Euro-Office lance sa version 1.0 aujourd'hui depuis le Nextcloud Summit. Dans Nextcloud Hub, la suite s'appellera simplement Nextcloud Office dès la prochaine version. La Document Foundation, derrière LibreOffice, a publié hier une lettre ouverte pour nuancer l'annonce.

NextCloud donne le coup d'envoi d'Euro-Office, et ça fait grincer quelques dents ©Shutterstock
NextCloud donne le coup d'envoi d'Euro-Office, et ça fait grincer quelques dents ©Shutterstock

Euro-Office est une suite documentaire complète : documents, tableurs, présentations, PDF. Elle fonctionne dans un navigateur, mais doit être hébergée dans une plateforme comme Nextcloud ou Proton, laquelle gère le stockage et les droits d'accès.

Euro-Office
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Euro-Office
  • Intégration via API
  • Hébergement souverain
  • Édition collaborative

Dans Nextcloud Hub 26, Euro-Office coexiste avec Collabora et traite les données côté client

Euro-Office rejoint Collabora dans Nextcloud Office, la brique bureautique intégrée à Hub. Les deux solutions coexistent ; les administrateurs choisissent celle qu'ils préfèrent. La différence principale concerne le traitement des données. Euro-Office traite les documents dans le navigateur de l'utilisateur, côté client. Collabora, lui, les traite sur le serveur. Résultat : un rendu plus rapide, une expérience plus réactive, et un contenu qui ne transite pas par le serveur de la plateforme.

La suite bureautique est compatible avec les formats Microsoft Office (.docx, .xlsx et .pptx ) et les formats ODF. Elle prend en charge le Smart Picker de Nextcloud, lequel permet d'insérer directement dans un document des ressources de la plateforme. Parmi celles-ci, nous retrouvons les tâches, les tableaux de données, les liens vers des fichiers, ou les salles de discussion. Nextcloud Assistant y ajoute des fonctionnalités d'IA. Le consortium prévoit un rythme mensuel de mises à jour, avec une version 1.1 attendue fin juillet.

Douze membres composent le consortium : Nextcloud, IONOS, EuroStack, Proton, XWiki, OpenProject, Abilian, BTactic, Soverin, Open-Xchange, Office.EU et Tuta. Nous apprenions il y a quelques jours que Tuta, connue pour sa messagerie chiffrée de bout en bout, venait de rejoindre le groupe. Des intégrations supplémentaires avec IONOS Managed Nextcloud, Proton et XWiki sont attendues fin 2026.

Pourquoi un fork d'OnlyOffice, et pourquoi ça a créé un conflit

Le code d'Euro-Office se base sur celui d'OnlyOffice. Les développeurs d'Euro-Office justifient ce fork en expliquant qu'OnlyOffice refuse systématiquement les contributions externes, ferme des fonctionnalités dans les applications mobiles, et manque de transparence dans le code source. Ils pointent aussi la localisation quasi exclusive des équipes en Russie, un critère de confiance devenu déterminant pour certaines organisations. Au moment de créer le fork, le consortium a retiré les logos et mentions de marque d'OnlyOffice. Ce retrait a déclenché la crise. Nous rapportions en avril la rupture du partenariat de huit ans entre OnlyOffice et Nextcloud.

Le litige portait sur la Section 7 de l'AGPLv3. Cette clause autorise l'auteur original à ajouter des conditions spécifiques à sa licence. OnlyOffice y avait inscrit l'obligation de conserver son logo dans tout produit dérivé. Nextcloud a répondu qu'un logo est une marque déposée et que son usage ne peut pas être imposé via une licence logicielle. La Free Software Foundation a tranché dans ce sens. OnlyOffice a depuis reformulé ses conditions dans sa version 9.4, comme nous le rapportions il y a quelques semaines.

Ce lancement arrive alors que plusieurs États européens revoient leurs dépendances logicielles. En avril, la DINUM a migré vers Linux, avec les distributions Sécurix et Bureautix. Euro-Office cible précisément ces organisations qui cherchent à sortir de la dépendance américaine sur l'édition documentaire.

OOXML par défaut : pour la Document Foundation, la souveraineté reste incomplète

La veille du lancement, la Document Foundation, l'organisation derrière LibreOffice, a publié une lettre ouverte. Elle y rectifie d'abord une imprécision : Euro-Office n'est pas le premier projet bureautique open source d'Europe. OpenOffice.org date de 2001, LibreOffice de 2010.

Euro-Office utilise par défaut le format OOXML, celui des fichiers .docx, .xlsx et .pptx de Microsoft. Ce dernier existe en deux variantes. L'OOXML "Strict" est une spécification propre, normalisée par l'ISO. L'OOXML "Transitional", en revanche, embarque des comportements non documentés hérités des versions de Word et Excel des années 1990, bugs compris, et conservés précisément pour maintenir la compatibilité avec d'anciens logiciels. Or Microsoft 365 ne produit jamais du Strict par défaut. En pratique, les administrations génèrent des documents au format OOXML "Transitional".

Pour la Document Foundation, adopter OOXML par défaut, c'est mettre en avant un format dont le comportement réel reste sous contrôle de Microsoft. La souveraineté d'infrastructure (serveurs européens, code ouvert) ne résout pas le verrouillage des contenus. La TDF défend depuis des années l'ODF, dont les spécifications sont entièrement ouvertes et indépendantes de tout éditeur. Frank Karlitschek, PDG et fondateur de Nextcloud, l'a lui-même reconnu : la prise en charge complète de l'ODF est sa priorité pour la prochaine version. Sur ce point, la version 1.0 devra donc connaître des évolutions.

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