Airbus et Boeing : revenus, pertes, carnet de commandes, où en sont les deux avionneurs ?

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero, Journaliste-reporter, chargé de l'actu.
Publié le 31 juillet 2020 à 20h11
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Les géants européen et américain ont respectivement perdu 2 milliards d'euros et 3 milliards de dollars sur le premier semestre. Des résultats qui s'expliquent par des commandes qui n'arrivent plus, et d'autres qui auront du mal à être honorées.

Parmi les entreprises du secteur aérien qui ont souffert et souffrent encore de la crise, Airbus et Boeing, en leur qualité d'avionneurs, sont évidemment en première ligne. Les deux acteurs, qui ont publié leur bilan semestriel à seulement quelques heures d'intervalle, font état de lourdes pertes, qui se chiffrent en milliards. Conséquence : en plus des emplois qui seront sacrifiés, la production mettre du temps à revenir à la normale.

Les pertes abyssales des avionneurs

Forcément, la comparaison n'aura pas de grande utilité, mais il est bon de la faire pour se rendre compte à quel point la crise traversée par le secteur aérien est terrible. Alors qu'Airbus avait dégagé un bénéfice net de 1,20 milliard d'euros en 2019 sur les six premiers mois de l'année, l'avionneur européen a enregistré une perte de 1,92 milliard d'euros au premier semestre 2020.

L'EBIT ajusté d'Airbus est aussi négatif, à hauteur de 1,31 milliard d'euros, contre un bénéfice avant intérêts et impôts de 2,19 milliards sur la même période en 2019. Concernant le chiffre d'affaires, celui-ci a plongé de 39% pour atteindre les 18,95 milliards d'euros au premier semestre 2020, contre 30,87 milliards en 2019. Sa trésorerie a fondu de 12,4 milliards d'euros (avec 3,6 milliards d'euros d'amendes versés à la France, aux États-Unis et au Royaume-Uni).

De l'autre côté de l'Atlantique, Boeing a perdu 2,4 milliards de dollars rien qu'au deuxième trimestre 2020, et autour de 3 milliards de dollars depuis le début de l'année. L'avionneur américain a généré un chiffre d'affaires de 28,71 milliards de dollars (24,3 milliards d'euros) sur les six premiers mois de l'année, contre 38,67 milliards de dollars (32,7 milliards d'euros) au S1 2019. Soit une baisse, sévère, de 26% sur un an. La trésorerie du géant a fondu de 9,58 milliards de dollars sur ce premier semestre.

Des lignes de production qui tournent au ralenti, mais des carnets de commandes bien fournis

Que ce soit du côté d'Airbus ou de Boeing, les cadences de production ont déjà été réduites depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois désormais. L'avionneur européen, qui a enregistré 298 commandes au premier semestre, n'a livré que 196 avions depuis le début de l'année, contre 389 au premier semestre 2019. Airbus a notamment livré 157 avions de la famille des A320. La production des A350 sera désormais ramenée de six à cinq par mois, pour s'adapter à la situation actuelle du marché. Le groupe indique que la production des A220 issus de la chaîne d'assemblage final de Mirabel, au Canada, devrait atteindre son niveau pré-Covid assez rapidement. Et il n'y a pas eu de retard dans l'ouverture de la chaîne d'assemblage final de Mobile, aux USA, dont nous avions parlé dans nos colonnes.

Au total, Airbus n'a pas pu livrer 145 appareils commerciaux, du fait de la crise de coronavirus. Mais les perspectives restent bonnes pour le groupe, dont le carnet de commandes de 7 584 avions commerciaux au 30 juin 2020 lui permet de voir l'avenir avec un minimum de sérénité. Une accalmie dans la tempête.

Boeing a également un carnet de commandes bien rempli, avec des contrats portant sur 4 500 avions commerciaux, ce qui correspond à 409 milliards de dollars à venir. Au deuxième trimestre, le groupe américain n'a livré que 20 appareils, dont un seul 747, pour lequel la production prendra fin en 2022. Boeing espère désormais obtenir le feu vert des autorités de régulation du secteur pour relancer définitivement sa star, le 737 MAX.

