'est retourné contre le site Gawker qui avait publié un lien vers l'œuvre. On parle bien d'un simple lien hypertexte, pas de l'hébergement du fichier en question.

On comprend le désarroi de Quentin Tarantino. Mais aussi celui de tous les auteurs ou photographes qui voient régulièrement leur travail pillé sur internet. Mais faut-il pour autant s'attaquer au messager, au lien hypertexte, remettre en cause l'une des notions les plus essentielles du web ?

Une affaire de gros sous

Le débat n'est pas nouveau. Des blogs de liens pirates sont régulièrement mis à l'index pour incitation au piratage. Si cette loi passe, ils ne pourront plus se réfugier derrière la notion de simple messager. Ils deviendront aussi responsables que les pirates. Partant de ce principe, n'importe qui pourrait se retrouver sur le banc des accusés : il suffit d'un lien, d'un retweet vers une vidéo utilisant une bande son sans autorisation. Vous ne saviez pas ? Nul n'est censé ignorer la loi

Hollywood n'est pas le seul à s'attaquer à l'hypertexte. Plusieurs sites d'information remettent en cause les liens de Google News vers leurs articles. Pour eux, Google siphonne leur audience en jouant les intermédiaires. Il doit donc payer ou supprimer les liens. Là, le conflit dépasse le droit d'auteur pour devenir une affaire de gros sous.

Mais la menace la plus insidieuse pour l'hypertexte vient finalement des mobiles. La raison ? On préfère y consommer des applications plutôt que d'utiliser le web. Sur mobile, 86% du temps passé est désormais consacré aux applis, 14% seulement au web mobile selon Flurry Analytics. Or les applications détestent les liens vers l'extérieur, préférant vous garder bien captif dans leur silo.

Si cette tendance se confirme, le web tel que nous le connaissons, riche de ses multiples connexions entre pages, sites et contenus, sera cantonné dans une niche. Fini alors la fameuse « sérendipité », cette capacité à découvrir ce que l'on n'aurait jamais pensé chercher. Inquiétant non ?
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