Le compte à rebours s’accélère pour sauver le télescope spatial Neil Gehrels Swift de la NASA : le lancement de la mission de sauvetage est désormais prévu ce mois de juin. Tout ce qu’il faut savoir sur ce plan aussi fou qu’inédit.

Lancé en 2004, le télescope Swift traque les sursauts gamma, ces explosions cataclysmiques parmi les plus violentes de l’Univers, provoquées par la mort d’étoiles massives ou la fusion d’objets compacts comme des étoiles à neutrons. Initialement prévu pour deux ans, il est toujours opérationnel deux décennies plus tard, et aucun remplaçant n’existe.
Problème, son orbite, initialement établie à environ 600 kilomètres d’altitude, s’est dégradée à environ 400 kilomètres, et le dispositif ne dispose d’aucun système de propulsion pour corriger la trajectoire. Une récente période d’activité solaire intense a aggravé le phénomène, accélérant la friction atmosphérique. Si rien n’est fait, le télescope se désintégrera dans l’atmosphère d’ici à la fin de l’année. Hors de question pour la NASA.
Le vaisseau sera lancé par une fusée, elle-même lancée par un avion
En septembre 2025, l’agence a confié le sauvetage de Swift à Katalyst Space Technologies, une start-up américaine spécialisée dans les services en orbite. Comprenez : l’entretien, la réparation et le repositionnement de satellites déjà en activité.
Le plan est simple sur le papier, vertigineux dans l’exécution. Katalyst doit concevoir, construire et lancer en moins d’un an un vaisseau robotique baptisé LINK, équipé de trois bras mécaniques et de propulseurs ioniques alimentés au xénon. Une fois en orbite, il passera deux à trois semaines à s’approcher de Swift, à l’inspecter, puis à tenter de le saisir fermement. Un défi colossal, car le télescope n’a jamais été conçu pour être capturé. Ses instruments sensibles ne doivent en outre jamais être orientés vers le Soleil, la Terre ou la Lune, sous peine de dommages irréversibles.
Si la manœuvre réussit, LINK repositionnera Swift à environ 600 kilomètres d’altitude, lui offrant potentiellement dix années supplémentaires d’observations. Ce serait une première mondiale : jamais un satellite scientifique gouvernemental américain n’a été rattrapé et remonté par un engin privé.
Et pour tenir ce calendrier impossible, Katalyst a opté pour Pegasus XL, le lanceur aérien de Northrop Grumman, largué en plein vol depuis un avion L-1011 Stargazer à 12 000 mètres d’altitude, et seul système jugé capable de respecter l’orbite, le calendrier et le budget imposés par la NASA.

Décollage en juin
Cette mission digne d’un film hollywoodien est désormais sur les rails. Ce 4 mai, Katalyst a finalisé les tests environnementaux de LINK dans les installations de la NASA à Goddard, dans le Maryland. Le vaisseau y a subi des tests de vibrations simulant les secousses d'un lancement sur Pegasus, puis des tests thermiques sous vide. Les propulseurs ioniques ont en outre été allumés, et l’un des trois bras robotiques a été déployé avec succès.
« Nous sommes dans une situation inhabituelle où c’est le calendrier qui dicte le niveau de risque que nous sommes prêts à accepter, et non l’inverse. Le compte à rebours de la descente de Swift tourne, et nous devons trouver le bon équilibre entre les tests et la résolution des problèmes », commente Kieran Wilson, responsable scientifique du projet chez Katalyst.
LINK sera intégré à la fusée début juin par Northrop Grumman, sur le site de lancement de Wallops en Virginie, le décollage étant prévu depuis les Îles Marshall plus tard dans le mois.