Test du Yuneec Mantis G : les mains dans les poches

Stéphane Paput
Spécialiste Drones
05 juillet 2020 à 12h00
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Avec le Mantis G, le fabricant de drones professionnels Yuneec souhaite relancer sa gamme destinée au loisir. Faute de pouvoir se différencier, le drone nous offre tout de même un contrôle à la voix, et un mode Sport vigoureux.

Connu des pilotes pros pour son célèbre Typhoon, Yuneec tente cette fois d'approcher le marché du drone grand public ultraportable. Mis sur le marché en septembre 2019, le Mantis G a fait l'objet d'assez peu de communication. Sans atout distinctif, à part sa navigation nerveuse, il a très vite été oublié face à la féroce concurrence. Cette gamme est pourtant la seule à proposer une interface de commande innovante, un mode de contrôle vocal. Sorti un an plus tôt, le Mantis Q avait beaucoup déçu. Cette nouvelle mouture apporte quelques améliorations, notamment une meilleure nacelle de stabilisation, mais cela sera-t-il suffisant ?

Yuneec Mantis G : la fiche technique

Prix public : €699

  • Catégorie : Ultraportable
  • Dimensions : 17,1 x 9,7 x 6 cm (plié) - 25 x 19,5 x 6 cm (déplié)
  • Poids : 505 gr
  • Batterie : 3000mAh - donnée pour 30 min d'autonomie
  • Système de positionnement
• GPS & GLONASS
• Capteurs infrarouges en dessous
  • Nacelle de stabilisation 2 axes
  • Capteur CMOS 1/3.06'' 13MP
• Focal 21,5 mm, FOV 117°
• Stabilisation électronique EIS
  • Résolutions vidéo : 4K@30fps et 1080p@60fps
  • Accessoires :
• 1 Batterie
• 1 Radiocommande
• 2 x Sets d'hélices de rechange + vis
• 1 x Chargeur multiple 3 batteries
• Mémoire Interne 8Go

Grâce à son poids modéré, le Mantis G ne relève pas de la règlementation française en vigueur jusqu'à 2021, et permet un vol sans démarche préalable dans toutes zones hors agglomération.


Découverte d'un package premium

MAN_Decouverte

Chaque élément est présenté dans un sous-emballage, le tout pouvant resservir pour le transport. Les premières impressions sont bonnes. Tout l'équipement est solide, y compris les hélices. On apprécie le chargeur triple, même s'il n'y a qu'une batterie fournie, le set d'hélices de rechange, et la qualité de l'emballage. L'ensemble est compact et se transporte très aisément dans n'importe quel petit sac.

La radiocommande est d'un poids correct et son profil permet un bon maintien. Le feeling des boutons est ok mais les molettes et les joysticks ne sont pas agréables. Vous trouverez un bouton d'enregistrement par type de média photo et vidéo. Les antennes sont solides aux fixations et révèlent les ports USB. La grille à l'arrière suggère un haut-parleur. Le support de smartphone se déploie pour un gain de place optimal.

Le drone renvoie aussi de bonnes sensations, avec un effort de design orienté futuriste, mais un peu désuet, probablement dû au choix des matériaux plastiques et des couleurs. À part les ports USB et SD, les capteurs et la grille de ventilation en dessous sont bien intégrés. On note un certain décalage entre l'importance des rotors imposant par rapport au corps, et la petitesse de la caméra et de son capteur. Les bras et la nacelle semblent relativement robustes. Doté de LED de positionnement, le design du train d'atterrissage est particulier, avec 4 patins sur le corps et 2 sur les bras arrière, et positionne le ventre du drone assez près du sol.

L'épuisante mise en route

MAN_Miseenroute

Le support de téléphone de la RC s'opère facilement, et laisse la place pour accéder aux boutons du smartphone. L'angle de vision n'est toutefois pas optimal, obligeant à pivoter les mains pour voir correctement l'écran. Le drone se déploie aussi parfaitement. Les hélices, le cache-caméra et la batterie se manipulent sans problème. Dommage que l'on ne puisse pas tester le niveau de batterie en dehors du drone.

À l'heure actuelle, l'app de contrôle Yuneec Pilot n'est toujours pas diffusée sur le PlayStore. Il faut la télécharger sur la page de support Yuneec. Elle est néanmoins disponible sur l'AppStore. Pour la synchronisation, un scan du QR code étiqueté sur le drone est obligatoire. Bug de l'app ou incompatibilité avec le smartphone, le drone nous demandera cette étape à chaque démarrage. C'est relativement désastreux en termes d'expérience et de temps d'opération.

L'interface se montre compréhensive, avec un design sobre, mais très clair. On accède impeccablement à toutes les fonctions communes. L'angle vertical de la nacelle se débraye avec un double-scroll de la molette. Il est possible de régler les limites de vitesse dans toutes les directions, et d'assigner des fonctions différentes à la molette droite et au bouton du joystick gauche. On utilisera ce dernier pour l'activation de la commande vocale. Celle-ci dépend en fait entièrement de l'OS du smartphone. Par exemple, sous Android, il vous faudra activer et paramétrer correctement Google Voice.

La navigation, bien, mais pas top

Toutes les manœuvres ont été réalisées sous un vent léger, et un ciel partiellement nuageux à ensoleillé.
MAN_Mouvement
Zone de Manœuvres - Grange de la Chamary - Saint Vincent de Boisset

• Manœuvres standards
En déplacements, les vitesses et les accélérations sont bonnes et équilibrées dans toutes les directions. Mais les joysticks trop mous et les contrôles manquant d'intuitivité rendent une précision trop aléatoire dès que l'on sort des trajectoires rectilignes. La gestion des courbes sera toutefois améliorable avec de l'entrainement et des réglages personnalisés des vitesses directionnelles. En mode stationnaire, la stabilisation est très bonne, mais les distances de freinages sont beaucoup trop longues et entrainent de la dérive. Le mode sport améliore drastiquement les distances de freinages et la précision. Beaucoup plus réactif, le drone devient effroyablement rapide. À l'inverse, le mode Cinema offre une maniabilité plus douce, mais dégrade une nouvelle fois les distances de freinage.

• Manœuvres automatisées
Le Mantis G se dote de plusieurs modes de vols automatisés, dont la plupart fonctionnent communément.



Sur le mode Waypoints, les points s'enregistrent à la volée avec l'ajout d'une tache (record, stop record). L'interface de mission est pratique, mais à l'exécution, l'angle de vue reste toujours tout droit, les trajectoires sont saccadées et donnent un rendu pas très artistique. Proposant quelques réglages d'angle et de radius, les modes Journey et POI sont bien plus efficaces, même si un peu limités. Classiques, les Smartshots Rising Up et Spiral pourront servir, mais le rendu est assez décevant, car on ne maitrise pas les réglages de vitesse ni de distance.



On a été agréablement surpris par les modes Visual Follow. Même à 15m de distance, le drone suit très bien le sujet. Sur les modes Follow Me et Parallel, il reste précis et fluide dans ses trajectoires, et peut offrir un excellent rendu esthétique.

• Commandes vocales
La gamme Yuneec Mantis est l'une des rares à proposer la possibilité de manœuvrer un drone à l'aide de commandes vocales. Gadget ou véritable outil, c'est une direction assez innovante que nous offre le constructeur. Sur le terrain, il faut parler fort, mais ça fonctionne bien ! Cependant, le drone est parfois assez long à réagir. L'usage est sympa, mais peut vite devenir répétitif. On aurait apprécié certaines fonctions en plus, comme une commande « again » pour exprimer une répétition (« up », « again »).

En mode RTH Homepoint, le retour automatique n'a lui présenté aucun problème. Tout au long des vols, on a malheureusement constaté des saccades du retour vidéo à plusieurs reprises, un signal faible à environ 100m et une interruption du signal pendant une prise de vue. La batterie tombe également vite à 25%-30%, mais se rechargera en 45min.

Une photographie exploitable

MAN_Resolutions
JPEG VS DNG VS CORRECTED DNG - 16:9 VS 4:3

Comme son prédécesseur, le Mantis G dispose d'un capteur CMOS 1/3,06'' de 13Mp, produisant des photos en ratio 4:3 et 16:9 au format JPEG et/ou RAW. Sans être exigeant, la qualité photo est correcte, même si une petite distorsion apparait dans les coins. Le piqué est excellent, et les couleurs restent naturelles, malgré une plage dynamique assez pauvre. On note une certaine difficulté à gérer les blancs qui apparaissent très vite surexposés. Le réglage d'exposition par pas de 0,5 EV ne pourra pas aider. Le bruit numérique est aussi trop largement présent dans le ciel et la végétation.

