Le 26 avril 2026, un Learjet civil a traversé l'espace aérien du Portugal, de l'Espagne et de la France sans émettre le moindre signal radio. Une situation qui a déclenché l'intervention de Rafale français en quelques minutes.

Parti de Tenerife, un jet privé remontait silencieusement la péninsule ibérique sans répondre aux appels radio, une situation que les spécialistes nomment COMLOSS, pour « perte de communication », ou silence total. En Espagne, deux F-18 sont partis à la poursuite de l'appareil qui était déjà trop rapide pour être intercepté avant qu'il ne franchisse la frontière française. Madrid a prévenu Paris. La France avait alors moins de quinze minutes pour réagir. Deux Rafale de la permanence opérationnelle (PO) ont décollé pour aller à la rencontre du Learjet fantôme, connu pour être habituellement un avion d'affaires.
Un avion fantôme traverse le ciel européen « en silence », les chasseurs français et espagnols décollent aussitôt
Que s'est-il passé le dimanche 26 avril 2026, dans l'espace aérien de l'Europe du sud ? Un aéronef civil décolle de Tenerife, en mettant cap au nord. Le pilote cesse rapidement de répondre à la radio. Les opérateurs espagnols dépêchent deux F-18 à sa rencontre pour effectuer les premières mesures actives de sûreté aérienne (MASA), mais au vu de la trajectoire et de la vitesse du Learjet, une interception avant la frontière française semble déjà compromise.
C'est là qu'entre en scène le CAPCODA, le Centre air de planification et de conduite des opérations de défense aérienne, niché sur la base aérienne 942 de Lyon Mont-Verdun. Ses opérateurs reçoivent l'appel de leurs homologues espagnols et transmettent immédiatement l'alerte à la Haute autorité de défense aérienne (HADA). Le colonel Franck, en poste ce dimanche-là, dispose alors d'environ quinze minutes avant le franchissement de la frontière.

La décision tombe vite. « Je décide donc de déclencher la permanence opérationnelle de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan pour une probable interception du jet dans notre espace aérien, au-dessus de l'Atlantique », raconte-t-il. En quelques minutes, le pilote d'alerte enfile sa combinaison étanche et court vers son Rafale. La mission est lancée.
Comment les Rafale ont raccompagné le jet fantôme jusqu'à sa destination
Une fois arrivé à la hauteur du Learjet, le pilote du Rafale scrute la cabine de l'autre appareil, à travers le hublot. Il est rassuré lorsqu'il voit des occupants qui bougent, et un équipage visiblement conscient aux commandes. Les hypothèses d'une prise illicite des commandes ou d'une perte de connaissance de l'équipage sont écartées. C'est alors que le pilote du jet, apercevant soudain un chasseur militaire collé à son aile, réalise ce qui se passe et reprend enfin la radio, quelques minutes à peine avant d'entrer dans l'espace aérien français.
À mi-parcours, un second Rafale rejoint la formation, après avoir cette fois décollé du plot de permanence opérationnelle de la base aérienne d'Avord, depuis le département du Cher. Ensemble, les deux chasseurs escortent le Learjet bien au-delà de Paris, jusqu'à ce que l'appareil amorce sa descente vers Bruxelles. Vous l'avez compris, la France est dotée d'un maillage de bases en alerte permanente, capables de se passer le relais comme des coureurs de 4x100 mètres, pour ne jamais laisser un avion suspect sans surveillance.
Ce dispositif, c'est la Posture permanente de sûreté aérienne (PPSA). Quelque 70 radars civils et militaires quadrillent en 24h/24 et 7j/7 le ciel français, prêts à signaler la moindre anomalie. Ce jour-là, c'est aussi la coordination avec l'Espagne qui est saluée. « Une très bonne communication avec nos homologues espagnols qui ont pu nous prévenir en amont, nous laissant suffisamment de temps pour préparer un transfert d'autorité et prévenir les différentes PO », résume le colonel Franck. Une coopéraion discrète, mais aussi décisive.