Meta licencie 8 000 personnes, soit 10 % de ses effectifs, et abandonne 6 000 postes vacants. L'annonce, faite en interne le 23 avril, touche Facebook, Instagram, WhatsApp et les opérations centrales du groupe, alors que le budget IA du groupe atteint 135 milliards de dollars pour 2026.

Meta licencie 8 000 personnes, soit 10 % de ses effectifs - ©Derick P. Hudson / Shutterstock
Meta licencie 8 000 personnes, soit 10 % de ses effectifs - ©Derick P. Hudson / Shutterstock

« Gérer l'entreprise plus efficacement et compenser les investissements du groupe » : c'est ainsi que Janelle Gale, directrice des ressources humaines de Meta, a justifié ces 8 000 suppressions de postes dans un mémo aux salariés. Elle n'a pas désigné l'IA comme responsable de la charrette. En janvier, lors d'une conférence téléphonique avec les investisseurs, Mark Zuckerberg, avait dit : « Des projets qui auparavant auraient nécessité de grosses équipes sont maintenant menés à bien par une seule personne de grand talent » Meta allait donc parier « sur les contributions individuelles et réduire la taille des équipes », avait-il ajouté.

Entre fin 2023 et fin 2025, les effectifs du groupe avaient crû de plus de 11 000 salariés en net. Meta comptait 78 865 employés fin décembre, selon des documents transmis au régulateur américain des marchés, la SEC. En 2026, le groupe prévoit d'investir entre 115 et 135 milliards de dollars, en grande partie pour ses capacités IA. Fin février, un accord avec AMD portait déjà sur l'achat de millions de puces pour au moins 60 milliards de dollars. Au quatrième trimestre 2025, le chiffre d'affaires du groupe avait progressé de 24 % sur un an, une hausse que Mark Zuckerberg a lui-même attribuée aux investissements dans l'IA, qui ont selon lui amélioré le ciblage publicitaire et les recommandations de contenus aux utilisateurs.

Meta capte les frappes clavier de ses salariés pour entraîner ses agents IA

On vous en a parlé sur Clubic, deux jours avant l'annonce des licenciements, Meta avait informé ses salariés américains d'un nouvel outil interne baptisé Model Capability Initiative. Les mouvements de souris et les frappes clavier des employés vont alimenter l'entraînement des modèles d'IA du groupe. L'outil tourne sur une liste d'applications et de sites professionnels et prend des captures d'écran ponctuelles pour contextualiser les données.

« Si nous construisons des agents pour aider les gens à accomplir des tâches quotidiennes sur ordinateur, nos modèles ont besoin d'exemples réels de la façon dont les gens les utilisent », a fait valoir un porte-parole du groupe. Mark Zuckerberg, lui, a décrit vouloir développer des produits d'IA constituant une sorte de « superintelligence personnelle » que des milliards d'utilisateurs intégreraient à leur vie quotidienne. « Chez Meta, nous avons les ressources nécessaires pour construire l'infrastructure massive requise et la capacité de fournir de nouvelles technologies à des milliards de personnes », a-t-il ajouté dans une vidéo publiée sur sa page Facebook en juillet. Meta capture ainsi les gestes professionnels de ses salariés au moment même où elle annonce en supprimer 8 000.

Selon Mark Zuckerberg, des équipes plus petites, aidées par les outils IA, font le travail qu'accomplissaient auparavant des départements entiers - ©Alex Photo Stock / Shutterstock
Selon Mark Zuckerberg, des équipes plus petites, aidées par les outils IA, font le travail qu'accomplissaient auparavant des départements entiers - ©Alex Photo Stock / Shutterstock

En janvier, Amazon et Block avaient déjà lié suppressions de postes et efficacité

On a l'impression d'une épidémie. Fin 2022, Meta avait lancé un premier plan social portant sur 11 000 postes, puis 10 000 suppressions supplémentaires en mars 2023. En janvier 2026, Amazon avait annoncé 16 000 suppressions de postes au nom du besoin d'efficacité. En février, la fintech Block avait supprimé plus de 4 000 postes, soit 40 % de ses effectifs, en avertissant que d'autres entreprises feraient de même. Il avait le nez creux.

Selon Mark Zuckerberg, des équipes plus petites, aidées par les outils IA, font le travail qu'accomplissaient auparavant des départements entiers. En 2025, Meta avait dépensé 72 milliards de dollars dans l'IA et prévoit de quasi doubler cette enveloppe en 2026. Pour Janelle Gale, l'IA ne figure pas parmi les motifs officiels de ces suppressions. Lors de cette même conférence de janvier, Mark Zuckerberg avait dit s'attendre à ce qu'une grande partie du travail technologique soit à terme assurée par des systèmes d'IA, notamment des assistants de codage aidant les ingénieurs à écrire des logiciels. Si on ne montre pas du doigt l'IA, ça y ressemble tout de même très fortement.