Dans des mémos internes de Meta, on a découvert le déploiement d'un logiciel de surveillance sur les ordinateurs des employés américains. Clics, frappes clavier, mouvements de souris seront capturés pour nourrir les futurs agents d'IA du groupe.

Voici probablement un mémo interne que Meta aurait préféré garder dans ses tiroirs sous clé. C'était sans compter sur le flair de Reuters, qui a découvert l'existence d'un outil, « Model Capability Initiative », à l'ADN intelligence artificielle, qui fonctionne sur une liste définie d'applications et de sites professionnels, avec des captures d'écran ponctuelles pour contextualiser les données comportementales.
Andy Stone, porte-parole de Meta, a réagi auprès de l'agence de presse américaine au nom du groupe : « Si nous construisons des agents pour aider les gens à accomplir des tâches quotidiennes sur ordinateur, nos modèles ont besoin d'exemples réels de la façon dont nous les utilisons — les mouvements de souris, les clics sur les boutons, la navigation dans les menus déroulants ».
Et pour rassurer tout le monde, il a précisé que les données collectées ne serviraient pas à évaluer les performances des salariés.
Des salariés qui documentent leur propre remplacement
Le mémo, diffusé dans un canal interne dédié à l'équipe Meta Superintelligence Labs, dit aux employés qu'ils peuvent contribuer à améliorer les modèles de l'entreprise simplement en faisant leur travail quotidien. Mais c'est ce même travail que Meta cherche à confier à des agents autonomes. L'entreprise prévoit de licencier environ 8 000 salariés le 20 mai, soit 10 % de ses effectifs mondiaux, avec d'autres coupes planifiées pour le second semestre 2026.
Ces suppressions de postes accompagnent une hausse des investissements en IA, entre 115 et 135 milliards de dollars de dépenses en capital pour 2026, soit environ deux fois ce que Meta avait engagé l'année précédente.
Des ingénieurs de toute l'entreprise ont déjà été transférés vers une division d'IA appliquée dont le mandat est de construire des agents capables d'exécuter du code et des tâches complexes en autonomie.

Un programme limité aux États-Unis, par nécessité juridique
Le dispositif ne vise que les employés américains de Meta. Et pour cause, le droit du travail européen dispose d'un cadre légal bien précis. En Italie, le suivi électronique des employés à des fins de productivité est explicitement illégal. En Allemagne, les tribunaux ont établi que l'enregistrement des frappes clavier n'est admissible que dans des circonstances exceptionnelles, comme le soupçon d'une infraction pénale grave. Cette pratique constituerait une violation du RGPD.
Meta a déjà traversé plusieurs conflits juridiques en Europe sur l'usage des données de ses utilisateurs à des fins d'entraînement de l'IA. L'association européenne noyb avait dénoncé une violation flagrante du RGPD quand Meta avait voulu exploiter les publications de ses utilisateurs européens pour entraîner ses modèles, une initiative que Meta avait finalement suspendue sous la pression des régulateurs. Le droit du travail américain n'impose pas de telles contraintes sur la surveillance en entreprise, contrairement à plusieurs législations européennes.
On a déjà vu jusqu'où les grandes entreprises tech sont prêtes à aller pour trouver de nouvelles sources de données d'entraînement. OpenAI avait de son côté sollicité des sous-traitants pour soumettre des documents professionnels réels, en leur demandant d'en retirer les informations confidentielles avant envoi. Meta ajoute les gestes de ses salariés à l'entraînement d'une IA qui sera capable, en théorie pour l'instant, de les remplacer. En Europe, le RGPD nous protège encore de ces pratiques, mais pour combien de temps ?
Source : Ars Technica