L’explosion de New Glenn, survenue le 28 mai dernier, va avoir des répercussions dramatiques sur les activités de Blue Origin. L’entreprise était pourtant à son apogée, avec la concrétisation de programmes cruciaux en cours.

Blue Origin vit un véritable cauchemar. ©T. Schneider / Shutterstock
Blue Origin vit un véritable cauchemar. ©T. Schneider / Shutterstock

Tout semblait enfin s’aligner pour Blue Origin. Le 25 mai, la Federal Aviation Administration (FAA) levait officiellement le gel réglementaire imposé après l’échec de son troisième vol en avril, donnant le feu vert pour sa quatrième mission. Celle-ci devait placer 48 satellites Amazon en orbite basse, une étape cruciale pour l’empire spatial de Jeff Bezos.

Mais alors que les équipes procédaient à un test de mise à feu statique de routine, une boule de feu gigantesque a ravagé le lanceur. Pire encore, le complexe de lancement LC-36, exploité par l’entreprise, a lui aussi subi de graves dégâts.

Quinze mois avant les prochains vols

Et c’est pour cette raison que la situation est vraiment critique. Car Blue Origin ne dispose d’aucune rampe de substitution pour New Glenn : LC-36 est la seule installation capable de lancer la fusée lourde. Contrairement à SpaceX, qui a pu rebondir sur d’autres sites après l’explosion d’un Falcon 9 sur le complexe SLC-40 en 2016, sa rivale ne dispose d'aucune autre possibilité.

Si des travaux préliminaires ont bien été engagés sur une rampe voisine, tandis qu’un site à Vandenberg en Californie est en projet, ces chantiers n’en sont qu’à leurs débuts. Selon des sources proches des opérations de remise en état, le retour aux vols pourrait survenir dans quinze mois, révèle Ars Technica. Et encore, il s’agit du scénario le plus optimiste.

Les conséquences pour Amazon sont immédiates, elle qui doit déjà composer avec une deadline serrée imposée par les autorités. Celles-ci exigent un seuil minimal de 1 618 satellites en orbite, un objectif que la constellation n’a pas encore atteint. Sans New Glenn, Amazon devra se contenter d’Ariane 64 comme lanceur le plus puissant de sa flotte, soit 16 satellites de moins par mission.

Les dommages collatéraux

Mais ce n’est pas tout, cet accident fragilise aussi, et en profondeur, le programme lunaire américain. New Glenn est en effet le seul lanceur capable d’envoyer l’alunisseur Blue Moon Mark 1 vers la Lune. La NASA le considère comme la colonne vertébrale des premières phases de son programme. Seulement quelques jours avant l’explosion, elle confiait un contrat de 280,4 millions de dollars à Blue Origin pour deux missions vers notre satellite d'ici à 2028. Elles sont désormais très floues.

De même, l’agence spatiale doit tester Blue Moon lors de la mission Artemis III, prévue en 2027. Sans New Glenn pour enchaîner les vols de validation du vaisseau, ces échéances paraissent aujourd’hui intenables. L'agence devra choisir : reporter, ou s’en remettre exclusivement à SpaceX et son Starship. Une dépendance que la NASA cherchait précisément à éviter en misant sur deux prestataires concurrents. Cet incident redistribue totalement les cartes au profit, une fois encore, d’Elon Musk.