En 2008, Microsoft promettait à l'ISO que la version standardisée d'OOXML remplacerait la version provisoire. Dix-huit ans plus tard, c'est la version provisoire qui a gagné, et la version standardisée qui a disparu.

Italo Vignoli remet une pièce dans la machine. © © TDF/Shutterstock
Italo Vignoli remet une pièce dans la machine. © © TDF/Shutterstock

La Document Foundation, l'organisation derrière LibreOffice, a publié le 15 mai un billet signé Italo Vignoli dont la thèse tient en une phrase : il n'y a pas de souveraineté numérique sans ODF comme format natif. Derrière le manifeste, une accusation très concrète : OOXML Strict, la seule version du format Microsoft censée respecter la norme ISO, a été retirée des options « Enregistrer sous » de Microsoft Office. Sans annonce, sans calendrier, sans alternative.

La supercherie qui a duré dix-huit ans

Quand Microsoft a fait approuver OOXML comme standard ISO en 2008 (dans des conditions que TDF qualifie « d'affront à la transparence »), le deal était clair : la version Transitional, très propriétaire, ne serait qu'un pont temporaire. Après 2010, seule la version Strict, conforme aux principes d'un vrai standard ouvert, resterait en usage.

Strict n'a jamais percé. Italo Vignoli le détaillait déjà dans notre interview d'avril : la version standardisée a d'abord végété en option de dernier recours, puis a tout simplement été supprimée du menu de sauvegarde. Seul Transitional subsiste, un format de 7 500 pages de spécifications qui ne respecte ni le calendrier grégorien ni aucun standard indépendant. Vignoli résume la manœuvre par une image limpide : Microsoft a juré que Transitional serait temporaire, et c'est Strict qui l'a été.

Le manifeste du 15 mai prolonge une offensive qui a marqué tout le premier semestre 2026 chez TDF. En février, l'organisation accusait OnlyOffice d'être « open source de façade » pour avoir adopté OOXML comme format natif. En mars, deux billets de blog titrés « Dear Europe » et « ODF is the future, OOXML is the past » posaient les fondations du manifeste actuel.

L'Allemagne a tranché, la France hésite

Le débat houleux (qu'on ne manque d'alimenter sur Clubic) sur la souveraineté numérique donne à ce manifeste une résonance politique. L'Allemagne a imposé l'ODF comme format obligatoire dans toute son administration via le Deutschland-Stack, excluant explicitement OOXML Transitional. En France, LibreOffice est référencé au Socle Interministériel de Logiciels Libres (SILL, 530 logiciels en 2025) et déployé via le groupe interministériel MIMO dans neuf ministères. Mais les administrations françaises restent très majoritairement sur Microsoft Office, sans décision politique comparable à celle de Berlin.

Le manifeste de Vignoli distingue clairement « supporter » un format de le « choisir » comme format natif. Une suite bureautique qui enregistre en OOXML par défaut n'est pas une suite souveraine, même si elle sait lire l'ODF. Le format natif détermine le caractère juridique et technique de chaque document créé. Tant que l'ODF reste un invité dans la maison d'un autre, la souveraineté revendiquée est, selon ses mots, « provisoire, au mieux ».

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