Un consortium d'entreprises européennes a lancé Euro-Office fin mars 2026, un fork d'ONLYOFFICE destiné à remplacer Microsoft Office dans les organisations. ONLYOFFICE a répondu en dénonçant une violation de sa licence open source et en suspendant son partenariat avec Nextcloud.

Euro-Office se voulait une avancée pour la souveraineté numérique européenne. Pour ONLYOFFICE, c'est avant tout un problème juridique.
Un fork qui ne respecte pas les règles du jeu
Fin mars 2026, IONOS, Nextcloud, Proton et une dizaine d'autres organisations - XWiki, OpenProject, Abilian, Soverin, BTactic, Eurostack - ont annoncé Euro-Office, une suite bureautique en ligne conçue pour s'intégrer aux plateformes existantes. Une préversion technique est disponible, la version stable est attendue pour l'été 2026.
Le timing n'est pas anodin. ONLYOFFICE venait de fermer son offre cloud, contraignant de nombreuses organisations à chercher une alternative rapidement. Euro-Office se positionne précisément sur ce créneau, en promettant de distribuer le code source sous licence AGPLv3, sans les contraintes commerciales reprochées à l'éditeur letton.
Mais c'est précisément là où résident ces contraintes. ONLYOFFICE distribue son logiciel sous AGPLv3, accompagnée de conditions supplémentaires autorisées par la Section 7 de cette licence. Ces conditions imposent de conserver le logo et la marque ONLYOFFICE dans tout produit dérivé, et d'attribuer correctement l'origine du code. Euro-Office a supprimé ces obligations, estimant pouvoir redistribuer le logiciel sous une AGPLv3 "pure", vidée de ces ajouts.
Si la suite OnlyOffice est avant tout destinée aux entreprises, elle propose une version gratuite pour les particuliers qui permet de créer des documents de type Word, Excel, PowerPoint ainsi que des formulaires. Ergonomique à souhait, elle joue aussi la carte de l'auto-hébergement et de la sécurité.
L'AGPLv3 ne se découpe pas selon ses besoins
ONLYOFFICE s'y oppose sur le plan juridique. Un avis publié dans son billet de blog établit que les conditions de la Section 7 font partie intégrante de la licence accordée. Pour l'éditeur, les ignorer ne revient pas à utiliser l'AGPLv3 dans sa version d'origine mais plutôt à utiliser le logiciel sans licence valide. Conséquence directe : toute utilisation ultérieure est non autorisée et constitue une violation du droit d'auteur. Pour ONLYOFFICE, l'argument d'une AGPLv3 "pure", débarrassée de ses conditions supplémentaires, est "juridiquement infondé".
Sur le fond, ONLYOFFICE reproche trois manquements précis à Euro-Office : l'absence de la marque ONLYOFFICE dans le produit dérivé, l'absence d'attribution à la technologie d'origine, et le non-respect des obligations de distribution open source. La société réclame une mise en conformité immédiate et totale avant d'accepter toute discussion sur les "déclarations inexactes" formulées autour du projet.
Le 31 mars, ONLYOFFICE a également annoncé la suspension de son partenariat avec Nextcloud, une collaboration entamée en 2018. L'éditeur évoque des tentatives répétées de Nextcloud de dépasser les limites convenues, notamment la construction d'offres commerciales autour de sa technologie sans accord préalable. ONLYOFFICE explique aussi que NextCloud tente de débaucher ses salariés et aurait tenu des discours négatifs sur ONLYOFFICE. Le lancement d'Euro-Office sans consultation préalable est décrit comme "le point de bascule".
Notons quand même que le connecteur ONLYOFFICE pour Nextcloud sera néanmoins maintenu, pour préserver les partenaires et utilisateurs qui dépendent de cette intégration.