Construire une startup en 90 jours et toucher les millions. L'IA l'a rendu possible. Mais personne ne parle vraiment de ce qui se passe après.

La vitesse à laquelle les jeunes pousses adossées à l'IA génèrent du chiffre d'affaires n'a plus rien à voir avec les standards connus. Atteindre 10 millions de dollars de revenus annuels en trois ans était, jusqu'ici, une performance remarquable. Le rapport annuel de Stripe publié hier révèle un fait marquant : en 2025, deux fois plus de startups ont atteint ce seuil en moins de 90 jours qu'en 2024.
Croissance record des startups IA : ce que Stripe a réellement mesuré
Stripe ne publie pas de chiffres bruts. Le géant des paiements l'a lui-même précisé dans sa lettre annuelle. La tendance est néanmoins posée sans ambiguïté : le nombre de startups atteignant 10 millions de dollars de revenus annuels récurrents en moins de trois mois a doublé entre 2024 et 2025.
Le même rapport signale une progression de 41 % des créations d'entreprises via Stripe Atlas, son outil d'enregistrement juridique. Parmi ces nouvelles structures, 20 % ont facturé leur premier client dans les 30 jours suivant leur création. En 2020, ce taux était de 8 %. La vélocité commerciale a donc été multipliée par 2,5 en cinq ans.
Un autre chiffre mérite l'attention. Plus de la moitié des nouvelles entreprises utilisant les services Stripe, soit 57 %, sont basées hors des États-Unis. Ce détail compte. Il confirme que l'accélération n'est pas un phénomène cantonné à la Silicon Valley. Elle est globale et s'étend à des écosystèmes jusqu'ici secondaires.
Les exemples qui circulent sur les réseaux illustrent cette réalité de façon presque vertigineuse. Cursor, l'assistant de code développé par Anysphere, est passé de 100 millions à 1 milliard de dollars de revenus annualisés en moins d'un an. Lovable, spécialisé dans le « vibe coding », a décroché le statut de licorne huit mois après son lancement, avant de lever 330 millions de dollars supplémentaires début 2026 à une valorisation proche de 7 milliards. Des trajectoires qui auraient semblé fictives en 2019.
Ce que la vitesse ne dit pas sur la santé réelle de ces entreprises
Les investisseurs en capital-risque le répètent en privé comme en public. La vitesse d'acquisition de revenus ne garantit rien sur la durée. Ce qui compte, c'est la rétention. Un client qui résilie après trois mois ne génère pas de valeur durable. L'ARR qui vacille et s'effondre est bien pire qu'une croissance lente mais solide.
Cette réserve doit être lue à la lumière des alertes déjà formulées dans l'écosystème. Le PDG de Hugging Face avait pris soin de distinguer la bulle des modèles de langage de celle de l'IA en général. Il pointait une concentration dangereuse des capitaux sur quelques acteurs, sans que l'adoption en entreprise ne suive au même rythme.
Du côté des infrastructures, NVIDIA stagne en Bourse malgré des fondamentaux solides. Les marchés commencent à dissocier les dynamiques de court terme des perspectives réelles. Et quand Alphabet emprunte sur 100 ans pour financer ses paris IA, ce n'est pas un signe de solidité tranquille. C'est le symptôme d'un secteur qui cherche à étaler le coût de ses ambitions sur une durée qui dépasse tout cycle économique connu.
L'accélération documentée par Stripe est réelle et mesurable. Mais elle s'appuie sur des fondations dont la solidité reste entièrement à démontrer. Atteindre 10 millions de dollars en 90 jours avec trois employés et une API est désormais possible. Tenir ces revenus sur 36 mois dans un marché où les modèles de base sont remplacés tous les six mois, c'est une tout autre histoire. La nature même du produit vendu peut devenir obsolète avant que la première cohorte de clients n'arrive à renouvellement.
Les startups IA ont effectivement réécrit les règles de la croissance initiale. Ce qu'elles n'ont pas encore réécrit, c'est celle de la durabilité.