Block supprime 4 000 postes au nom de l'intelligence artificielle. Un ancien cadre sort du silence, et ce qu'il décrit ne ressemble pas du tout à une mutation technologique.

Comme nous le rapportions fin février, Jack Dorsey a annoncé la suppression de près de la moitié des effectifs de Block, sa société de paiement. Sa justification tenait en une phrase : les outils d'IA rendent ces postes superflus. Aaron Zamost, ancien directeur de la communication du groupe entre 2015 et 2020, a publié une tribune pour contester cette version. Ce qu'il décrit ressemble davantage à un dégraissage classique habillé en projet technologique.
Ce qu'un ancien cadre de Block reproche au discours IA de Jack Dorsey
Zamost connaît la maison. Il a dirigé la communication, les politiques publiques et les ressources humaines de Block pendant cinq ans. Sa lecture des licenciements est frontale : les postes supprimés ne correspondent pas à ce que l'IA sait faire. L'équipe politique a été réduite. Les postes liés à la diversité et à l'inclusion ont été éliminés. Des fonctions relationnelles, comme la négociation avec les régulateurs, ont disparu. Autant de missions qu'aucun modèle de langage ne sait accomplir.
Le calendrier pose aussi question. En février, Block avait entamé une vague de départs touchant 10 % de ses effectifs. Le motif invoqué à l'époque : les performances individuelles. Les mêmes outils d'IA existaient pourtant déjà. Un mois plus tard, Dorsey passe à 40 % de suppressions et change totalement de justification.
Le contexte financier éclaire autrement la décision. Entre 2019 et 2022, Block a triplé ses effectifs, passant de 4 000 à près de 13 000 employés. Une frénésie d'embauches typique de l'ère post-pandémie. L'action avait perdu 40 % de sa valeur depuis début 2025. Un analyste de Financial Technology Partners résume la situation : le problème, c'est le sureffectif accumulé depuis des années. Pas l'intelligence artificielle.
Même Sam Altman, le patron d'OpenAI, le reconnaît publiquement. Certaines entreprises utilisent l'IA comme écran de fumée pour justifier des coupes qu'elles auraient de toute façon réalisées. Goldman Sachs estime que l'IA ne supprime que 5 000 à 10 000 emplois par mois aux États-Unis, tous secteurs confondus. Difficile d'attribuer 4 000 départs chez un seul acteur à la seule intelligence artificielle.
Pourquoi le droit du travail français ne laisserait pas passer ce discours
Aux États-Unis, le marché a applaudi : l'action Block a bondi de 15 % après l'annonce. En France, le scénario serait radicalement différent. Le droit du travail hexagonal exige qu'un employeur prouve la réalité d'une mutation technologique avant de licencier sur ce fondement.
Le précédent existe. En 2023, Onclusive, une société de veille médiatique basée à Courbevoie, a annoncé un plan social portant sur 217 postes sur 383. Le motif affiché : le remplacement par l'IA. Problème : l'outil n'était même pas opérationnel au moment de l'annonce. La direction a finalement dû abandonner l'argument de la « mutation technologique ». Elle ne pouvait pas démontrer que l'IA remplaçait réellement les tâches visées. La CFE-CGC avait résumé l'affaire d'une formule : « l'IA qui cache la forêt ». Derrière le récit technologique se cachait aussi un projet de délocalisation.
En France, le Code du travail impose une obligation de reclassement et d'adaptation avant tout licenciement économique. L'employeur doit consulter le comité social et économique, qui peut mandater un expert pour vérifier la réalité des gains annoncés. Comme pour Klarna ou les déclarations récentes de Microsoft, la question n'est plus de savoir si l'IA transforme le travail. Elle le fait. La vraie question, c'est de savoir si un acronyme de deux lettres suffit à justifier la porte.
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