Patrick Bertrand, Cegid : "la modernisation des systèmes informatiques doit se faire sans big bang"

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Le 03 avril 2009
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Directeur général de l'éditeur Cegid depuis 2002, Patrick Bertrand est également cofondateur de l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel). Dans cet entretien, il revient sur la stratégie de son groupe et précise en quoi l'optimisation des systèmes informatiques reste nécessaire dans un contexte marqué par l'« unpredictible ».

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MD - Vous venez d'annoncer vos résultats : craignez-vous une dégradation pour 2009?

PB - Malgré un contexte économique globalement difficile, Cegid a su préserver une croissance de son activité et un bon niveau de résultats. Les ingrédients de cette bonne performance en regard du marché, s'expliquent notamment par une dynamique volontariste et stratégique de croissances externes, mais aussi par l'accroissement du chiffre d'affaires « licences et services d'intégration » associé à une bonne maîtrise des charges d'exploitation et des frais généraux.

Ainsi, en 2008, l'excédent brut d'exploitation (56,8 millions d'euros) est en progression et le résultat net du groupe (17,4 millions d'euros) se situe à un niveau proche de celui réalisé en 2007. Pour l'année 2009 à venir, le manque de visibilité ne permet pas d'afficher des prévisions : nous sommes dans un contexte général marqué par l' « unpredictible ». Il reste que le logiciel constitue une véritable solution à la crise pour les entreprises qui ont besoin d'améliorer leur productivité. Cegid dispose de nombreux atouts (Une stratégie d'éditeur spécialisée, une large offre de produits, un niveau élevé de revenus récurrents, ...) qui devraient lui permettre de réaliser des performances satisfaisantes.


MD - En quoi vos solutions représentent-elles toujours un investissement pertinent en cette période de crise?

PB - Les solutions logicielles constituent pour les entreprises un moyen de rationaliser et d'optimiser leur productivité ou leur efficacité interne. Dans des périodes économiques plus difficiles marquées par la nécessité de préserver les résultats malgré une activité moins dynamique, le logiciel et les systèmes d'information performants constituent un des leviers essentiels pour générer des économies d'échelle.

Ces périodes doivent aussi être mises à profit pour anticiper et être prêts pour profiter du rebond de l'économie qui arrivera naturellement. Les entreprises ont compris la nécessité de poursuivre la modernisation de leur système d'information. Celle-ci sera par contre plus ciblée et sélective, moins radicale, sans « big bang » imposé à toute l'entreprise et avec une recherche de retours sur investissement (ROI) plus immédiats.

MD - Quelle est la fourchette de prix de vos solutions (TCO)? Envisagez-vous des solutions de financement innovantes?

PB - Cegid adresse les entreprises de toute taille et dans des secteurs d'activité très différents. Donner une fourchette de prix dans ce cadre ne serait pas très pertinent. En effet nous pouvons être amenés à proposer des solutions « point d'entrée » à très bas prix, voire des services hébergés gratuits, pour les entreprises unipersonnelles relevant du marché de l'entrepreneur individuel.

À l'autre extrémité, nous gérons des propositions commerciales très conséquentes de plusieurs millions d'euros pour des grandes entreprises, dans des domaines très spécialisés, à déploiement complexe dans un environnement international. Le coût de possession est donc variable selon les objectifs de l'entreprise, son niveau d'équipement, la maturité de son projet et des équipes qui auront à le faire vivre dans l'entreprise. Toutefois la modularité de notre offre et les ROI plus immédiats qu'elle propose séduisent, y compris les filiales de grands groupes qui trouvent chez nous des solutions alternatives aux modèles « big bang » cités précédemment, et ce, à la fois pour des fonctions de gestion de l'entreprise (finance-comptabilité, Paie-RH,...) ou pour des domaines d'expertises métiers ciblés (retail, industrie, CHR, Secteur Public, etc...).

Sur le plan du financement, Cegid a toujours su proposer à ses clients des solutions originales adossées à des concepts financiers solides proposés par des établissements bancaires référents dans ces domaines. Le montant des ventes avec financement apporté à nos clients représente plus de 18 M€ soit 30 % du chiffre d'affaires « finançable », c'est-à-dire hors chiffre d'affaires récurrent et prestations éditeur. Dans ce contexte économique actuel et malgré la raréfaction des instruments de crédit, nous sommes toujours à même de proposer des outils de financement efficaces et adaptés à la relation BtoB.

MD - L'innovation passe-t-elle, selon vous, par le mode SaaS? Le rôle des revendeurs à valeur ajoutée (Var) va-il évoluer?

