Notre-Dame de Paris : Drones, robots... La technologie de plus en plus sollicitée par les secours

Alexandre Boero Contributeur
18 avril 2019 à 14h53
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Vue aérienne de la cathédrale Notre-Dame endommagée par l'incendie du 15 avril 2019 (Gigarama)

L'utilisation de drones a été essentielle pour aider les pompiers à maîtriser l'incendie qui a ravagé la charpente de Notre-Dame de Paris. Nous avons posé quelques questions à un membre de la DGSCGC au sujet de l'usage des nouvelles technologies par les pompiers de France et les autres corps de sécurité civile.

Frappée par un terrible incendie le 15 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris a subi de nombreux dégâts mais est toujours debout. Si l'utilisation d'un drone a permis de voir l'ampleur du sinistre, elle a aussi permis aux sapeurs-pompiers d'adapter leur stratégie opérationnelle pour limiter les risques encourus et définir les priorités du moment. Contacté par Clubic, le lieutenant-colonel Michaël Bernier, chef du bureau communication de la DGSCGC (Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises), nous explique en quoi les drones et autres robots sont utiles aux différents corps de la sécurité civile (qui désigne les moyens nationaux de l'État) et des pompiers (organisés par département).

Le drone, la puissance de l'image

Durant l'incendie de Notre-Dame de Paris, « les images qui ont été dévoilées par la Préfecture de police assez rapidement ont permis d'établir qu'il y avait un trou, causé par la Flèche, avant même qu'on puisse le voir par le bas, qui restait, lui, inaccessible. Cela a permis de déterminer par où il fallait "attaquer" le feu, parce qu'il y a des moments où il progressait plus à un endroit qu'à un autre », explique le lieutenant-colonel Bernier.

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Vue aérienne de la cathédrale Notre-Dame, en feu, le du 15 avril 2019 (Préfecture de Paris)

Les sapeurs-pompiers, et de manière générale la sécurité civile (déminage, pilotes d'hélicoptère ou d'avion), suivent de près le développement de toutes les nouvelles technologies. Les drones font évidemment partie des technologies « émergentes » prometteuses, « mais il faut savoir que cela fait plusieurs années que nous travaillons sur l'utilisation des drones », fait remarquer Michaël Bernier, évoquant notamment la reconnaissance des feux de forêt, les inondations et les tremblements de terre.

La sécurité civile a l'avantage de pouvoir bénéficier d'un matériel de pointe en fonction des besoins. « Nous disposons de drones avec optique photo, avec zoom numérique, avec capteur de chaleur, capteur infrarouge ».

L'aéronef, un précieux assistant stratégique pour les secours

« L'image, ça reste l'utilisation première du drone. Les applications et avantages des images transmises sont énormes. Elles aident à la décision et apportent des informations supplémentaires précieuses », rapporte le patron de la communication de la DGSCGC.

Popularisé ces dernières années, le drone est aujourd'hui plus accessible... et la sécurité civile et les pompiers en profitent. Il représente la vue aérienne dont l'humain ne peut pas disposer. « Un feu a quatre faces, et il a également un dessous et un dessus. Généralement, vous arrivez à faire le tour du feu et à avoir les quatre faces. Le dessous est plus accessible que le dessus qui, lui, est toujours plus problématique. Le drone vous montre et vous donne des images impossibles à obtenir pour un homme, pour vous aider à prendre des décisions et à définir des stratégies. Un drone pourra identifier quelque chose qui vous a échappé, comme une bouteille de gaz un peu cachée dans un bâtiment, ou lorsqu'il y a un risque chimique ».

L'un des bénéfices du drone est aussi le retour d'expérience. « Visionner les images a posteriori nous permet par exemple de déceler les petites erreurs, les choses que nous pourrions améliorer. Tout ce qui concerne l'image est bénéfique et nous permet d'optimiser notre travail », précise Michaël Bernier.

En savoir plus sur les drones que les pompiers utilisent...
Vendelin Clicques, président de l'association International Emergency Drone Organization (IEDO), qui a pour objectif de développer et de promouvoir l'utilisation des drones par les services d'urgence du monde entier, nous offre son expertise sur les équipements dont les sapeurs-pompiers disposent. Une cinquantaine de départements français sont équipés de drones.

Quels drones pour les sapeurs-pompiers de France ?

Concernant le prix, Vendelin Clicques nous indique que « la plupart des pompiers achètent des drones accessibles entre 1 000 et 30 000 euros maximum ». Une somme rondelette qui varie en fonction de la taille des aéronefs, qui vont de 800 grammes à 15 voire 20 kilos. « La mode est à la miniaturisation » ajoute par ailleurs le lieutenant, sapeur-pompier professionnel en Île-de-France.

Les drones embarquent des caméras électro-optiques qui peuvent faire de la 4K et grimper jusqu'à 20 mégapixels, « un matériel professionnel proche de l'audiovisuel », précise le lieutenant. « Parfois, lorsqu'il y a un financement important, certains drones embarque une charge utile de type caméra thermique, qui permet de chercher en environnement nocturne des personnes vulnérables, ou de trouver un point chaud dans un incendie ».

