Le CEA et Alice & Bob officialisent ce jeudi un partenariat visant à intégrer la technologie quantique tolérante aux fautes de l'entreprise parisienne aux supercalculateurs français. Une vraie étape sur le chemin des premiers usages industriels du calcul quantique.

L'informatique quantique française accélère. Le rapprochement annoncé ce jeudi 17 septembre 2026 entre le CEA et Alice & Bob prend forme autour d'un objectif concret. Grâce à la plateforme Qaptiva de Bull, la pile logicielle de la start-up sera intégrée aux infrastructures de calcul haute performance existantes. Les deux partenaires lancent en parallèle un programme de recherche commun sur les problèmes à N-corps, en vue des futurs systèmes quantiques tolérants aux fautes attendus autour de 2030.
Alice & Bob et le CEA s'attaquent au vrai défi du calcul quantique
Après avoir dévoilé Helium, son premier système quantique, Alice & Bob passe à l'étape suivante. L'entreprise basée à Paris et à Boston, accessoirement conseillée par des chercheurs lauréats du prix Nobel, s'est fait un nom grâce aux qubits de chat, une technologie développée par ses fondateurs avant d'être adoptée par Amazon. Elle affirme aujourd'hui pouvoir réduire jusqu'à 200 fois les besoins matériels d'un ordinateur quantique utile à grande échelle, comparé aux approches concurrentes.
Ce qu'annoncent les deux acteurs aujourd'hui, c'est que la pile logicielle d'Alice & Bob va venir se brancher sur Qaptiva, la plateforme quantique conçue par le Français Bull, racheté à Atos par l'État en début d'année. Son intérêt est de faire l'intermédiaire entre les machines quantiques et les supercalculateurs classiques, un peu comme une prise universelle. Les développeurs peuvent ainsi écrire leur code une seule fois, puis le faire tourner sur différentes machines quantiques, que ce soit sur place ou à distance via le cloud, sans tout reprogrammer à chaque fois. Qaptiva sait aussi répartir intelligemment le travail entre les deux mondes, en envoyant chaque calcul vers la ressource la plus adaptée, quantique ou classique, pour que l'ensemble tourne de façon fluide et cohérente.
Pour réussir ce mariage entre les deux mondes, Alice & Bob s'appuie sur une expertise que le CEA a déjà développée en interne, celle de faire fonctionner ensemble, sans accroc, des ordinateurs quantiques et des supercalculateurs classiques. Un savoir-faire technique précieux, car brancher ces deux technologies l'une à l'autre est loin d'être trivial. Pour Chloé Poisbeau, directrice des opérations d'Alice & Bob, on est au-delà d'une prouesse technique. Il s'agit de faire sortir le calcul quantique tolérant aux fautes (FTQC) des laboratoires pour la rendre « utilisable dans les environnements où s'effectuent les calculs réels ». Autrement dit, poser les bases concrètes pour que les entreprises puissent un jour accéder facilement à cette technologie quantique, au même titre que n'importe quelle autre ressource de calcul.
Le quantique tolérant aux fautes en ligne de mire pour 2030
En parallèle, le CEA et Alice & Bob s'attaquent au programme des « systèmes à N-corps », qui consiste à calculer comment de nombreuses particules interagissent entre elles, un exercice si complexe qu'il dépasse rapidement les capacités des ordinateurs classiques. C'est justement sur ce type de calcul que le quantique est censé faire la différence, ce qui en fait un terrain d'essai très important pour démontrer sa réelle utilité. Les deux partenaires se fixent l'objectif de mettre au point des algorithmes capables de tourner dès que les premiers ordinateurs quantiques vraiment fiables, attendus autour de 2030, seront disponibles.
Les débouchés potentiels sont nombreux. On peut imaginer concevoir de nouveaux matériaux, mieux comprendre certaines réactions chimiques, ou encore simuler des procédés industriels trop complexes pour les ordinateurs actuels. Jacques-Charles Lafoucrière, directeur de programme au CEA, ajoute que ce projet a la particularité de faire se rencontrer deux mondes qui se croisent rarement : « science fondamentale et enjeux industriels ». L'idée est d'identifier dès maintenant des cas d'usage concrets et porteurs, pour que les entreprises intéressées n'aient pas à repartir de zéro le jour où les ordinateurs quantiques tolérants aux fautes, encore en développement, seront enfin opérationnels. Les bénéfices attendus auront déjà été démontrés, prêts à être déployés à grande échelle.
Au final, ce programme combine la technologie quantique unique d'Alice & Bob, une passerelle fluide avec les supercalculateurs existants, et des cas d'usage pensés dès le départ pour l'industrie. À partir de maintenant, chacun va faire en sorte que ces avancées scientifiques se traduisent, à terme, par des retombées économiques concrètes et chiffrables. Une ambition qui parle au CEA, dont le rôle est de renforcer l'indépendance scientifique et technologique de la France et de l'Europe, que ce soit dans l'énergie propre, le numérique, la santé de demain, ou encore la défense et la sécurité.