Pendant qu'Artemis II emmenait ses quatre astronautes vers la Lune ce 2 avril, le Pentagone observait. L'armée américaine voit dans la conquête lunaire une nouvelle frontière à sécuriser, avant même qu'un astronaute n'y pose à nouveau le pied.

Le Space Launch System a décollé du pad 39B à 00h35, heure de Paris, emmenant Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen pour le premier vol lunaire habité depuis 1972. Côté NASA, la mission est avant tout technique : valider la capsule Orion avec équipage, tester les systèmes de survie, s'entraîner aux futurs amarrages manuels.
Sur Terre, au Commandement spatial américain, le général Stephen Whiting a annoncé en février que ses équipes utiliseraient le trajet d'Artemis II comme entraînement réel à la surveillance cislunaire. « Dès que nous savons que quelque chose va aller sur la Lune, nous allons l'utiliser », a-t-il dit.
Personne ne surveille encore l'espace cislunaire
L'espace cislunaire, soit les 400 000 kilomètres qui séparent la Terre de la Lune, échappe largement aux capteurs militaires actuels, calibrés pour l'orbite géosynchrone à 36 000 km. Le général Chance Saltzman, chef des opérations spatiales, a admis ne pas savoir encore ce que l'armée doit concrètement protéger dans cette zone. « Est-ce qu'il y a de l'espace sur la Lune que nous devons protéger ? Je ne sais pas encore », a-t-il déclaré.
Pékin a posé un engin sur la face cachée de la Lune en 2019, une première mondiale. Depuis, la Chine a lancé plusieurs satellites en orbite cislunaire pour tester des capacités de navigation et de communication dans cette région. La Russie a placé des capteurs expérimentaux dans des orbites jugées « préoccupantes » par les responsables américains. En décembre dernier, Donald Trump a signé un décret ordonnant explicitement au gouvernement américain de garantir la capacité à détecter et contrer les menaces jusqu'à la Lune.
Le laboratoire de recherche de l'armée de l'air a développé Oracle-M, un satellite destiné à surveiller le trafic cislunaire depuis le point de Lagrange Terre-Lune, une zone de stabilité gravitationnelle à mi-chemin entre les deux astres. Un second appareil, Oracle-P, doit suivre avec des capteurs dédiés à la détection d'objets inconnus dans la région. Oracle-M était prévu pour décembre 2026 sur une fusée Vulcan de United Launch Alliance, mais la Vulcan a été immobilisée le 25 février après une anomalie sur un moteur à poudre lors du lancement USSF-87 du 12 février. L'investigation pourrait prendre plusieurs mois, selon la Force spatiale.
Des satellites-gendarmes plutôt que des Marine pour surveiller l'espace cislunaire
Thomas Ainsworth, secrétaire adjoint de l'armée de l'air chargé de l'acquisition spatiale, a annoncé en mars la création de postes dédiés aux capacités cislunaires au sein de la Force spatiale. Les premiers outils déployés seront des observateurs. Oracle-M opèrera au point de Lagrange Terre-Lune pour inventorier ce qui circule dans la zone, identifier les débris, cataloguer les satellites connus et inconnus.
Car il y a réellement de l'enjeu. Un rapport de la Mitre Corporation publié en 2025 alertait sur le risque de désintégration d'un satellite lunaire dont les fragments seraient impossibles à suivre depuis la Terre à cette distance, avec des conséquences potentielles sur des missions scientifiques entières et sur l'économie spatiale lunaire naissante.
Artemis II sera bientôt à 406 841 kilomètres de la Terre, soit 6 400 kilomètres au-delà du record établi par Apollo. À ce moment, la capsule passera derrière la face cachée de la Lune, coupée de tout contact radio pendant quelques dizaines de minutes. Oracle-M n'est pas encore en orbite.
Source : Ars Technica