Source : Boeing / Airbus

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero
Journaliste-reporter, chargé de l'actu

Journaliste, chargé de l'actualité de Clubic. En soutien direct du rédacteur en chef, je suis aussi le reporter et le vidéaste de la bande. Journaliste de formation, j'ai fait mes gammes à l'EJCAM, école reconnue par la profession, où j'ai bouclé mon Master avec une mention « Bien » et un mémoire sur les médias en poche.

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molotofmezcal

Je ne sais pas quelle était la trésorerie de Boeing, mais ils devaient avoir les reins vraiment solides entre les déboires du 737 et la crise actuelle.
Des centaines de milliards, faut quand même pouvoir encaisser.

tfpsly

Revenus et résultats de Boeing en 2018 et 2019, de leur site :

Revenues et résultats en millions de $ :
2019 Q4 : $17’911 $-1’010
2018 Q4 : $28’341 $3’424
2019 année entière : $76’559 $ -636
2018 année entière :$101’127 $ 10’460

C’est une perte importante (équivalent à leurs bénéfices du 4e trimestre de 2018; et 3 fois leur perte sur le 1er trimestre de 2019). Mais ça reste supportable, seulement 1/3 de leur bénéfice 2018.

molotofmezcal

Merci des précisions.
On est d’accord que billions aux US c’est milliards ?

coucoach

@molotofmezcal: Boeing n’avait pas du tout les reins solides, non. Comme une vaste majorité de grandes entreprises, ils avaient distribué une grosse partie de leurs bénéfices en dividende et rachat d’actions (par exemple : https://www.industryweek.com/finance/article/21961849/boeing-announces-10-billion-share-buyback)
Ils tiennent grâce aux commandes du ministère de la défense américain. Développement d’une nouvelle version du F15-EX, jusqu’à une 20aine de Milliards de dollars (http://www.opex360.com/2020/07/16/boeing-pourrait-livrer-au-moins-144-avions-f-15ex-a-lus-air-force/)
Rappel, le F15 date du milieu des années 70…
Et idem pour Lockheed, 15 milliards pour un magique contrat avec « une livraison indéfinie et une quantité illimitée ». Ca fait rêver ! (https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/apres-boeing-lockheed-martin-signe-a-son-tour-un-megacontrat-15-milliards-de-dollars-853080.html)

Sans ça, Boeing serait en faillite (au sens protection sous le chapitre 11).
Et dire que l’union européenne laisse les USA et Boeing accuser Airbus de subventions illégales sans riposter…

tfpsly

Oui. C’est pourquoi leur tableau est en million (17’911 M$ = 17,911 milliards $ = 17.911 B$).

Proutie66

l’ue… :slight_smile:

molotofmezcal

Il me semble qu’il risque y avoir prochainement une sanction inverse , en faveur de l’ue cette fois non ?
Et la on parle gros sous avec leur division aviation civile, pour ce qui est du spatial il se font légèrement humilier par Space X cette fois.
C’est évident que les subventions et l’influences américaine joue un grand rôle. Concernant Lockheed, se sont eux derrière le F35 non ? là aussi il y aurait de quoi dire. .

sami17220

J’en entendu aux infos il y a quelques jours qu’Air France commandait des Boeing pour renouveler une partie de sa flotte, c’était le moment d’acheter Français pourtant, Grrr !

Niverolle

Sans aller juste jusqu’au cas extrême du 737 MAX, aucun constructeur n’est à l’abri d’une mauvaise surprisse. Par conséquent, panacher un minimum sa flotte permet d’éviter de se retrouver cul nu en cas de grounding…

sami17220

Certes, mais au lieu de balancer des centaines de millions d’euros en subventions à Airbus pour ne pas que la société périclite, autant avoir des avions pour le même prix :wink: