L'industrie télécom s'interroge sur son avenir

Jérôme Bouteiller
23 novembre 2007 à 15h31
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Comme chaque année, l'IDATE, un institut d'étude sur les télécoms, a organisé à Montpellier la semaine dernière la 29e édition de son “Digiworld“, une conférence réunissant plusieurs dizaines d'opérateurs, d'équipementiers et autres grands acteurs des médias électroniques. Mais près d'une décennie après les débuts de la dérégulation du secteur sous l'impulsion de la commission européenne, l'ambiance de ce congrès était plutôt morose, tant les acteurs de cette industrie s'interrogent sur leur capacité à trouver l'équilibre entre le financement de réseaux toujours plus coûteux et leur capacité à trouver de nouvelles sources de revenus.

Une équation difficile à résoudre

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“Le rétablissement qui a suivi l'éclatement de la bulle n'a ni arrêté l'innovation technologique (Web 2.0, 3,5 G, Wimax, FTTX, TV mobile,...), ni éliminé les interrogations sur les business models susceptibles de créer de la valeur pour tous les services entrevus“ a observé en introduction francis-lorentz, Président de l'Idate, posant la problématique du financement de ces nouveaux réseaux.

Car l'équation est particulièrement difficile à résoudre. Un opérateur historique comme devrait par exemple dépenser près de 15 milliards d'euros ces dix prochaines années dans son réseau cellulaire de troisième génération son réseau de télévision mobile DVB-H et son réseau en fibre optique tout en faisant face à une baisse de ses revenus sur le fixe, et à un ralentissement de la croissance de ses revenus sur le mobile.

Un secteur en consolidation

Pour répondre à cette problématique, le secteur a pour le moment opté pour un vaste mouvement de consolidation, aussi bien chez les opérateurs que chez les équipementiers. En France, France Telecom a par exemple opéré la fusion de Wanadoo sous la marque Orange tandis que Vivendi travaille au rapprochement de SFR, désormais présent dans l'ADSL, avec son autre filiale , qui a absorbé coup sur coup AOL france et Club-Internet. Deux pôles auxquels il faut également ajouter trois acteurs qui pourraient concourir à la création d'autres alliances : Bouygues Telecom, un opérateur cellulaire que le groupe Bouygues cherche à vendre pour financer son développement dans l'énergie, , maison mère de Free et seul candidat à la quatrième licence 3G sans oublier Numéricâble, né de la fusion de tous les câblo-opérateurs : Noos, UPC et FT Câble, et désormais sous le contrôle de fonds d'investissement.

Cette consolidation, également observée chez tous les opérateurs européens, a également eu lieu parmi les équipementiers : Alcatel a par exemple fusionné avec Lucent, Nokia s'est rapproché de Siemens Networks tandis que Ericsson a multiplié les acquisitions avec Marconi ou Redback Networks. Une consolidation toutefois compensée par la montée en puissance d'équipementiers asiatiques comme le coréen Samsung, très en pointe dans le Wimax, ou encore les chinois ZTE ou Huawei, ce dernier s'étant même offert 3 Com, un équipementier américain spécialisé dans les réseaux IP.

A la recherche de nouvelles sources de revenus

Ce vaste mouvement de consolidation et de rationalisation des coûts s'est également accompagné d'une réorganisation des offres de services. Malgré l'échec de conglomérats comme AOL TimeWarner ou Vivendi Universal, tiraillés entre “tuyaux” et “contenus”, certains opérateurs téléphoniques sont tout de même parvenus à devenir de véritables distributeurs de services numériques. Après le “triple play” (téléphonie, internet, télévision”, Didier Lombard, PDG de France Telecom parle même d'opérateur “nPlay” pour évoquer des bouquets de services comprenant également la téléphonie mobile, le jeu, la musique ou encore la vidéo.

