Un rapport de l'Assemblée nationale alerte sur le parc automobile de la Gendarmerie, menacé d'un « mur d'obsolescence » en 2028 faute d'achats de véhicules. Les hélicoptères Écureuil, quadragénaires, attendent quant à eux une relève qui tarde.

Un véhicule blindé Centaure de la Gendarmerie nationale. Si l’institution poursuit la modernisation de ses blindés, ce sont ses véhicules légers et ses hélicoptères qui inquiètent aujourd’hui les parlementaires. © Alexandre Prevot / Shutterstock
Un véhicule blindé Centaure de la Gendarmerie nationale. Si l’institution poursuit la modernisation de ses blindés, ce sont ses véhicules légers et ses hélicoptères qui inquiètent aujourd’hui les parlementaires. © Alexandre Prevot / Shutterstock

Le parc automobile de la Gendarmerie nationale et sa flotte d'hélicoptères vieillissent plus vite qu'ils ne se renouvellent. Pour la Gendarmerie, l'année 2028 sera entourée d'un rouge vif, puisque ses véhicules risquent d'y heurter ce que la députée Anne-Laure Blin (Droite Républicaine) appelle un « mur d'obsolescence », au moment même où ses vieux hélicoptères Écureuil commenceront à être définitivement retirés du service. Repéré par Opex360 et consulté par Clubic, l'avis budgétaire de la députée Anne-Laure Blin, rendu au nom de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, détaille un parc décrépit. Les économies faites hier, avec comme conséquences des achats en berne, des appareils quadragénaires et des livraisons retardées, risquent de se payer demain.

La Gendarmerie n'achètera peut-être aucun véhicule en 2027

Pour mesurer l'ampleur du problème, faisons un d'arithmétique si vous le voulez bien. Dans l'avis tamponné par l'Assemblée nationale, on apprend que la Gendarmerie roule avec 33 600 véhicules légers, chacun étant censé servir environ huit ans, avant d'être remplacé. Pour éviter que l'ensemble ne vieillisse, il faudrait donc en renouveler un huitième tous les ans, soit autour de 3 750 véhicules neufs. Ce rythme, l'institution l'a bien frôlé en 2022, avec 3 736 véhicules achetés. Mais depuis, elle ne l'a tenu qu'une seule fois, c'était en 2025, avec 4 554 achats, une année faste qui n'a pourtant pas suffi à combler le retard des précédentes.

Les autres années, les achats se sont effondrés, avec 1 055 véhicules en 2023, 730 en 2024, et surtout… 29 seulement en 2026, à date, pour une force pourtant compétente sur 96 % du territoire. En additionnant ces manques année après année, on arrive fin 2026 à près de 8 650 véhicules qui auraient dû être renouvelés et ne l'ont pas été. Et le projet de budget 2027 n'arrange rien, puisqu'il prévoit une nouvelle « année blanche », c'est-à-dire aucun achat de véhicule léger, ou presque. Le rapport pointe aussi des dépenses imprévues qui grignotent l'argent de l'investissement. En 2026 par exemple, il fait état de 100 millions d'euros de surcoûts, du G7 aux feux de forêts, qui devront être financés sur le budget existant, sans rallonge, sans compter la flambée du carburant.

Pendant ce temps, avec 8,2 ans de moyenne d'âge, le parc des véhicules des gendarmes a déjà dépassé, en moyenne, sa durée de vie théorique. Et 8 526 véhicules dépassent les seuils de réforme, fixés à huit ans et 200 000 km. En clair, on parle ici d'unités qui devraient déjà être remplacées. Si rien ne se voit encore, c'est que les commandes de 2025 continuent d'arriver, avec 2 315 livraisons attendues à la mi-2026. Mais avec un robinet fermé, la rapporteure redoute le choc pour 2028, qui pourrait être une année noire, avec davantage de pannes et un entretien toujours plus coûteux.

Un hélicoptère EC135 (Airbus H135) de la Gendarmerie nationale. Âgés de 17 ans en moyenne, ces appareils affichaient un taux de disponibilité de 72,3 % en 2025, bien loin des vieux Écureuil. © Spech / Shutterstock
Un hélicoptère EC135 (Airbus H135) de la Gendarmerie nationale. Âgés de 17 ans en moyenne, ces appareils affichaient un taux de disponibilité de 72,3 % en 2025, bien loin des vieux Écureuil. © Spech / Shutterstock

Les Écureuil de la Gendarmerie volent sur leurs dernières réserves

Dans le ciel, la situation n'est guère plus rassurante pour nos amis gendarmes. Sur le papier, on sait que la Gendarmerie totalise 58 hélicoptères. Dans le détail, elle compte 26 AS350 Écureuil, âgés de 40 ans en moyenne, et, pour le reste, 15 EC135, 15 EC145 et deux H145 D3 tout neufs. Une dizaine d'Écureuil ont déjà dû être retirés du service, et les survivants passent plus de temps immobilisés que prêts à décoller. L'an dernier, ils n'étaient disponibles que 43,7 % du temps, soit moins d'un jour sur deux, contre 72,3 % pour les EC135 et 66,6 % pour les EC145, des appareils pourtant âgés de 17 à 20 ans en moyenne.

Et la relève alors ? Là aussi, elle se fait attendre. En 2021, la Gendarmerie a commandé dix H160 (la version civile du célèbre Guépard), des hélicoptères récents d'Airbus, financés par le plan de relance lancé après la crise sanitaire. D'après le contrat, plusieurs devraient déjà être en service, mais seuls deux le sont, et un troisième est attendu en novembre. Ces appareils seront en outre d'abord privés de certaines fonctions de mission, comme la cartographie, qui demanderont des mises à niveau. Surtout, le compte n'y était pas dès le départ, car même livrés à l'heure, ces dix H160 et les six H145 D3 commandés en 2023 ne font que 16 appareils, pour remplacer 26 Écureuil.

Les renforts sont enfin en vue. En décembre 2026, la Gendarmerie doit officialiser une commande de 23 hélicoptères, dont 22 H145 D3 d'Airbus Helicopters déjà prévus en option dans le contrat de 2023. Il ne restait plus qu'à les commander pour de bon. Le vingt-troisième remplacera l'appareil perdu en août, lors d'un crash qui a coûté la vie à l'adjudant Dorian Larigaudrie et grièvement blessé deux gendarmes. Les premiers exemplaires n'arriveront que dix-huit mois après la commande, début 2028… pile au moment où les Écureuil commenceront à être retirés pour de bon. Selon le rapport, la flotte devra donc tourner avec six à sept hélicoptères de moins pendant deux à trois ans.