Peuvent-ils utiliser les aéronefs sans en demander l'autorisation ?

Malheureusement pour l'aspect pratique de la chose, non. Car si les sapeurs-pompiers ont une dérogation pour faire voler un drone de nuit et sur les procédures administratives. « Pour le reste, nous tombons sous la même réglementation que le grand public », fait remarquer Vendelin Clicques.

Les pilotes de drone des sapeurs-pompiers sont-ils formés ?

C'est une nécessité. « Au début, les pompiers passaient parfois par des écoles spécialisées ou se formaient en interne. Aujourd'hui, nous avons pu créer notre système qui consiste en un stage national interne, chez les pompiers directement », précise le président de l'IEDO.


Les situations d'utilisation diverses du drone

Il n'y a pas que les incendies ou lors d'inondations que les drones peuvent prouver leur efficacité et apporter un appui majeur pour les secours. D'autres expérimentations existent, comme l'indique le lieutenant-colonel, évoquant notamment ce « drone capable de se positionner très rapidement, de marquer une cible, quelqu'un en difficulté, de le suivre au plus près et qui peut par exemple accoucher au largage d'une bouée en mer, ou au transport d'un DSA (défibrillateur semi-automatique) dans d'autres situations ».

Pour lui, nous ne sommes qu'au début de l'exploitation de ces technologies. Des sociétés privées travaillent ainsi au développement du drone. « Au Salon du Bourget, une société voudrait présenter un drone de transport médical d'urgence de blessé grave ». Aux États-Unis, « des études sont lancées sur des drones qui volent à très haute altitude qui permettent de suivre par caméra infrarouge l'évolution d'un feu de forêt lui-même, y compris la nuit. Ils sont au-dessus des 10 000 mètres des avions de ligne, à 15 000 mètres, et peuvent, grâce à leurs caméras thermiques, montrer de jour comme de nuit l'évolution d'un feu de forêt ».

Les drones présentent cependant quelques limites, et elles ne sont pas réglementaires, puisque les secours bénéficient d'une dérogation exceptionnelle, le vol d'un drone au-dessus d'une ville étant en principe interdit. Le lieutenant-colonel Bernier livre quelques détails sur une opération qui aurait pu causer des dégâts, dans l'Aube : « Les drones ont été, à un moment de la journée, un véritable souci pour les secours, parce qu'il y avait des journalistes qui sortaient des drones de leur coffre, sans savoir s'ils bénéficiaient d'une autorisation ou non. Sauf que les hélicoptères se retrouvaient avec des drones sur leur champ d'action. L'hélicoptère ne craint pas le drone, car il le couche vite au sol avec le vent. Mais imaginez la balle de fusil qu'il peut créer avec la puissance dégagée par l'hélicoptère, lorsqu'il y a du monde en-dessous... Il faut rester extrêmement prudent ».

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Le Colossus, robot d'assistance opérationnelle (Shark Robotics)

Pas que des drones, mais aussi des robots

Lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris, un robot équipé d'une lance à incendie a été utilisé par les sapeurs-pompiers de Paris, permettant à la fois d'avoir une image et de se mêler à une situation où il est difficile voire impossible d'envoyer des hommes. « Si une poutre tombe sur un robot, ça reste un robot, même s'il coûte cher », explique Michaël Bernier. « On ne peut pas les envoyer partout, mais ils sont très utiles. Une entreprise travaille par exemple sur un robot capable de fermer un robinet de gaz qui fuit : il peut à la fois procéder à des prélèvements, faire de l'analyse, et boucher un trou grâce à son bras ». Certains robots roulants sont aussi capables de pratiquer des prélèvements, notamment sur des sources radioactives.

Revenant sur l'incendie de la cathédrale parisienne, le lieutenant-colonel Bernier tient à rappeler que Colossus - le robot présent sur place - n'en était pas à sa première intervention. « Par contre, c'est la première fois qu'il est médiatisé de la sorte. Il est entré là et où les gens ne pouvaient pas entrer ».

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Le Colossus, robot d'assistance opérationnelle (Shark Robotics)

Des interventions entièrement gérées par les machines et technologies dans le futur ?

On pourrait imaginer qu'à terme la technologie se substitue à l'intervention humaine. Une possibilité réfutée par Michaël Bernier. « Le 100% automatisé, non, c'est impossible, car il y aura toujours des choix stratégiques à faire en fonction des facteurs qui ne sont pas des facteurs techniques. Lorsque vous intervenez sur un feu d'habitation avec des personnes à l'intérieur, il faut adapter son comportement ».

Si les environnements dans lesquels évoluent les secours sont souvent escarpés et dégradés, la technologie représente un bienfait pour protéger les soldats du feu, les citoyens et les infrastructures. Mais elle n'aura probablement jamais vocation à remplacer les professionnels de la sécurité civile et les sapeurs pompiers.
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