Une stratégie “nPlay” néanmoins plutôt destructrice de valeur pour des opérateurs, obligés de packager des offres de téléphonie hybride (fixe et mobile) bien souvent moins rémunératrices que les deux abonnements initiaux pris séparément. Longtemps présentés comme un eldorado, les services premum sont également loin d'être aussi intéressants que l'accès. Pour les opérateurs cellulaires, les services “data” ne représentent encore que 15% du chiffre d'affaires, essentiellement grâce au succès du SMS, un chiffre bien souvent inférieur à 10% chez des opérateurs fixes, qui multiplient pourtant les services sans pour autant observer une hausse significative des dépenses de leurs clients. Malgré tous ses investissements dans la télévision ou la VOD, le revenu net moyen des abonnés Free dépasse par exemple tout juste les 35 euros HT pour un abonnement de base d'environ 30 euros TTC.

Des revenus tirés de la publicité ?

Confrontés à une stagnation des revenus télécom et à une faible croissance des revenus liés au service, les opérateurs commencent toutefois à lorgner sur un nouveau métier : la publicité, un activité réputée à forte marge. “La publicité est un relais de croissance réaliste pour les opérateurs car leur connaissance de leurs abonnés va leur permettre de concevoir des offres ciblées en fonction de leur profil et de leurs goûts” observe Florence Leborgne, analyste média à l'Idate.

A la suite de France Telecom, dont la régie Orange Publicité couvre aussi bien la publicité sur le web que sur les mobiles et bientôt la télévision interactive, tous les grands opérateurs commencent à disposer de leur propre régie quitte à faire de l'ombre à des médias, bien souvent relégués au rang de simples “fournisseurs de contenu”, perdant progressivement la relation stratégique qu'il entretenaient avec les annonceurs.

Les acteurs de l'internet en embuscade

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Pierre Bellanger
Mais au delà des médias traditionnels, qui n'entendent pas partager le gâteau publicitaire avec les opérateurs, le vrai défi vient sans doute des acteurs de l'internet. A l'échelle globale, c'est avant tout qui s'est imposé comme le principal kiosque de téléchargement musical, reléguant les opérateurs au simple rôle de convoyeur d'octets. Tandis que sur le terrain publicitaire, le grand gagnant est sans conteste Google, un moteur de recherche devenu régie et dont la capitalisation boursière dépasse désormais largement celle d'un opérateur historique comme France Telecom.

“La valeur migre de l'exploitation du réseau vers les logiciels d'exploitation de l'information, de la bande passante au code. Aujourd'hui, l'internaute est plus fidèle à son adresse e-mail qu'à son fournisseur d'accès” a ainsi expliqué Pierre Bellanger, PDG de Skyrock, lors des Digiworld de l'Idate, convaincu que le réseau social, en particulier sur le téléphone mobile, est l'avenir des télécoms.

Une conviction partagée d'ailleurs partagée par d'autres grands noms des nouvelles technologies comme Google, Microsoft, ou même Nokia, désormais présents dans les logiciels ou les services mobiles, des métiers pourtant stratégiques mais que les opérateurs peinent à maîtriser, les obligeant bien souvent à des coopérations avec les acteurs de l'internet. Après cinq ans d'efforts pour imposer son “Wanadoo Messager” rebaptisé Orange Link, France Telecom a par exemple préféré s'associer fin 2006 à Microsoft pour lancer un “Orange Messenger by Windows Live”, une association qui consacre le logiciel de l'éditeur américain, également très en pointe dans la publicité et les services premium.

Une nécessaire coopération

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Francis Lorentz
Réseaux, logiciels, contenus, services, publicité... la multiplication des métiers est en tout cas un véritable défi pour les opérateurs et l'institut d'études Gartner n'hésite d'ailleurs pas à estimer que 80% d'entre eux échoueront dans leur volonté de sortir de leur métier traditionnel pour s'imposer comme de véritables opérateurs de contenus et de services.

"Il y aura e la compétition dans la publicité mais il peut également y avoir une coopération entre acteurs des télécoms et acteurs de l'internet. Cela ne sert à rien de produire les mêmes contenus ou les mêmes services et d'essayer d'être présent sur toute la chaîne de valeur. Il faut au contraire partager les investissement, partager les ressources, avec un même objectif de satisfaction du consommateur au meilleur coût" prévient Francis Lorentz. Une "coopétion" qui sera en tout cas synonyme de redistribution des cartes dans un secteur qui n'a décidemment pas fini sa recomposition.
Modifié le 20/09/2018 à 15h53
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