Arthur Mensch a répondu aux appels du pape Léon XIV à « désarmer » l’intelligence artificielle. Ses rivaux américains et chinois investissent massivement dans l’IA militaire et civile, et selon Arthur Mensch, l’Europe n’a pas les moyens de rester à l’écart.

Tout récemment, le pape Léon XIV présentait Magnifica Humanitas, sa première encyclique. On détour de plus de cent pages et 250 paragraphes, le souverain pontife évoque la protection de la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Trois jours plus tard, le patron de Mistral AI s’exprimait devant des journalistes à Paris. « Nous sommes tous pour la paix, mais si on regarde nos rivaux et adversaires dans le monde, ils utilisent l’IA. Tant qu’ils nous menacent, nous avons besoin de nos propres capacités », affirmait-il.
Dans Magnifica Humanitas, Léon XIV réclame que l’IA soit « désarmée », qu’on la sorte des logiques de compétition militaire et de domination. Il a signé le texte le 15 mai, soit le jour du 135e anniversaire de Rerum novarum de Léon XIII. Dès son élection en mai 2025, il avait expliqué avoir choisi son nom en référence à son prédécesseur, dont l’encyclique de 1891 traitait de la condition ouvrière lors de la révolution industrielle. Léon XIV inscrit ainsi son texte dans cette tradition pour traiter la révolution algorithmique. Mais pour Arthur Mensch, il s’agit d’un obstacle à la compétitivité européenne.
Airbus, BMW et la « Physics AI »
Arthur Mensch s’exprimait lors du premier sommet public de Mistral AI, l’AI Now Summit, organisé à Paris. Il y a annoncé trois opérations. D’abord, un accord de cinq ans avec Airbus, couvrant l’aviation commerciale, les hélicoptères et la défense. Ensuite, un contrat signé le même jour avec BMW, des modèles d’IA destinés aux simulations de crash et au développement des véhicules. Enfin, la startup a levé 750 millions d’euros pour construire un centre de calcul de 44 mégawatts à Bruyères-le-Châtel, en Essonne, équipé de 13 800 puces NVIDIA Grace-Blackwell.

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Arthur Mensch a également fait l’acquisition de Emmi AI, une start-up autrichienne de Linz fondée en 2024, spécialisée dans la « Physics AI », qui a mis au point des modèles capables de simuler en temps réel des phénomènes physiques complexes comme les écoulements de fluides ou les transferts thermiques. Il faut habituellement plusieurs heures pour ces calculs. Avec ces modèles, quelques secondes. Emmi AI avait levé 15 millions d’euros lors du plus important tour d’amorçage jamais réalisé par une start-up autrichienne.
« Les cas d’usage les plus importants de l’IA se trouvent dans la R&D et la création d’objets physiques », affirmait Arthur Mensch à ses invités. Il ne cherche pas à rivaliser avec OpenAI sur le terrain des assistants grand public. C’est le pré carré des Américains. Chez ASML, par exemple, Mistral AI équipe déjà des machines lithographiques de modèles de vision capables de détecter des défauts de gravure en huit minutes.
L’Europe face à sa dépendance cloud
Le 12 mai dernier, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances numériques, Arthur Mensch avertissait que l’Europe avait deux ans pour bâtir son infrastructure d’IA. Passé ce délai, plus aucun maillon de la chaîne ne serait sous contrôle européen. AWS, Microsoft Azure et Google Cloud captent aujourd’hui environ 70 % du marché cloud européen.
La Commission européenne avait prévu de dévoiler son « Tech Sovereignty Package » le 27 mai 2026, déjà repoussé à deux reprises depuis mars. On y trouve le Cloud and AI Development Act et une révision du Chips Act. Gaia-X, lancé en 2019, n’imposait rien à personne. Ces deux textes, en revanche, entreront en vigueur directement dans tous les États membres. Le gouvernement français avait déjà banni Microsoft Teams et Zoom de ses administrations au profit de la plateforme française Visio.
« Très bientôt, on va probablement voir apparaître une intelligence artificielle générale ou une superintelligence. Il est donc très important que nous y ayons accès en Europe. Si on n’y a pas accès, on peut seulement imaginer à quel point ce serait désastreux », ajoutait Guillaume Lample, cofondateur et directeur scientifique de Mistral AI.
Dans Magnifica Humanitas, Léon XIII constate lui aussi que l’IA modifie les rapports de puissance entre États. Mais il conclut qu’il faut la soustraire à cette compétition plutôt que s’y engager.
Source : Gizmodo