JD.com, le géant chinois de l’e-commerce, veut mettre un pied solide en Europe en rachetant Ceconomy. Mais la Commission européenne soupçonne l’entreprise d’avoir été dopée par des subventions chinoises pour emporter la mise, et elle exige des comptes.

Fondé à Pékin en 1998 par Richard Liu, JD.com n’est autre que le numéro 2 de l’e-commerce chinois, juste derrière Alibaba. Sa force ? Une logistique intégrée hors norme, avec plus de 1 600 entrepôts et 200 000 livreurs, qui lui permet de livrer plus de 90 % de ses commandes en moins de 24 heures. De quoi peser aujourd’hui plus de 180 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an.
En Europe, le groupe reste pourtant un nouveau venu. Après l’échec de sa plateforme Ochama, JD.com a lancé en mars dernier Joybuy, un site de vente en ligne accessible en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et au Benelux. Une arrivée discrète, mais qui s’inscrit dans une ambition bien plus large : s’imposer physiquement sur le marché européen.
Rachat d’un géant européen
Et pour cela, l’entreprise tente de racheter Ceconomy, le géant allemand de l’électronique grand public, propriétaire des enseignes MediaMarkt et Saturn. Celles-ci comptent des centaines de magasins physiques répartis dans plusieurs pays du Vieux Continent, en plus d’une activité de vente en ligne bien installée. Le groupe possède, en outre, une participation minoritaire dans Fnac Darty.
L’englober permettrait à JD.com de réaliser un raccourci en or : au lieu de construire patiemment sa présence en Europe magasin par magasin, la société chinoise récupérerait d’un coup un réseau physique déjà solide, une clientèle fidèle et une marque qui inspire confiance. De quoi transformer son arrivée discrète avec Joybuy en une implantation bien plus musclée, appuyée sur sa force logistique et technologique.
Ainsi, l’opération, chiffrée à 2,5 milliards de dollars, a été officiellement notifiée à la Commission européenne le 17 avril dernier. Mais visiblement, les régulateurs, déjà sceptiques face à Shein, AliExpress ou Temu, ne sont pas convaincus.

Un possible financement chinois
Depuis le mois de mai, la Commission mène une enquête approfondie sur cette acquisition au titre du règlement sur les subventions étrangères, un texte entré en vigueur en 2023 pour éviter qu’une entreprise ne fausse la concurrence en Europe grâce à des aides publiques venues d’un pays tiers.
Concrètement, Bruxelles soupçonne le groupe d’avoir bénéficié de financements préférentiels, d’avantages fiscaux et de subventions accordés par Pékin. De quoi lui permettre, potentiellement, de surenchérir sur Ceconomy et de proposer des conditions qu’un concurrent européen n’aurait pas pu égaler. La Commission veut aussi vérifier qu’une fois la fusion actée, l’entité combinée ne profitera pas de cet argent public pour prendre un avantage déloyal sur le marché européen de l’électronique.
De son côté, JD.com reste confiante et s'attend à une issue positive d’ici à la fin de l’année, révèle Reuters. La Commission, elle, a jusqu’au 2 octobre pour trancher : elle peut accepter des engagements de la part du groupe chinois, interdire purement l’opération, ou donner son feu vert sans condition.