Rocket Lab a achevé un tir statique complet de son moteur Archimedes destiné à l’étage supérieur de la fusée Neutron. L’essai a eu lieu au centre spatial Stennis de la NASA, dans le Mississippi, et a duré près de cinq minutes et demie. Le constructeur néo-zélandais prépare l’intégration du moteur avant le premier vol de son lanceur.

Mine de rien, la discrète Rocket Lab fait son bonhomme de chemin dans l’espace, déjà bien occupée par ses grandes sœurs Blue Origin et Space X.
Neutron doit succéder à Electron, la fusée qui a bâti la réputation de Rocket Lab dans le lancement commercial. Le nouveau lanceur embarque huit moteurs Archimedes sur son premier étage, pour une poussée combinée proche de 1,5 million de livres au décollage, soit environ 6,7 méganewtons. Un neuvième exemplaire, une version optimisée pour le vide dite AVac, propulse à lui seul le second étage. Sa tuyère mesure environ 2,5 mètres de plus que celle des moteurs du premier étage et délivre 1,2 fois leur poussée une fois en orbite. Le 13 juillet, Rocket Lab a annoncé la réussite d’un tir statique complet de cet AVac sur son compte X.com. Selon Peter Beck, fondateur et directeur général de l’entreprise, ce tir prépare directement le premier vol de Neutron.
Une jupe courte pour simuler le vide au sol
Les équipes de Rocket Lab ont installé sur l’AVac une jupe courte, conçue pour les tirs au niveau de la mer. La tuyère complète du moteur, optimisée pour le vide, aurait sinon subi des phénomènes de décollement et d’instabilité d’écoulement au sol. Grâce à cette configuration raccourcie, les ingénieurs valident par le calcul le comportement du moteur une fois la tuyère longue montée, dans les conditions réelles de l'’espace.
La poussée de chaque moteur Archimedes du premier étage équivaut à celle d’un moteur Merlin 1D, celui qui propulse le premier étage du Falcon 9 de SpaceX. Comme le Falcon 9, Neutron adopte une réutilisation partielle. Son premier étage doit atterrir sur son site de lancement ou sur une barge en mer. Le lanceur doit livrer 13 000 kilos de charge utile en orbite basse lorsque ce premier étage revient se poser.
Contrairement aux coiffes classiques, qui se détachent entièrement du lanceur une fois les contraintes aérodynamiques disparues, celle de Neutron s’ouvre en deux moitiés articulées. Rocket Lab a surnommé ce mécanisme Hungry Hippo, en référence au jeu pour enfants. Une fois les mâchoires ouvertes, l'AVac prend le relais et pousse seul le second étage vers l’orbite.
Un carnet de commandes à plus de deux milliards d’euros
Rocket Lab n’a pas encore fait voler Neutron, mais le lanceur totalise déjà plus de 70 missions en carnet de commandes. En mai, l’entreprise a signé le plus gros contrat de son histoire avec un client resté confidentiel. L’accord concerne cinq lancements Neutron et trois lancements Electron, programmés jusqu’en 2029. Avec cette commande, le carnet global du groupe affiche une valeur cumulée supérieure à 1,9 milliard d’euros. Chaque vol de Neutron coûte en moyenne entre 43 et 48 millions d’euros, d’après les tarifs communiqués par la société.
On notera cependant le contraste entre le prix de ce succès commercial et le coût de développement prévu par Rocket Lab. Le Directeur Général de l'entreprise Peter Beck annonçait, dès 2024, une enveloppe proche de 250 à 300 millions de dollars, soit environ 220 à 260 millions d'euros, pour mener Neutron du dessin à son premier vol. Selon lui, d’autres lanceurs de gabarit ont coûté plusieurs milliards de dollars avant leur premier décollage.
Mais Neutron a calé à plusieurs reprises au démarrage. Rocket Lab avait fixé fin 2025 pour le premier vol, puis a repoussé cette échéance au premier semestre. En janvier, le réservoir principal du premier étage s’est rompu pendant un essai de pression mené sur le site de Wallops, en Virginie. Peter Beck maintient cependant que l’équipe doit atteindre l’orbite quand le véhicule sera prêt, plutôt que respecter une date fixée à l’avance.