Après plusieurs jours de retard, la fusée Pegasus XL a enfin décollé ce 3 juillet. Sa mission est unique, puisqu’elle doit sauver le télescope Swift, en orbite depuis 20 ans, avant qu’il ne se désintègre dans l’atmosphère.

Lancé en 2004, le télescope Neil Gehrels Swift scrute depuis plus de 20 ans l’un des phénomènes les plus violents de l’Univers : les sursauts gamma. Ces éclairs de lumière à haute énergie, qui ne durent que quelques secondes, libèrent pourtant plus d’énergie que le Soleil sur toute son existence.
Ces événements, qui se produisent lors de l’explosion ou de la collision d’étoiles, sont à l’origine des éléments les plus lourds du tableau périodique, « y compris l’or et le platine de nos bijoux », explique Brad Cenko, responsable scientifique de la mission. Problème, l'orbite du télescope se dégrade plus vite que prévu à cause d’une récente activité solaire intense. Et sans système de propulsion pour se corriger, il devrait tomber dans l’atmosphère d’ici à la fin de l’année.
Lancement réussi
Face à l’urgence de la situation, la NASA a confié à la start-up américaine Katalyst Space Technologies la mission de sauver Swift, grâce à un vaisseau robotique baptisé LINK. Après plusieurs jours de report pour cause de météo et de problèmes techniques, le décollage a enfin eu lieu depuis les îles Marshall.
Rien d’un lancement classique. LINK était fixé à une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman, elle-même accrochée sous le ventre d'un avion baptisé Stargazer. Celui-ci a largué la fusée en plein vol, à environ 12 000 mètres d’altitude. Quelques secondes de chute libre plus tard, les moteurs de Pegasus XL se sont allumés pour propulser le vaisseau vers l’espace.
Il s’agissait du dernier vol prévu de Pegasus, une fusée lancée pour la première fois en 1990. Et elle a une fois de plus démontré sa fiabilité dans un contexte tendu : la mission n’est prévue que depuis 8 mois. Une véritable course contre la montre qui, pour l’heure, se déroule comme prévu.

Une mission digne d’un film de science-fiction
La NASA a confirmé avoir établi le contact avec LINK quelques heures après le lancement. Une première étape franchie, mais le plus dur reste à venir. Katalyst va d’abord passer deux semaines à vérifier le bon fonctionnement santé du dispositif avant de le diriger vers Swift pour une phase d’inspection de deux à trois semaines.
Viendra ensuite le moment critique : la capture. LINK devra s’arrimer au télescope grâce à ses trois bras robotiques, alors que celui-ci n’a jamais été conçu pour être saisi. Il pourra, malgré tout, participer à la manœuvre en ajustant sa position pour faciliter l’approche.
Ensuite, LINK utilisera ses propulseurs ioniques pour hisser Swift jusqu’à une orbite de 550 à 600 kilomètres, contre 360 kilomètres actuellement. Un processus qui doit s’étaler sur dix à douze semaines, avant que LINK ne se détache et n’accélère sa propre rentrée atmosphérique. De quoi offrir au télescope une décennie d’existence supplémentaire.
Si cette mission hautement risquée réussit, elle pourrait faire des émules. La NASA envisage déjà un scénario similaire pour le mythique télescope Hubble, dont l’orbite décline elle aussi.