Alban MARTIN :"Dans la musique, le gratuit peut rapporter gros"

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Spécialiste de la musique en ligne, Alban MARTIN poursuit son raisonnement sur la co-création de valeur dans "L'Âge du Peer", son nouveau livre

JB - Alban Martin bonjour. Vous publiez déjà votre second livre sur le peer-to-peer. Quelle nouvelle thèse y défendez vous ?

AM - Bonjour Jérôme. Par rapport à mon précédent ouvrage intitulé "The Entertainment Industry is Cracked, Here is the Patch!", "l'Âge de Peer" cette fois-ci pousse la réflexion autour des activités de pair à pair encore plus loin.

Ainsi j'apporte un éclairage sur les modèles économiques 2.0 pour l'industrie du divertissement (musique, cinéma, jeux-vidéo) face à la concurrence du gratuit. Alors que bien souvent le P2P est vécu comme une fatalité par tout un pan de l'industrie, je montre, chiffres et exemples à l'appui, que le "gratuit peut rapporter gros" comme le souligne le sous-titre du livre.

En le lisant, vous apprendrez donc comment le libre accès aux œuvres, et aux univers artistiques, permet de rentrer dans une relation institutionnels Vs non-pro qui est gagnante pour tous. En effet, vous amorcez ainsi une relation donnant-donnant où le public peut ensuite recommander vos œuvres et générer du buzz, ou bien participer au développement de l'univers autour de vos jeux, ou encore apporter un feedback sur vos créations cinématographiques (on connaît le rôle clé des communautés dans le cas des adaptations). Et bien sûr, la vente d'objets dérivés comme le CD ou le DVD reste en bout de chaîne.

Ce nouveau type de relation et de modèle économique, qui consiste, pour la maison de disque, le studio de cinéma ou l'éditeur de jeux vidéo, à se considérer

comme un "peer", est le cœur de ce nouveau livre.

JB - A vos yeux, des plates-formes comme MySpace, YouTube ou DailyMoton concrétisent-elles votre idée de la "cocréation" ?

AM - Effectivement, les 3 plateformes que vous citez évoquent parfaitement cette relation de pair à pair, avec le modèle économique de co-création de valeur qui la soutient.

Tout d'abord, les contenus institutionnels et les contenus "amateurs" sont mis sur le même plan, au niveau de prix, à savoir la gratuité d'accès.. En outre, les professionnels capitalisent sur les commentaires des internautes et les statistiques de streaming pour repérer plus facilement les futurs hits ou contenus stars. Les visiteurs de ces plateformes quand à eux profitent d'une publicité qui est immersive et personnalisée (imaginez le groupe Muse, par la voix de son manager, vous laisse un commentaire sur votre page Myspace pour vous informer de son prochain concert!), c'est à dire à l'opposée du discours publicitaire traditionnel baptisé "top-down". Cette relation génère ce qu'on appelle de la cocréation de valeur : d'un côté les maisons de disque et studios de cinéma abaissent leurs coûts de découverte de talents, de promotion et de diffusion, et de l'autre, les fans internautes vivent des expériences divertissantes plus riches car personnalisées.

JB - La loi DADVSI été très critiqué mais s'applique officiellement depuis déjà deux mois. Êtes vous surpris par ce calme relatif, après la tempête ?

AM - En fait, comme l'a très bien expliqué Guillaume Buffet lors de notre rencontre avec les sénateurs le 12 avril dernier (dont Mr Thiollière, rapporteur de la commission sur la DADVSI), le jour où vous passez une loi qui va manifestement à l'encontre de l'opinion publique, que personne ne descend dans la rue et que les gens affirment "de toute façon, on ne respectera pas la loi", alors c'est que le problème est plus grave que vous ne le pensez...

JB - Alban Martin, je vous remercie.
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