À peine lancé sur le sol américain, le premier smartphone pliant à trois volets de Samsung est déjà introuvable. Une rupture de stock quasi instantanée pour un appareil frôlant les 3000 dollars, qui prouve que l'appétit pour ce nouveau format est bien réel, malgré des tarifs prohibitifs.

© Nicolas Guyot
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L'attente aura été longue, mais la réponse du marché semble sans équivoque. Alors que Samsung a laissé Huawei occuper le terrain médiatique et technologique fin 2024 avec son Mate XT, le géant coréen jouait gros avec le lancement américain de son Galaxy Z TriFold. Beaucoup d'analystes prédisaient un succès d'estime pour ce produit de « super niche », mais la réalité commerciale vient de balayer ces prévisions prudentes. En quelques minutes, les stocks alloués au marché américain se sont volatilisés, rappelant les heures de gloire des lancements de produits tech, une frénésie qu'on croyait disparue avec la maturation du marché des smartphones. Ce succès initial, bien que flatteur, soulève néanmoins plusieurs questions sur la stratégie de Samsung et la capacité de production réelle de ces dalles de nouvelle génération.

Un succès foudroyant malgré un prix élitiste

La performance commerciale est d'autant plus notable que le ticket d'entrée est vertigineux. Affiché à environ 2 900 dollars (hors taxes), le Galaxy Z TriFold se positionne comme l'un des terminaux grand public les plus onéreux de l'histoire. Pourtant, le bouton « Ajouter au panier » est resté grisé sur la boutique officielle et chez les revendeurs partenaires peu de temps après l'ouverture des ventes.

© Nicolas Guyot
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Ce phénomène de sold-out immédiat n'est pas surprenant pour les observateurs avertis. Il s'explique par la convergence de deux facteurs : une demande refoulée d'early adopters frustrés de voir cette technologie cantonnée à la Chine depuis deux ans, et une offre probablement très calibrée. Contrairement aux Galaxy Z Fold 7 et 8 produits en masse, le TriFold reste un démonstrateur technologique complexe à assembler. Samsung a sans doute joué la prudence sur les volumes initiaux pour éviter les stocks invendus, créant mécaniquement un effet de rareté qui renforce l'attractivité du produit.

Une prouesse d'ingénierie, non sans compromis

Sur le plan technique, le Galaxy Z TriFold concrétise enfin les prototypes « Flex 0S » que Samsung Display exhibait dans les salons depuis des années. Une fois déplié, l'appareil offre une diagonale impressionnante de 10 pouces, transformant littéralement le smartphone en tablette, là où les pliants classiques plafonnaient autour de 7,6 ou 8 pouces. La prouesse réside dans l'intégration de la nouvelle charnière "Armor FlexHinge" à double axe, permettant de replier l'appareil en « Z » pour ne laisser apparaître qu'un écran de couverture de 6,5 pouces au format standard.

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Sous le capot, on retrouve logiquement le Snapdragon 8 Elite (optimisé pour Galaxy), nécessaire pour piloter cette immense surface d'affichage et le multitâche intensif qu'elle autorise. Cependant, cette architecture impose des défis physiques majeurs. Pour conserver une finesse acceptable une fois replié (autour de 13 mm), Samsung a dû scinder la batterie de 5 600 mAh en trois cellules distinctes réparties dans chaque volet. Une complexité interne qui explique en partie le coût de fabrication exorbitant et les difficultés à monter en cadence sur les chaînes de production.

La réponse tardive mais nécessaire à Huawei

Il est impossible d'analyser ce lancement sans évoquer l'éléphant dans la pièce : Huawei. Le constructeur chinois a ouvert la voie avec le Mate XT, s'accaparant une part de marché significative sur le segment ultra-premium en Chine et captant l'imaginaire technologique mondial. Jusqu'ici, Samsung semblait en retrait, donnant l'impression de subir l'innovation plutôt que de la dicter.

Avec ce lancement réussi aux États-Unis – un marché où Huawei est absent pour les raisons géopolitiques que l'on connaît –, Samsung réaffirme son statut de leader global. C'est une victoire symbolique cruciale. Le constructeur montre qu'il maîtrise la technologie du double pliage et qu'il est capable de la livrer avec le niveau de finition logicielle (One UI adapté au format 10 pouces) que les utilisateurs occidentaux attendent, là où la concurrence chinoise peine encore à convaincre hors de ses frontières sur la partie logicielle.

Pénurie organisée ou rendements insuffisants ?

Reste une interrogation critique : cette rupture de stock est-elle le signe d'un engouement massif ou d'une production anémique ? Les rapports industriels suggèrent que le taux de rendement (yield) des dalles OLED flexibles à double pliure reste inférieur aux standards habituels de l'industrie. La fragilité des écrans et la complexité de l'étanchéité (la résistance à la poussière étant le talon d'Achille de ce format) obligent à des contrôles qualité drastiques.

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Il est fort probable que Samsung ne soit capable de livrer que quelques dizaines de milliers d'unités par mois pour le moment. En ce sens, la « rupture de stock »  est autant un outil marketing qu'une réalité industrielle. Pour l'utilisateur lambda, cela signifie qu'il faudra s'armer de patience – ou se tourner vers le marché gris spéculatif – pour mettre la main sur ce qui est, à ce jour, le smartphone le plus sophistiqué du marché.

Le Galaxy Z TriFold réussit son entrée en scène en créant le désir par la rareté. Mais passé l'effet « waouh » et la rupture de stock initiale, la véritable épreuve commence : ces appareils résisteront-ils à l'usage quotidien sur la durée, là où les charnières simples ont déjà montré leurs limites ? Samsung a ouvert un nouveau chapitre, mais l'histoire de la fiabilité des TriFold reste encore à écrire.