Lors de l’earnings call du 23 juillet, Elon Musk a lâché une phrase que ses investisseurs n’attendaient pas : Optimus sera « le produit le plus difficile à industrialiser » de toute l’histoire de Tesla. Un aveu qui tranche avec des mois de promesses de production de masse.

Fabriquer une voiture électrique, Tesla sait faire. Fabriquer un robot humanoïde à grande échelle, c’est une autre affaire. Lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre 2026, Musk a prononcé une phrase que ses actionnaires n’attendaient probablement pas : Optimus sera « le produit le plus difficile à industrialiser que nous ayons jamais fabriqué chez Tesla ». La formule est d’autant plus frappante que les présentations du trimestre précédent parlaient encore de « production de masse » et de « volume ». Ces deux mots ont discrètement disparu. Selon Business Insider, le PDG a aussi voulu « calibrer correctement les attentes », reconnaissant que la montée en production initiale serait potentiellement plus longue que prévu.
10 000 pièces uniques sans fournisseurs prêts à les livrer
Le verrou n’est pas qu’une question de volonté industrielle. Optimus compte environ 10 000 pièces uniques, dont aucune n’existait avant que Tesla ne se lance dans ce projet. Pas de chaîne d’approvisionnement existante, pas de fournisseurs spécialisés prêts à livrer des millions d’actionneurs de précision. Musk l’a résumé sans détour : « tout sur le robot est nouveau », ce qui rend la montée en cadence structurellement plus difficile que n’importe quel véhicule. Il a même utilisé une formule redoutable pour décrire la contrainte : la production ira « aussi vite que la pièce la moins bien maîtrisée parmi les 10 000 ».
C’est précisément là que les robots chinois creusent l’écart sur Optimus : Unitree, AgiBot et UBTech puisent dans des filières industrielles mûries par des décennies de production de smartphones. La Chine contrôlerait environ 70 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale en moteurs, actionneurs et capteurs pour ces machines. Tesla doit, lui, faire inventer ses composants par des partenaires comme Samsung et TSMC pour les puces d’IA.
La dextérité des mains, verrou que personne n’a encore résolu
Musk a aussi mis le doigt sur un problème qui dépasse Tesla : la main humaine. Optimus doit atteindre au moins le niveau de dextérité d’une main humaine avant d’être utile hors des usines. « La main humaine est une chose incroyable », a-t-il reconnu, qu’aucune entreprise de robotique n’a réussi à reproduire fidèlement. Sur le terrain, la réalité est brutale : au début 2026, aucun Optimus ne réalisait de travail productif dans les usines Tesla. Les quelque 1 000 unités Gen 3 déployées entre Fremont et Gigafactory Texas collectaient des données d’entraînement, rien de plus.

La ligne de production de Fremont, issue de la conversion des lignes Model S et Model X, est opérationnelle. Un second bâtiment sort de terre près de Gigafactory Texas, avec une production espérée pour l’été 2027. L’objectif d’une utilité hors des sites Tesla reste fixé à 2027, mais ce n’est pas la première fois que Musk recalibre un calendrier ambitieux à la baisse après coup.
Ce que l’aveu de Musk révèle, c’est que Tesla découvre en temps réel qu’un humanoïde impose de bâtir simultanément le produit, ses composants critiques et son outil industriel. Un défi d’une nature différente de l’automobile, dans un contexte financier tendu : bénéfice par action tombé à 33 centimes contre 51 attendus, free cash flow négatif à moins 1 milliard de dollars. Et en toile de fond, un accord de rémunération qui lie partiellement Musk à la livraison d’un million d’Optimus dans la décennie. Une cible qui ressemble de moins en moins à une ambition, et de plus en plus à une équation ouverte.