Avec l'émergence des fusées ultra lourdes, une toute nouvelle génération de télescopes spatiaux, beaucoup moins onéreux, pourraient voir le jour. Une révolution pour l'observation de l'espace lointain.

Vue d'artiste de la fusée Starship lorsqu'elle sera totalement opérationnelle. ©SpaceX
Vue d'artiste de la fusée Starship lorsqu'elle sera totalement opérationnelle. ©SpaceX

2025 fut une année charnière. Starship de SpaceX a réussi deux tests, tandis que New Glenn de Blue Origin a réalisé une performance remarquable. Le lanceur a non seulement positionné une charge utile sur la trajectoire de Mars lors de son second vol, son premier étage est également venu se poser sur une barge au beau milieu de l'océan.

Leur point commun ? Ces deux fusées sont de véritables mastodontes. Un avantage immense lorsqu'il s'agit d'envoyer des télescopes dans l'espace.

Moins de freins techniques

Observer l'Univers depuis l'orbite change radicalement la donne. Car l'atmosphère terrestre brouille les images et bloque une grande partie du spectre lumineux : les télescopes terrestres ne captent qu'une fraction de l'information disponible, alors qu'un engin spatial accède à un champ bien plus large, des infrarouges lointains aux rayons X, et peut ainsi étudier des phénomènes invisibles depuis la Terre.

Problème, ces missions coûtent une fortune, notamment en raison de la taille des fusées. Le télescope James Webb, par exemple, a dû être plié comme un origami pour être positionné sous la coiffe d'Ariane 5, requérant de véritables prouesses techniques. Il a nécessité près de 10 milliards de dollars d'investissement et, à ce prix-là, impossible d’enchaîner. En conséquence, le prochain grand télescope n'est pas attendu avant 2045.

C'est justement ici que les nouvelles mégafusées entrent en jeu. Elles peuvent envoyer jusqu'à dix fois plus de masse et disposent de coiffes deux fois plus larges, de quoi permettre d'embarquer de grands miroirs sans les plier, d'utiliser des matériaux plus épais et plus robustes, et de réduire drastiquement le nombre de composants critiques susceptibles de tomber en panne. Le tout pour un prix plus abordable.

Des images capturées par le télescope James Webb. ©NASA, ESA, CSA, STScI, J. Lee (STScI), T. Williams (Oxford), PHANGS Team, E. Wheatley (STScI)
Des images capturées par le télescope James Webb. ©NASA, ESA, CSA, STScI, J. Lee (STScI), T. Williams (Oxford), PHANGS Team, E. Wheatley (STScI)

Des concepts à l'étude

Si cette idée commence à prendre forme, plusieurs concepts misant sur les fusées super lourdes sont déjà à l'étude. Au California Institute of Technology (Caltech), les chercheurs planchent sur un grand télescope infrarouge lointain nommé Origins, ainsi que sur sa version plus compacte, Prima. De même, un nouveau télescope à rayons X, capable d'atteindre une finesse d'image comparable à celle de James Webb, et GO-LoW, un radiotélescope spatial très basse fréquence composé de 100 000 petits instruments produits en série sont en cours de conception.

Mais les défis techniques et budgétaires sont immenses. D'autant plus que rien ne garantit que les lanceurs, encore très jeunes, tiendront leurs promesses : si les prix de lancement explosent ou les performances ne sont pas au rendez-vous, tout le modèle s'effondre. L'espoir est tout de même là, il y a de quoi avoir la tête dans les étoiles…