Le parquet de Paris a transmis le 17 mars un signalement à la SEC et au ministère américain de la Justice, soupçonnant le milliardaire d'avoir orchestré la polémique des deepfakes de Grok pour gonfler la valorisation de X et xAI avant leur introduction en Bourse en juin 2026. Elon Musk a répondu en traitant les procureurs parisiens d'« attardés mentaux ».

Rebelote pour Elon Musk. Après les deux tweets de 2022 qui lui ont coûté une condamnation à 2,6 milliards de dollars par un jury californien vendredi 20 mars, le milliardaire est cette fois visé depuis Paris. La section cyber du parquet de Paris a adressé le 17 mars une « transmission spontanée d'informations » à la fois au ministère américain de la Justice et à la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. Selon la conviction des magistrats, trouvée en marge d'une enquête déjà ouverte contre le réseau social X depuis début 2025, Elon Musk aurait sciemment entretenu la polémique autour des deepfakes sexuels générés par son IA Grok pour faire monter la valorisation de ses entreprises avant leur entrée en Bourse.
Un bad buzz utilisé comme levier boursier
Toujours selon les magistrats français, entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, Grok a généré des images à caractère sexuel non consenti, y compris de mineures, au point que l'ONG AI Forensics estimait que ces contenus représentaient la moitié des images produites par l'outil sur cette période. Or, pendant ces mêmes semaines, Elon Musk a publié une vingtaine de messages sur X.com pour se réjouir des capacités de « déshabillage » de son chatbot, allant jusqu'à partager une image générée de lui-même en bikini
Hasard du calendrier, dans le même temps, les téléchargements de Grok ont bondi de 72 % par rapport à décembre 2025, selon Sensor Tower via le Washington Post, propulsant l'application dans le top 10 de l'App Store mondial, aux côtés de ChatGPT et Gemini. Mais pour les juges français, ce n'est pas une coïncidence : la polémique aurait été « générée à dessein », alors que X perdait du terrain et que la fusion SpaceX/xAI devait être introduite en Bourse en juin 2026.
xAI, de son côté, a attendu dix jours avant de rendre partiellement payante la génération d'images, sans la suspendre. Puis encore plusieurs jours pour bloquer les représentations de personnes réelles en tenues révélatrices, et seulement dans les pays où la loi l'imposait. Un calendrier qui cadre mal avec l'argument d'une réaction de bonne foi.

Paris frappe à Washington malgré tout
Elon Musk occupe aujourd'hui une position centrale dans l'administration Trump, ce qui rend toute pression diplomatique classique sur les États-Unis quasiment hors de portée pour la France. Plutôt que d'attendre une coopération interétatique hypothétique, le parquet de Paris a contourné l'obstacle en passant par les canaux institutionnels directs, le bureau d'entraide pénale internationale et les avocats français de la SEC. Une manière de déposer les éléments sur la table américaine sans que Washington puisse les ignorer formellement.
Car la SEC connaît bien Elon Musk. En 2018 déjà, elle l'avait sanctionné pour avoir fait grimper le cours de Tesla de plus de 6 % avec un tweet annonçant un possible retrait de la Bourse, et lui avait infligé une amende de 40 millions de dollars. Selon Axios, le milliardaire serait par ailleurs en cours de négociation avec la SEC au sujet de son rachat de Twitter en 2022, pour solder ce contentieux avant l'introduction en Bourse de juin prochain.
Elon Musk est convoqué à Paris le 20 avril pour une audition libre, avec Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X. D'ici là, si les autorités américaines décident de donner suite au signalement français, il aura fort à faire : gérer à la fois une condamnation californienne, une négociation ouverte avec la SEC et désormais un dossier monté à Paris sur la manipulation présumée de ses propres scandales.
Source : Le Monde