Contre toute attente, Bruxelles rengaine ses armes. Alors qu’on voyait déjà Apple Maps et sa régie pub forcés de s’ouvrir sous la contrainte, la Commission offre un sauf-conduit inespéré à Cupertino. Un répit rare qui cache une réalité cinglante : Apple n’est pas maître partout.

C'est officiel depuis ce jeudi 5 février 2026 : Apple Ads et Apple Plans ne porteront pas l'étiquette infamante de « contrôleur d’accès » (gatekeeper). La Commission européenne a rendu son verdict, estimant que ces plateformes ne verrouillent pas suffisamment le marché pour justifier une régulation lourde. Une décision qui clôt un dossier ouvert en novembre dernier, lorsque la firme avait elle-même notifié que ses services atteignaient les seuils quantitatifs du DMA. Vous pensiez que le rouleau compresseur européen allait tout écraser ? Il semble que la Commission sache encore faire du tri sélectif.
L’art de gagner en perdant
L’annonce a surpris, mais la logique est implacable. Pour être soumis aux contraintes du Digital Markets Act — comme l'ouverture aux tiers ou le partage de données —, un service doit être une « porte d’entrée incontournable » pour les entreprises. Or, après examen, Bruxelles a conclu que ce n'était le cas ni pour les cartes ni pour la publicité d'Apple.
Concrètement, l’exécutif européen reconnaît une faiblesse relative de la Pomme sur ces terrains. Apple Plans ? Son utilisation en Europe reste anecdotique face aux mastodontes Google Maps et Waze. Apple Ads ? Une goutte d’eau dans un océan publicitaire dominé par Meta et Google. En échappant à la désignation, Apple évite l'obligation de revoir l'architecture de ses apps, un soulagement majeur pour ses ingénieurs qui bataillent déjà sur d'autres fronts réglementaires.
Une victoire stratégique en trompe-l’œil
Ne nous y trompons pas : si Apple souffle, c'est parce qu'elle a su jouer la carte de l'outsider. C'est tout le paradoxe de cette séquence. Pour sauver son modèle fermé sur Maps et Ads, la firme la plus riche du monde a dû, en substance, admettre qu'elle n'était qu'un acteur secondaire sur le Vieux Continent. Une posture d'humilité forcée qui paye, surtout dans un climat où les institutions européennes infligent régulièrement des amendes importantes à Apple pour ses positions dominantes ailleurs.
Ce non-lieu réglementaire est un signal fort : le DMA n'est pas une punition automatique, mais un outil chirurgical. En épargnant des services « mineurs » à l'échelle européenne, Bruxelles renforce la légitimité de ses frappes sur l'App Store ou Safari. Apple conserve donc le contrôle total sur l'affichage de ses publicités et la gestion de ses cartes, mais cette victoire a un arrière-goût de réalisme froid : on ne régule pas ce qui ne règne pas.
Apple a réussi à convaincre l’Europe qu’elle était inoffensive sur ces marchés, mais admettre sa faiblesse pour garder sa liberté est un luxe que peu de géants peuvent se permettre.
Source : Mac Rumors