Le format RAW corrige une bonne partie des problèmes, mais implique de gros effets fish-eye et de vignettage. Il faudra alors utiliser le profil de correction fourni par Yuneec pour retraiter l'image. Seule cette méthode pourra donner un début de résultats satisfaisants.
MAN_Styles
Styles & Balance des Blancs

Plusieurs Styles peuvent être appliqués lors de la capture, comme les profils Original et Saturated. Une Balance des Blancs vous permettra également de modifier la température des couleurs. Tous les modes disponibles sont assez marqués et donneront un bon rendu esthétique.
MAN_Shutter_Iso
Mode Manuel - Vitesse d'Obturation & Sensibilité

En mode manuel, l'obturation et la sensibilité sont débrayées ensemble. La plage d'Obturation est relativement restreinte et ne propose pas une grande précision. Surprenamment, la qualité de l'image ne se dégrade pas à la montée en vitesse, à part l'inévitable bruit dans le ciel. À l'inverse, la montée en Sensibilité deviendra trop impactant à partir de ISO 400.

Les modes photos disponibles sur le Yuneec Mantis G s'arrêtent malheureusement ici. Malgré quelques tentatives, nous n'avons pas réussi à faire fonctionner les modes Gesture et Face Detection. On a aussi constaté un certain manque de réactivité dans les commandes de la caméra, ce qui peut être handicapant pour la capture.

Une vidéo 4K, mais à retraiter



Les vidéos ont été regroupées en 1080p@30fps, mais chaque fichier a été analysé indépendamment. Les formats d'enregistrement vidéo du Mantis G commencent à 1080p@30fps en H.264. Le 24fps n'existe pas. À cette résolution, la qualité vidéo est moyenne. Les couleurs sont un peu fades et le niveau de détail est bas. La fluidité est par contre très bonne, en 30fps comme en 60fps, même à grande vitesse. Le passage en 2,7K@30fps améliore grandement la qualité globale, sans perte de fluidité. Elle restera la résolution la plus exploitable. Les couleurs s'enrichissent à la montée en résolution. On gagne encore drastiquement en netteté en 4K, mais au prix d'un fort effet fish-eye, qu'il faudra impérativement post-traité si l'on veut conserver l'esthétisme de l'image.

La stabilisation est décevante. Il y'a régulièrement des à-coups au changement de direction ou au freinage, ou même sous le vent. Le bitrate maximum n'est pas communiqué, mais selon les fichiers enregistrés, le flux vidéo en 4K serait de l'ordre de 50Mbps, ce qui reste bas pour cette résolution.

L'Avis de Clubic

Décidément, Yuneec aura du mal à se distinguer avec la gamme Mantis. Le fabricant fait preuve de beaucoup de bonne volonté avec ce modèle G, en fournissant du matériel costaud et des efforts d'innovation. L'expérience de vol manuel est intéressante, voire agréable. Mais certaines modes de vols automatiques et la commande vocale manquent encore trop de maturité. La qualité de capture photo et vidéo peut suffire pour un usage loisir, mais restera passable sans post-production.

À 699€ pour le package de base, le prix n'est absolument pas justifié pour le niveau de prestation obtenu. Attendez les soldes ou optez pour un modèle de deuxième main.

Yuneec Mantis G

5

Les plus

  • Nervosité du mode sport
  • Tracking efficace
  • Voice-control sympa
  • Bon rendu photo en RAW
  • Bon rendu vidéo en 2,7K@30fps

Les moins

  • Synchronisation et signal récalcitrants
  • Mollesse des commandes
  • Maniabilité peu intuitive
  • Stabilisation de la caméra perfectible
  • 4K avec effet fish-eye

Qualité du matériel6

Navigation5

Qualité photo5

Qualité vidéo6



Retrouvez le Yuneec Mantis G et les autres drones testés par notre expert dans le comparatif des meilleurs drones grand public.
Modifié le 08/07/2020 à 15h19
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