PB - Les offres SaaS atteignent aujourd'hui une maturité technologique efficiente et bénéficient d'un modèle économique qui constitue une réelle alternative à l'équipement informatique en mode investissement pur et dur qui doit être financé intégralement avant sa mise en route.

En période de crise, le SaaS constitue le moyen d'investir dans le cadre d'un budget de fonctionnement dont l'enveloppe est connue et déterminée à l'avance et dont le décaissement de trésorerie est lissé dans le temps. C'est aussi un modèle qui permet d'importantes économies d'échelle dans le déploiement hardware, mais aussi dans les coûts d'administration de la solution qui sont mutualisés et pris en charge par le prestataire.

Par ailleurs, on peut déjà constater que le SaaS influence dès à présent le business-model des partenaires distributeurs. Ils ont aujourd'hui bien intégré la part de valeur ajoutée qu'ils pouvaient apporter dans le déploiement de ces solutions au sein des entreprises. Elle s'avère dans certains cas plus facile à prodiguer compte tenu de l'étalement des charges auparavant réservées à l'investissement initial.

Dans cette dynamique certains de nos distributeurs partenaires se sont lancés dans l'accompagnement de nos clients sur le mode Saas, nos solutions ayant pour caractéristiques d'être identiques dans leur ergonomie et fonctionnalités qu'elles soient exploitées en mode intra entreprise ou en mode hébergé de type Software as a Service.

MD - Un éditeur de progiciel tel que Microsoft construit ses propres centres de données, quelle est votre stratégie?


PB - Notre stratégie reste toujours basée sur les mêmes fondamentaux : agir en spécialiste dans des domaines d'expertise ciblés. Nous avons su adresser avec pertinence par ces moyens, des fonctions particulières de l'entreprise (ressources humaines, comptabilité finance fiscalité, gestion commerciale...), mais aussi les systèmes de gestion d'entreprises œuvrant dans des secteurs très spécialisés nécessitant une expertise forte dans les métiers considérés.(Retail, Profession comptable, Industrie, Hôtellerie restauration, Secteur public...)

Pour nous, le mode SaaS est considéré comme une offre complémentaire et non pas comme un processus devant provoquer une mutation brutale qui viendrait balayer les modèles de consommation traditionnels. Pour être prêt sur ces nouvelles offres, Cegid s'est positionné très tôt dès les années 2000, en tant qu'éditeur/hébergeur se dotant de toutes les infrastructures et services dédiés à ce modèle. Ceci nous permet aujourd'hui de compter un grand nombre de clients connectés à nos services et serveurs avec près de 8000 TPE en ligne sur des services de gestion, plus de 205.000 bulletins de paie gérés chaque mois, plus de 650 points de vente directement hébergés, 1000 collaborateurs experts-comptables connectés chaque jour... Pour Cegid, le SaaS est une réalité quotidienne et fait partie intégrante de notre stratégie.

MD - D'après vous, quelles vont être les demandes spécifiques des PME / du secteur public, cette année?


PB - Comme évoqué précédemment, les entreprises sont surtout en recherche de solutions permettant des optimisations internes de leurs processus, et non pas de solutions arrivant en soutien de leur développement qui est aujourd'hui ralenti compte tenu du contexte général. Elles sont aussi à la recherche de solutions agiles et faciles à mettre en œuvre avec des ROI plus immédiats. Agissant en spécialistes des fonctions de gestion de l'entreprise, nous sommes convaincus que Cegid a de très bons atouts à faire valoir dans cette quête légitime et opportune d'optimisation et de meilleure gestion.

Le secteur public connait quant à lui des problématiques différentes, avec une politique volontariste de mise à disposition de nouveaux services pour le citoyen, mais aussi avec une recherche d'optimisation des process des différents secteurs. La modernisation du secteur public et la nécessité de réduire les coûts de fonctionnement constituent un puissant moteur pour l'investissement en système d'information. Les analystes prévoient en 2009 un niveau d'investissement en informatique pour le secteur public en progression de 6 % pouvant atteindre 7,1 milliards d'euros. Avec Civitas Cegid se dote d'une expertise complémentaire qui jouera efficacement des synergies opérationnelles initiées avec Groupama, un des tout premiers leaders de l'assurance dans ce secteur. Dans ce contexte, nous comptons profiter dès 2009 des opportunités qui s'ouvrent à nous dans ce nouveau secteur d'activité.

MD - Patrick Bertrand, merci.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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