Les Républiques numériques, une utopie à l’heure d’internet

Par Jérôme Bouteiller
le 26 juin 2001
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Au delà des discours techniques et financiers, Internet pourrait donner naissance à un nouveau système politique basé sur le concept des Républiques numériques.

Au delà des discours techniques et financiers, Internet pourrait donner naissance à un nouveau système politique basé sur le concept des Républiques numériques.

Né du mariage de l'informatique, des télécommunications et de l'audiovisuel, le réseau internet a jusqu'à présent été compris comme une révolution technique et accessoirement financière, bien que le mythe d'une nouvelle économie soit désormais contesté. Néanmoins, hormis quelques timides réflexions sur le vote à distance, l'impact politique de cette technologie ne semble pas mobiliser les politiques. Pourtant, les technologies à notre disposition nous permettent d'imaginer, pour les prochaines années, une révolution politique sans précédent.

Le mythe d'un contrat social

Jusqu'à présent, la citoyenneté a toujours été associée à la notion de territoire. Les Etats modernes sont souvent construits à partir de conquêtes militaires et ne respectent pas vraiment la notion de "contrat social", imaginée par les philosophes libéraux des 17e et 18e siècle. Ainsi, comme le soulignent les anarchistes, il est techniquement impossible de demander la révocabilité du contrat social qui peut unir un citoyen à son Etat, sans devoir quitter le territoire national.

Les limites de la démocratie

Ainsi, deux citoyens d'un même état ne partageant pas le même système de valeurs, sont obligés de cohabiter, selon les règles de la démocratie, au sein d'une même structure politique. Au rythme des alternances, une majorité impose ses choix à une minorité, mais les innombrables contre-pouvoirs contribuent finalement à des gouvernements se limitant au plus petit dénominateur commun, entraînant la frustration des différentes familles politiques, obligées de composer avec leurs adversaires.

Big brother is tracking you

A l'image des centres d'appel des opérateurs de téléphonie mobiles, capables d'entretenir une relation commerciale personnalisée avec chacun de leurs dizaines de millions d'abonnés, il devient désormais envisageable d'imaginer un système politique "à la carte", pour chaque citoyen. Un système d'autant plus simple à gérer que les progrès de la téléphonie mobile permettront d'ici peu de prendre en charge la localisation de chaque citoyen et le paiement et la facturation de très nombreux services. A mi chemin entre de super mutuelles et des états privés, ces nouvelles "républiques" numériques pourraient éclore dans les prochaines décennies.

Marxoo, le communiste de demain ?

Prenons l'exemple de Marxoo, un jeune cybertoyen de l'an 2050. Marxoo habite Paris et a adhéré en 2046 à CommunistiX, une sorte de république numérique couplée à une centrale d'achat regroupant 917 millions d'autres cybertoyens du monde entier. Marxoo accepte que Communistix prélève à la source 90% de ses revenus. En échange, sa République prend en charge toutes ses dépenses de santé, de transport, de logement, d'alimentation, d'éducation, grâce à des contrats avec les différents fournisseurs de ces services. Marxoo dispose d'un téléphone de 5e génération, capable d'informer sa république de sa position exacte et de ses différentes consommations de biens privés (loisirs, alimentation, etc...) mais aussi publics (école, route, sécurité, etc...). Marxoo a toujours été de gauche et vit très bien à Paris grâce aux services de sa République. Son voisin s'appelle Smithoo.

Smithoo, le libéral du XXIè siècle.

Smithoo est philosophiquement plus proche des idées ultra-libérales. Il habite lui aussi Paris mais sa république numérique est différente. Il a opté pour LiberaliX qui lui permet de conserver 90% de ses revenus mais il paye au prix fort l'éducation de ses enfants, sa santé ou encore ses transports. Son téléphone informe ainsi Liberalix de ses déplacements et Smithoo doit payer quelques centimes à chaque pas qu'il fait sur le trottoir, afin de participer au paiement des infrastructures collectives. Il ne veut pas payer d'abonnement pour la police ou les pompiers et accepte de payer très cher la moindre de leurs interventions. Smithoo n'est politiquement pas du même avis que Marxoo mais ils cohabitent sans problème.

L'ultime Utopie ?

En remettant en cause l'unité de la nation, l'égalité des citoyens et en limitant l'Etat aux fonctions de base en matière de police et de justice, cette "e-utopie" soulève évidement de très nombreuses critiques. Mais à l'image de la construction européenne, qui au nom de la paix et de la prospérité de tous a entraîné une révolution sans précédent de notre système politique, l'internet ne peut qu'aboutir à une redéfinition du lien entre l'Homme et ses représentants politiques.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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