L’homme qui a vu venir la crise des subprimes, Michael Burry, regarde aujourd’hui l’action la plus en vue de Wall Street. Mais cette fois, cet investisseur de renom préfère rester sur la touche. Et il n’est pas le seul.

Le 12 juin dernier, SpaceX a fait son entrée en Bourse au prix de 135 dollars l’action, pour une valorisation visée à environ 1 770 milliards de dollars. Une opération déjà qualifiée d’historique avant même le premier jour de cotation.
Mais la suite a, comme on pouvait s’y attendre, dépassé toutes les attentes. La capitalisation de l’entreprise d’Elon Musk avoisine désormais les 2 500 milliards de dollars, soit l’équivalent d’un certain Amazon. Une ascension aussi spectaculaire ne pouvait pas passer inaperçue, et des voix reconnues du monde de la finance commencent à s’inquiéter.
SpaceX serait tout bonnement surévaluée
C’est notamment le cas de Michael Burry, qui s’est également montré très critique envers Tesla et la bulle de l’IA. Pour rappel, dès le milieu des années 2000, il a flairé la bulle des subprimes, un coup de génie immortalisé au cinéma par Christian Bale dans The Big Short. Aujourd’hui à la tête du fonds Scion Asset Management, il continue de scruter les marchés avec la même méfiance. Et visiblement, SpaceX ne lui inspire pas vraiment confiance.
Dans un article publié sur sa newsletter Substack ce mardi 16 juin, et citée par Business Insider, il révèle avoir envisagé des options de vente contre SpaceX, un pari qui lui aurait permis de gagner si l’action chutait. Mais il y a finalement renoncé. « Je ne suis aujourd'hui impliqué dans SpaceX. Ni à la baisse, ni à la hausse », résume-t-il. Burry avance que la société, malgré sa valorisation astronomique, ne génère pas plus de 20 milliards de dollars de revenus par an.
Selon ses calculs, elle vaudrait désormais plus que les économies entières de la Russie, du Canada ou de l’Italie, et pourrait racheter les neuf personnes les plus riches du monde après Elon Musk, tout en gardant 1 000 milliards de dollars en poche. Plus frappant encore : Berkshire Hathaway, le conglomérat patiemment construit par Warren Buffett, aurait été dépassé deux fois et demie par SpaceX en seulement trois jours de cotation. Concrètement, la surévaluation du géant spatial serait ridicule, et cet avis est partagé par d’autres fonds d’investissement.

Une introduction en Bourse qui s’écrit hors des clous
Les faits corroborent le scepticisme de certains. Car l’entrée en Bourse de SpaceX a totalement chamboulé les règles boursières. Pour l’accueillir, le Nasdaq a lui-même assoupli ses règles en validant son intégration au prestigieux Nasdaq-100 après seulement 15 jours de cotation, contre plusieurs mois habituellement.
L’exigence d’un flottant minimum de 10 % a aussi été levée, et SpaceX n’a cédé que 4 % de son capital au public. Elon Musk, lui, conserve 82,4 % des droits de vote, ce qui exempte l’entreprise de certaines règles de gouvernance. Et elle n'a pas fini de s’affranchir des codes boursiers classiques, puisqu’elle va s'affranchir des agences de presse spécialisées comme Business Wire ou PR Newswire pour communiquer ses résultats financiers. Ils seront publiés directement sur son site Web et sur X.