L'Ukraine a transformé un vieux turbopropulseur soviétique en porte-drones aéroporté. L'Antonov An-28, surnommé « chasseur de Shahed », bascule dans une nouvelle ère en lançant des intercepteurs directement depuis ses ailes en plein combat.

L'An-28, un nouveau porte-drones inattendu de la défense aérienne ukrainienne. © Real_life_photo / Shutterstock
L'An-28, un nouveau porte-drones inattendu de la défense aérienne ukrainienne. © Real_life_photo / Shutterstock

L'Antonov An-28 est un avion de transport civil soviétique des années 1960, le genre d'appareil qu'on imagine plutôt convoyer du matériel que faire la guerre. Pourtant, l'Ukraine l'a d'abord transformé en chasseur de drones Shahed, que les Russes envoient en masse sur le territoire ukrainien, en ouvrant simplement le feu à la mitrailleuse depuis une porte latérale. Business Insider nous apprend qu'une nouvelle étape a été franchie puisque des vidéos montrent l'An-28 lancer en combat de vrais drones intercepteurs (les P1-Sun et le Sting) directement depuis ses ailes, pour traquer et détruire les Shahed en plein vol. Alors que les nouvelles versions russes volent de plus en plus vite, la course technologie fait rage.

L'An-28, ce vieux turbopropulseur soviétique devenu chasseur de Shahed low-cost pour l'Ukraine

À l'origine, l'Antonov An-28 n'a rien d'un avion de combat. On parle ici d'un petit turbopropulseur soviétique, comprendre un avion à hélices, conçu pour transporter passagers ou marchandises sur de courtes distances. Mais depuis le début du conflit, l'Ukraine l'a détourné de sa mission première. Des équipages se rapprochent des Shahed en vol et les abattent à la mitrailleuse depuis une porte latérale ouverte. Des dizaines de destructions plus tard, le surnom de « chasseur de Shahed » s'est imposé assez naturellement.

C'est le pilote ukrainien Tymur Fatkullin qui a documenté l'évolution sur les réseaux sociaux. Ses vidéos montrent l'An-28 équipé de pylônes sous les ailes, des fixations métalliques qu'on voit habituellement sous les avions militaires pour accrocher des missiles, capables de porter au moins trois drones intercepteurs par aile. Ces petits drones sont ensuite largués en vol pour traquer et détruire les Shahed. « On pourrait appeler ça un missile air-air bon marché. Pour nous, c'est aussi un pas vers une technologie permettant aux drones d'opérer par visibilité nulle », commente le pilote, qui évoque la capacité à intervenir même de nuit ou par mauvais temps.

Plusieurs drones intercepteurs différents ont déjà été testés ou engagés depuis l'An-28. Le P1-Sun, conçu par la société ukrainienne Skyfall, a été filmé en train de pourchasser et détruire des Shahed en plein vol. Le Sting, fabriqué par une autre entreprise ukrainienne, Wild Hornets, a lui aussi été lancé en mission de combat réelle depuis l'appareil. Enfin, la séquence montre un troisième système, Américain cette fois, baptisé le Merops, qui emporte un drone ailé appelé AS-3 Surveyor, mais uniquement lors d'un vol d'entraînement, pas encore en combat.

Les Geran-3 et Geran-5 russes sonnent l'alarme pour la défense ukrainienne

L'intérêt de lancer des intercepteurs depuis les airs plutôt que depuis le sol est assez simple à comprendre. Au sol, les équipes doivent rejoindre la zone de menace en voiture, ce qui prend du temps. L'An-28, lui, peut décoller depuis des pistes très courtes et se retrouver rapidement en position idéale dans les airs. Mieux encore : comme l'avion vole déjà à 335 km/h, un drone lancé depuis ses ailes profite d'un élan de départ, un peu comme une balle tirée depuis une voiture en mouvement, du coup, il part plus vite et atteint sa cible plus facilement.

La course à la vitesse est pourtant loin d'être gagnée. Les intercepteurs ukrainiens les plus rapides dépassent 320 km/h, et l'un d'eux aurait même atteint 400 km/h en décembre dernier, selon le ministère de la Défense local. Mais ces drones reposent presque tous sur la même conception, à savoir quatre hélices autour d'un corps en forme de goutte d'eau. Une architecture efficace, mais qui atteint rapidement un plafond physique. Au-delà d'une certaine vitesse, ce type de structure ne peut tout simplement plus aller plus vite, quels que soient les réglages.

Même si l'Ukraine montre un sacré savoir-faire sur le terrain des drones, de son côté, la Russie ne reste pas les bras croisés. Elle développe de nouvelles munitions rôdeuses bien plus rapides que le Shahed classique. Les Geran-3 et Geran-5 sont propulsés par des turboréacteurs (le même principe que les avions de ligne, bien plus puissants que de simples hélices) et voleraient respectivement à 378 et près de 600 km/h. C'est sans commune mesure avec le Geran-2, la version russe du Shahed-136 iranien, qui plafonne à 185 km/h. Un bond en avant qui nous montre que si les intercepteurs ukrainiens ne suivent pas le rythme, ils risquent tout simplement de ne plus pouvoir rattraper leur cible.