La Direction générale de l'armement a mené avec succès, il y a moins d'un mois, un nouveau tir d’essai du missile Akeron LP depuis un hélicoptère Tigre. Conçu par MBDA, il doit remplacer le Hellfire américain à partir de 2028.

Vue d’artiste du missile Akeron LP de MBDA tiré depuis un hélicoptère Tigre. © MBDA
Vue d’artiste du missile Akeron LP de MBDA tiré depuis un hélicoptère Tigre. © MBDA

Le 25 septembre 2026, sur le site DGA (Direction générale de l'armement) Essais en vol de Cazaux, en Gironde, un hélicoptère Tigre a tiré un missile Akeron LP qui avait déjà repéré sa cible avant de quitter son lanceur. C'est le quatrième tir de développement de ce missile conçu par le Français MBDA, et seulement le deuxième depuis un Tigre. Ce « verrouillage avant tir » n'est qu'une des cartes de l'Akeron LP, un missile très bien conçu, qui transmet ses images en direct à l'équipage, lui permet de corriger le tir ou de changer de cible en cours de vol, et doit l'exposer bien moins qu'avec le Hellfire américain.

Un missile Akeron LP qui ne lâche pas sa cible des yeux

Ce tir effectué avec succès le mois dernier vient couronner une série d'essais menés depuis début 2025 pour éprouver l'Akeron LP brique par brique, du sol jusqu'aux airs. En février 2025, un premier tir depuis le sol avait validé le comportement en vol, le guidage et la propulsion. Le mois suivant, un Tigre lançait pour la première fois l'Akeron LP, surtout pour vérifier que le missile se sépare sans danger de l'appareil. L'essai de Cazaux va plus loin avec le LOBL (Lock-On Before Launch). L'autodirecteur, l'« œil » du missile, accroche la cible en infrarouge alors que l'engin est encore sur son lanceur, puis doit garder cette prise une fois largué, malgré le souffle du rotor et les turbulences.

Cet œil en vaut trois, puisque l'autodirecteur conçu par Safran associe un capteur infrarouge, une caméra TV et un récepteur laser. Thales fournit la liaison de données, un canal radio dans les deux sens qui renvoie à l'opérateur les images captées par le missile pendant tout le vol. Le procédé avait déjà fait ses preuves le 24 mars dernier, lors d'un tir depuis le sol contre une cible mobile en mer, sur l'île du Levant. Selon la mission, l'équipage peut laisser le missile se débrouiller seul (le fameux « tire et oublie ») ou garder la main jusqu'au bout.

Et c'est là que tout change. L'opérateur peut corriger le point d'impact, basculer sur une autre cible, voire annuler la frappe en cours de route. Avec le Hellfire américain à guidage laser, la cible doit au contraire rester « éclairée » par un pointeur jusqu'à l'impact, ce qui contraint souvent l'hélicoptère à rester exposé. L'Akeron LP est aussi pensé pour verrouiller sa cible après le tir, ce qui permettrait à un drone de désigner l'objectif pendant que le Tigre reste caché derrière une colline. Ce scénario n'a pas encore été testé lors des tirs rendus publics.

Un hélicoptère Tigre de l’armée de Terre, futur porteur du missile Akeron LP. © ministère des Armées
Un hélicoptère Tigre de l’armée de Terre, futur porteur du missile Akeron LP. © ministère des Armées

L'Akeron LP vise le Tigre, puis le Guépard

Le missile français est né du programme MAST-F (Missile air-sol tactique futur), confié à MBDA en 2020 et géré pour la France par l'OCCAR, l'organisation européenne chargée de piloter des programmes d'armement en coopération. L'Akeron LP pèse environ 35 kg et mesure 1,80 m dans son tube. Sa double charge explosive serait capable de percer l'équivalent de plus d'un mètre d'acier de blindage, de quoi inquiéter les chars les mieux protégés, y compris ceux dotés de blindage réactif. Elle vise aussi les bâtiments légers et les petites embarcations, à plus de 8 km depuis un hélicoptère et jusqu'à 20 km depuis un drone. La première commande porterait sur 500 missiles et une centaine de lanceurs.

Ces missiles ne viendront pas seulement renforcer l'arsenal des Tigre français. Ils doivent surtout permettre à l'armée de se passer du Hellfire II, un missile américain soumis à la réglementation ITAR, qui encadre strictement l'usage et la revente des armements made in USA. Ici, les trois piliers du programme, MBDA, Safran et Thales, sont tous européens, et le développement est largement mené en France. Près d'un mois après l'essai d'ailleurs, dans un post LinkedIn publié mardi, Stéphane Reb, le directeur général de MBDA France, a encore salué un succès au service de la « souveraineté » et de l'industrie de défense nationale.

La prochaine étape, c'est celle de la qualification, avec une série d'épreuves qui devra prouver que le missile tient toutes ses promesses. Elle doit démarrer à partir de 2027. Les premières livraisons sont prévues pour 2028, et les Tigre modernisés au standard Mk3 doivent en être équipés à partir de 2029. Ce chantier de modernisation, mené avec l'Espagne, concerne 85 appareils, dont 67 français. Airbus Helicopters planche déjà sur l'intégration du missile au futur H160M Guépard, et l'Akeron LP a même été monté sur des robots terrestres lors d'un projet européen. Sous les cocardes françaises, le Hellfire peut commencer à préparer sa retraite.