La fibre optique équipe désormais plus de huit foyers connectés sur dix, et la 5G séduit toujours plus d'utilisateurs, selon l'ARCEP. Pourtant, le chiffre d'affaires des opérateurs recule pour la première fois en quatre ans.

La fibre optique équipe déjà 8 foyers sur 10 en France, la 5G explose. © Alexandre Boero / Clubic
La fibre optique équipe déjà 8 foyers sur 10 en France, la 5G explose. © Alexandre Boero / Clubic

Chaque trimestre, l'ARCEP, le gendarme des télécoms en France, publie un état des lieux complet du secteur. Ce jeudi 9 juillet, l'autorité a publié les résultats qu premier trimestre 2026, qui dessinent un marché à deux vitesses. D'un côté, la fibre optique et la 5G séduisent toujours plus de Français, portées par un réseau qui continue de s'étendre sur tout le territoire. De l'autre, les opérateurs télécoms peinent financièrement. Pris entre des offres mobiles de plus en plus agressives sur les prix et un marché du fixe qui a déjà conquis l'essentiel de ses clients potentiels, ils voient leurs revenus reculer pour la première fois en quatre ans.

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Pourquoi le chiffre d'affaires des opérateurs télécoms recule en France

Sur le papier, les chiffres avancés par l'ARCEP peuvent surprendre. Le revenu total des opérateurs sur le marché de détail s'établit à 9,2 milliards d'euros hors taxes au premier trimestre, en repli de 1,9 % sur un an. Une contraction qui s'accentue trimestre après trimestre et qui met un terme à quatre années de croissance quasi ininterrompue chez les télécoms. Fait rarissime, tous les postes de revenus sont désormais orientés à la baisse, à la seule exception de la vente de téléphones portables.

Alors quel est le principal responsable de ce recul ? Selon l'autorité, ce sont les forfaits mobiles. Ce segment, qui représente à lui seul 3,5 milliards d'euros de revenus, a vu son chiffre d'affaires chuter de 4 % en un an, soit deux fois plus vite qu'un an plus tôt. La guerre des prix que se livrent les opérateurs depuis 2024, chacun cassant ses tarifs pour attirer ou garder ses clients, fait son effet. Voilà comment, même si le nombre d'abonnés continue d'augmenter, chacun d'eux rapporte de moins en moins d'argent aux opérateurs. Seule bonne nouvelle dans ce tableau, la vente de smartphones neufs progresse, elle, de 1,7 %.

Sur le fixe, la tendance n'est guère plus réjouissante. L'ensemble des revenus des services fixes, 4,4 milliards d'euros, recule pour le quatrième trimestre consécutif, une première inversion après quatre ans de croissance, également. Paradoxalement, le revenu spécifique de l'internet haut et très haut débit continue lui de progresser, mais de plus en plus mollement (+1,7 %, contre +6,2 % il y a deux ans), pénalisé par le repli des offres bas débit et haut de gamme. La facture mensuelle moyenne, elle, reste quasiment gelée à 37 euros hors taxes. Un plafond a-t-il été atteint ?

Revenus des opérateurs sur le marché de détail. © ARCEP

La fibre optique, reine incontestée du haut débit

Il est impossible de parler du fixe sans évoquer la fibre optique, qui a définitivement pris le pouvoir. Fin mars 2026, elle représentait 84 % des abonnements internet haut et très haut débit, sept points de plus qu'un an plus tôt, et même 94 % des abonnements à très haut débit. Avec 27,7 millions de foyers raccordés, soit 2,5 millions de plus qu'il y un an, le rythme de conquête ne faiblit pas.

Le déploiement du réseau FttH suit d'ailleurs la même dynamique. Au total, on compte 42,8 millions de logements et locaux professionnels désormais raccordables, sur un total national de 45,1 millions. Autrement dit, près de 95 % du territoire peut aujourd'hui accéder à la fibre, de quoi reléguer le vieux cuivre au rang de technologie résiduelle en voie d'extinction programmée.

Le DSL, qui est, petit piqure de rappel, la technologie qui fait transiter internet par les vieux câbles téléphoniques en cuivre, poursuit quant à lui sa lente disparition. Il ne concerne plus que 3,5 millions d'abonnements en France, soit 11 % du total, et sept points de moins qu'il y a un an. Fait plus actuel et pas si surprenant, une autre solution gagne du terrain depuis près de deux ans. On parle bien entendu des box 4G et 5G, qui permettent de se connecter à internet chez soi via le réseau mobile plutôt que par un câble, et qui sont proposées jusqu'en Wi-Fi 7 chez chacun des quatre opérateurs désormais. Elles séduisent environ 100 000 foyers supplémentaires chaque année et totalisent désormais 655 000 abonnements, une alternative qui reste marginale mais bien réelle, notamment là où la fibre n'est pas encore arrivée.

Evolution du nombre d'abonnements internet selon la technologie très haut débit. © ARCEP

Du côté du mobile, la 5G explose et les SMS s'effacent

Sans surprise, la 5G continue son ascension fulgurante. Le nombre de cartes SIM actives sur ces réseaux atteint 35,4 millions, soit 42 % du parc total, une progression de 33 % en un an. Un bond spectaculaire qui traduit à la fois l'extension de la couverture réseau et le renouvellement massif des smartphones compatibles chez les Français.

La consommation de données mobiles, elle, continue d'augmenter, mais moins vite qu'avant. Concrètement, chaque utilisateur consomme désormais 18,4 Go par mois en moyenne sur son forfait, soit 1,4 Go de plus qu'il y a un an, l'équivalent de quelques heures de streaming vidéo supplémentaires. Mais cette progression, de 9 % sur un an, est bien plus modeste que les rythmes à deux chiffres observés ces dernières années. Voilà qui montre que nos usages du smartphone, après des années de forte croissance, commencent tout doucement à se stabiliser.

Petit à petit, le SMS se meurt, au profit du SMS. © Alexandre Boero / Clubic

La lente agonie du SMS est aussi une mutation en cours, plus discrète certes, mais tout de même aussi marquante. Son volume a plongé de 27 % en un an, une dégringolade continue depuis neuf ans qui ne cesse de s'accélérer. Les messageries instantanées ont largement pris le relais, portées aussi par la montée du RCS, ce système de messagerie transitant par internet qui fonctionne, selon l'ARCEP, de la même manière que les applications de discussion classiques. Reste à savoir si les opérateurs télécoms parviendront à inverser la tendance sans renoncer à leurs investissements dans la fibre et la 5G, ou si la France s'installe durablement dans cette équation où mieux connecter rime de moins en moins avec mieux gagner, en gardant dans un coin de leur tête le rachat de SFR, qui va coûter à chacun.