Un étage de fusée Falcon 9 s’écrasera sur la Lune demain matin. Un impact non intentionnel, mais dont la NASA et SpaceX comptent bien tirer profit. Voici comment.

Une fusée Falcon 9 se dirige vers l'espace. ©SpaceX
Une fusée Falcon 9 se dirige vers l'espace. ©SpaceX

Après avoir placé les atterrisseurs Blue Ghost et Resilience en orbite lunaire en janvier 2025, la fusée n’a pas disposé d’énergie suffisante pour s’échapper de l’attraction terrestre. En conséquence, elle tourne autour de la Terre sur une trajectoire elliptique de 26 jours… Et va finir sa course sur la Lune ce mercredi 5 août à 8h35, heure de Paris. Et si cette collision n'a rien d’intentionnelle, il s'agit d'une mine d'or scientifique pour la NASA, révèle Space News.

Crucial pour le programme Artemis

La collision, aussi accidentelle soit-elle, Car l’agence spatiale américaine va comparer les images du site avant et après l’impact grâce à la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter, en orbite lunaire depuis 2009.

Car ce type d’impact pose une vraie question de sécurité avec l’arrivée du programme Artemis, qui prévoit, à terme, l’installation d’une base habitée. Lors d’un point presse tenu ce 3 août, Julianna Scheimann, directrice du programme Crew Dragon chez SpaceX, a indiqué que l’entreprise travaillait désormais avec la NASA sur de meilleures méthodes de désorbitation pour les futures missions.

Si la société a suivi les procédures en vigueur pour neutraliser son premier étage, elle reconnaît qu’une désorbitation classique, possible pour les missions en orbite basse, n’était de toute évidence pas envisageable dans ce cas précis.

Le Falcon 9 va s'écraser à proximité du cratère Einstein. ©NASA

Pas une première

Cet événement, aussi rare soit-il, ne constituera pas une première en soi. En 2009 déjà, l’impact volontaire d’un étage de fusée Centaur près du pôle sud de la Lune avait permis de détecter des traces de glace d’eau. De même, durant le programme Apollo, plusieurs étages de Saturn V ont été délibérément écrasés sur notre satellite afin d’aider les scientifiques à mieux comprendre sa structure interne. Des sismomètres avaient été laissés sur place par les astronautes.

Malheureusement pour les astronomes amateurs, le flash de l’impact ne devrait être visible depuis la Terre, car le Falcon 9 va percuter la Lune à une vitesse bien plus faible qu’un météoroïde naturel, ce qui limite l’énergie transformée en lumière. Le nuage de poussière soulevé par le choc a en revanche de meilleures chances de se montrer, car la collision va se produire près du bord du disque lunaire.

Mais pour espérer l’apercevoir au télescope, mieux vaudra se trouver en Amérique du Sud ou dans les basses latitudes d’Amérique du Nord, où la nuit sera encore noire au moment du choc. Depuis la France, l’observation directe s’annonce quasiment impossible.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Comment la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) peut-elle confirmer et analyser un impact sur la Lune ?

Lunar Reconnaissance Orbiter est un satellite en orbite lunaire qui photographie la surface avec une résolution suffisante pour repérer de nouveaux cratères. Le principe consiste à comparer des images « avant/après » de la zone supposée de l’impact pour isoler les changements récents (cratère, dépôts plus clairs, éjectas). LRO combine imagerie et mesures complémentaires (altimétrie, parfois données thermiques) pour estimer la morphologie et le volume de matière déplacée. L’efficacité dépend surtout de la précision de la zone d’impact, de l’éclairage solaire au moment du passage et de la cadence de revisite orbitale.

Pourquoi la « désorbitation » d’un étage de fusée n’est-elle pas toujours possible, surtout lors de missions au-delà de l’orbite basse ?

La désorbitation consiste à effectuer une manœuvre propulsive pour faire rentrer un objet dans l’atmosphère terrestre de façon contrôlée, afin qu’il se désintègre au-dessus d’une zone sûre. Pour y parvenir, il faut disposer de suffisamment d’ergols, d’un allumage fiable et d’une trajectoire qui recroise l’atmosphère avec la bonne géométrie. Sur des profils de mission plus énergétiques (trajectoires de transfert, orbites très elliptiques, injections vers la Lune), l’étage peut se retrouver sur une trajectoire où le retour contrôlé coûterait trop de carburant ou ne serait pas compatible avec les marges de sécurité. Résultat : l’objet peut rester en trajectoire cislunaire et finir par croiser la Lune ou être perturbé gravitationnellement, sans option simple de “retour propre”.

En quoi les impacts contrôlés (ou opportunistes) d’étages de fusée servent-ils à la science lunaire et à la sécurité du programme Artemis ?

Un impact crée un cratère et un nuage d’éjectas qui révèlent la nature du régolithe (granulométrie, compaction) et parfois des signatures de volatils, selon la zone touchée. En mesurant la taille du cratère et la dispersion des débris, on peut mieux calibrer les modèles d’impact à faible vitesse, utiles pour interpréter d’autres événements et estimer les risques. Dans une logique Artemis, la question n’est pas seulement scientifique : c’est aussi un sujet de gestion des débris et de planification des opérations près de sites d’atterrissage ou d’infrastructures futures. Même un impact non intentionnel fournit des données “réelles” pour affiner les procédures, les zones à éviter et les méthodes de suivi des objets en environnement cislunaire.