Mustafa Suleyman, patron de l'IA chez Microsoft, l'affirme sans détour : d'ici 12 à 18 mois, l'intelligence artificielle atteindra un niveau de performance humaine sur la quasi-totalité des tâches professionnelles de bureau. Avocat, comptable, gestionnaire de projet ou marketeur, personne n'échapperait à l'automatisation.

Mustafa Suleyman - © Financial Times
Mustafa Suleyman - © Financial Times

Vous pensiez avoir le temps de voir venir ? Détrompez-vous. Dans une interview accordée au Financial Times diffusée sur YouTube, le responsable de l'intelligence artificielle chez Microsoft vient de tracer une ligne dans le calendrier. Cette déclaration tranche avec les discours rassurants habituels sur le sujet. Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut la replacer dans un contexte bien précis : Microsoft a déjà supprimé plus de 15 000 postes en 2025, dont 200 emplois en France, officiellement pour financer son virage vers l'IA à hauteur de 80 milliards de dollars.

Un calendrier qui fait froid dans le dos

Mustafa Suleyman s'est exprimé dans une interview accordée au Financial Times. Selon lui, l'IA atteindra bientôt un « niveau de performance humain » sur la plupart des tâches professionnelles. Tous les métiers où vous êtes assis devant un ordinateur seraient concernés : avocats, comptables, responsables marketing, gestionnaires de projets. La totalité de ces fonctions pourrait être « complètement automatisée » dans les 12 à 18 prochains mois.

Le responsable IA de Microsoft va même plus loin. Il prédit l'émergence de « milliards d'esprits numériques ». Créer un nouveau modèle d'IA deviendrait aussi simple que lancer un podcast ou écrire un blog . Chaque institution, organisation ou personne sur la planète pourrait concevoir une IA adaptée à ses besoins spécifiques. Microsoft appelle cela « l'intelligence artificielle capable », une étape intermédiaire vers l'AGI, cette intelligence artificielle générale tant fantasmé.

Suleyman n'est pas seul à tenir ce discours anxiogène. Dario Amodei, patron d'Anthropic, a prévenu le gouvernement américain en mai 2025 qu'un taux de chômage de 20% était envisageable d'ici un à cinq ans. Selon lui, la moitié des postes débutants pourraient disparaître. « Ça semble fou et les gens n'y croient tout simplement pas », reconnaît-il, avant d'insister sur le « devoir » des producteurs de technologie d'être honnêtes.

Un calendrier aussi crédible qu'un effet d'annonce bien rodé

Pourtant, même les patrons n'y croient pas vraiment. Une enquête récente montre que seulement 11% des dirigeants prévoient des suppressions de postes liées à l'IA à court terme. Les 89% restants voient plutôt l'IA comme un outil d'assistance, pas comme un remplaçant . Cette contradiction entre le discours apocalyptique des géants tech et la réalité du terrain interroge.

Le calendrier avancé par Suleyman pose question. Douze à 18 mois, c'est demain. Or les modèles actuels peinent encore à accomplir des tâches complexes nécessitant jugement, créativité ou interaction humaine nuancée. Ils excellent sur des tâches répétitives mais butent sur tout ce qui requiert du contexte ou de la compréhension fine. Promettre une automatisation totale du travail de bureau dans un an relève soit d'une confiance démesurée, soit d'une stratégie de communication bien huilée.

Cette annonce arrive aussi au moment où Microsoft doit justifier ses investissements colossaux dans l'IA. Après avoir injecté 80 milliards de dollars et licencié des milliers de personnes , l'entreprise a besoin de montrer que le pari en vaut la chandelle. Agiter le spectre d'une automatisation imminente sert peut-être autant à rassurer les actionnaires qu'à décrire une réalité technique. D'autant que l'entreprise elle-même affirme être prête à tout arrêter en cas de péril, ce qui témoigne d'une certaine prudence sur les capacités réelles de ses systèmes.

La vraie question n'est donc pas de savoir si l'IA va tout remplacer, mais plutôt de comprendre à quoi sert ce type d'annonce. Entre réalité technique et prophétie autoréalisatrice, Microsoft joue sur tous les tableaux : effrayer les travailleurs, séduire les investisseurs et se positionner en leader visionnaire. Rendez-vous dans 18 mois pour vérifier si votre poste existe encore, ou si cette prédiction rejoindra le cimetière des prévisions vaseuses de nos nostradamus de la tech.