C'est la douche froide pour la NASA. Selon un rapport de l'Office of Inspector General (OIG), le service d'audit indépendant de l'agence, les nouvelles combinaisons spatiales destinées à la mission lunaire Artemis IV en 2028 ne seront vraisemblablement pas prêtes à temps.

Alors que le monde vient de s'émerveiller devant les prouesses d'Artemis II, voilà que la suite du programme prend un sacré coup dans l'aile. Car si la mission Artemis III doit démontrer les capacités d'amarrages des alunisseurs avec la capsule Orion, Artemis IV, elle, doit se poser sur notre satellite dès 2028. Encore faut-il que les astronautes aient une combinaison spatiale à disposition.
Des délais « trop optimistes et finalement irréalisables »
Et ce n'est pas gagné. En 2022, la NASA a lancé le programme xEVAS (Exploration Extravehicular Activity Services), un contrat d'une valeur de 3,1 milliards de dollars confié à deux entreprises privées, Axiom Space et Collins Aerospace. Objectif : développer deux nouvelles combinaisons spatiales, à la fois pour la microgravité de la Station spatiale internationale (ISS) et pour la surface lunaire.
Collins Aerospace a jeté l'éponge dès 2024, incapable de tenir les délais imposés. Quant à Axiom Space, l'unique prestataire restant, son avancement inquiète sérieusement les spécialistes. Car le défi est de taille ; outre les aspects techniques ultra complexes requis pour protéger les astronautes à la surface lunaire, les combinaisons doivent être opérables avec l'ensemble de l'architecture Artemis, et tout particulièrement les alunisseurs.
Selon le rapport, les délais initiaux étaient déjà « trop optimistes et finalement irréalisables ». D'autant que la NASA a omis d'établir un standard commun auquel tous les fabricants auraient dû se conformer. Une décision que l'OIG juge regrettable, et dont les conséquences sont déjà visibles.
Blue Origin a conçu la zone d'enfilage des combinaisons de son futur atterrisseur lunaire Blue Moon sur la base d'un document de référence NASA, mais Axiom Space a de son côté opté pour un connecteur différent. Résultat, pour que les deux systèmes soient compatibles, Blue Origin devrait soit revoir entièrement la conception de son sas, soit développer ses propres équipements… Le tout aux frais de la NASA.

D'autres alternatives sur la table, mais cela accumulerait les retards
Et ce n'est pas tout. L'OIG pointe également une erreur de conception du contrat initial : en exigeant des candidats qu'ils travaillent simultanément sur deux types de combinaisons, la NASA a considérablement réduit le nombre d'entreprises capables de répondre. Une contrainte jugée « trop lourde », qui a mécaniquement limité la concurrence et fragilisé le programme dès le départ.
Des alternatives existent sur le papier. SpaceX, Genesis Engineering Solutions et ILC Dover travaillent chacun sur leurs propres combinaisons, et la NASA pourrait théoriquement les intégrer au programme xEVAS. La combinaison de SpaceX a même été testée en conditions d'activité extravéhiculaire lors de la mission privée Polaris Dawn en 2024. Elle pourrait aussi exploiter ses combinaisons déjà existantes, mais à l'architecture très vieillissante et pénalisante pour les astronautes.
Mais les faits sont là. Si Axiom Space accumule de nouveaux retards, aucune combinaison - ni nouvelle, ni de substitution - ne sera disponible avant 2031 au plus tôt. Soit bien au-delà de la deadline fixée par l'agence pour le retour de l'être humain sur la Lune.
De son côté, l'entreprise assure avoir enregistré « plus de 950 heures d'essais en cabine pressurisée avec équipage, réalisé le premier essai thermique sous vide de la combinaison pressurisée et livré plus de 1 300 produits en vue de la revue de conception critique ». Une mission de démonstration serait d'ailleurs prévue dès 2027.
Cette situation risque malgré tout de poser un nouveau point de friction pour la NASA, alors que davantage de retards sont également à prévoir avec les deux atterrisseurs lunaires du programme, Starship et Blue Moon.