Lille a voté un moratoire sur la 5G en attendant le rapport de l'Anses sur le sujet

Edouard Luquet
Publié le 12 octobre 2020 à 15h50
5G

La municipalité souhaite attendre le rapport de l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses) avant d’autoriser l’installation des antennes 5G sur son territoire.

La 5G est au centre d’un débat houleux : si certains y voient une promesse de développement économique, d’autres redoutent son impact sur la santé. À Lille, le conseil municipal joue la carte « Amish » pour contrer le déploiement de la technologie.

L'impact réel de la 5G mis en doute

Le conseil municipal a adopté un moratoire sur le déploiement de la 5G dans la nuit de vendredi à samedi 10 octobre. Pour installer des antennes, il faudra attendre le rapport de l’Anses prévu sur le sujet, en 2021.

« Les rapports officiels publiés ces derniers mois (…) ne permettent toujours pas aux instances les plus compétentes d’exclure tout risque réel sur les populations en lien avec l’exposition à cette nouvelle technologie » déclare le conseil municipal.

Outre le risque sanitaire, la ville de Lille a fait part de ses doutes quant à la dimension économique du projet : « La relance économique au service de l’emploi et de la transition écologique n’est-elle pas prioritaire ? ». Enfin, les dimensions de sobriété numérique et d’opportunité (« le déploiement de la 5G n’a pour nous de sens que s’il sert en priorité l’exercice de mission d’intérêt général ») sont également pointées du doigt par les élus lillois. Dans cette optique, ils appellent la Métropole européenne de Lille (MEL) à adopter une position similaire.

L'État et les villes dos à dos ?

Le vote de ce moratoire intervient quelques semaines après qu’une tribune signée par 70 personnalités politiques de gauche appelait le gouvernement à un moratoire national, en attendant que l’Anses se prononce sur la question.

De son côté le secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques, Cédric O, n’a pas manqué de critiquer la maire socialiste : « Cette décision est une tartufferie incompréhensible venant d'une ancienne ministre. (…) Si Martine Aubry a des doutes, il faut qu'elle prenne le temps de lire les études scientifiques. Depuis 2003, l'Anses a rendu tous les ans un rapport sur les ondes téléphoniques et ils ont systématiquement conclu à l'absence d'impact sanitaire au-dessous des valeurs limites ».

Pour rassurer les maires, le secrétaire d’État entend notamment renforcer le contrôle des téléphones « qui sont, encore plus que les antennes, la première source d’exposition aux ondes électromagnétiques ». En 2021, l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) sera ainsi chargée de doubler les contrôles de smartphones : « Elle effectuera donc 140 contrôles de l'exposition du public aux ondes, c'est-à-dire du Débit d'absorption spécifique (DAS) d'un appareil. Ce volume permettra de cibler les smartphones 5G les plus vendus et de faire des tests complets sur des versions logicielles différentes. (…) Toutes ces données seront rendues publiques » assure le secrétaire d'État.

Cédric O, secrétaire d'État chargé de la transition numérique et des communications électroniques
Cédric O, secrétaire d'État chargé de la transition numérique et des communications électroniques

Si le bras de fer est lancé entre l’État et un certain nombre de collectivités, un doute persiste quant aux réels moyens de nuisance de ces dernières : « Le seul pouvoir d'un maire est d'empêcher l'accès d'un opérateur à un site d'antennes situé sur le parc immobilier social, mais ils ne peuvent pas empêcher le déploiement dont les fréquences viennent d'être attribuées » assure Cédric O.

Pour le secrétaire d’État, ça ne fait pas de doute : la 5G sera bien en place d'ici la fin de l’année.

Par Edouard Luquet

Rédacteur web, je suis de près le monde de la tech, les réseaux sociaux et les évolutions du numérique dans nos sociétés. Auteur en herbe, j'ai aussi co-fondé une revue littéraire où j'écris quelques histoires.

Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu tech !

A découvrir en vidéo

Commentaires (0)
Rejoignez la communauté Clubic
Rejoignez la communauté des passionnés de nouvelles technologies. Venez partager votre passion et débattre de l’actualité avec nos membres qui s’entraident et partagent leur expertise quotidiennement.
Commentaires (10)
FoxLeGoupil

Il faudrait aussi un moratoire sur l’exposition des populations aux ondes électromagnétiques émises par le soleil ainsi que sur la radioactivité du granit.

Bref, encore une fois, des décisions prises pour contenter le citoyen antisystème qui connait tout parce que « de source sûr » il sait que les ondes sont dangereuses, mais oui, il l’a lu sur facebook* !

*à remplacer par « twiter » ou tout autre réseau sociaux.

Sans_Plot

Dire que c’est dangereux, et attendre d’être sur que cela ne l’est pas, sont deux choses différentes :confused:

Ils veulent justement en savoir plus avant d’installer les antennes. Il est vrai que se poser des questions avant d’agir peut parfois être utile.

Bref, lis l’article la prochaine fois

sonyc91

N’importe quoi. Les gens sérieux qui travaillent pour l’ANSES depuis leurs labos du CEA, INSERM, CNRS, IFSTTAR, UJF, CNAM, APHP disent qu’ils n’ont pas assez de données pour conclure sur la 5G. Sans doute avez-vous la science infuse pour vous permettre de dénigrer nos chercheurs de haut-vol, mais je pense plutôt que vous faites partie de ceux qui vous critiquez, en remplaçant Twitter/Facebook par Clubic ou autre.

AlexLex14

Il faut préciser une chose, c’est que le moratoire décidé par la Mairie de Lille n’est pas légalement suspensif pour l’installation des antennes qui ne dépend en réalité pas de la compétence des municipalités.

Les municipalités recherchent juste un débat et des réponses, qui tardent encore à venir…

Mais si les opérateurs veulent « emmerder » (passez-moi l’expression) les mairies qui empêchent l’installation de leurs antennes, alors le juge administratif devrait, en théorie, aller à l’encontre des mairies, qui outrepassent leurs compétences.

À voir comment cela va se passer dans les prochaines semaines…

FoxLeGoupil

Tout le problème est bien là. Dans l’état actuel de nos connaissances (qui sont très avancées dans le domaine) il n’y a pas de danger.
En revanche si on attends qu’on nous dise « c’est sûr et certain, il n’y a pas de danger » ça n’arrivera jamais car il est très facile de prouver l’existence d’un danger mais c’est impossible de prouver l’absence de danger.

Pour faire un parallèle, prouver qu’une tortue qui parle existe est « simple », la suffit de la trouver, par contre pour prouver qu’elle n’existe pas, il faudra la chercher dans tous les recoins de la terre entière et même comme ça, si tu ne la trouves pas, on pourras toujours te dire que c’est parce que tu as mal cherché ou que ta méthode de recherche n’est pas la bonne.

Tout ce que tu pourras avoir c’est un doute raisonnable. « Si, jusqu’à présent on a pas trouvé de tortue qui parle, c’est qu’elle n’existe pas jusqu’à preuve du contraire » et c’est bien là qu’on en est des connaissances sur les ondes électromagnétiques de la 5G et des autres ondes utilisées en télécommunication (Linky compris), d’après tous les test qu’on a pu faire (vraiment très nombreux) il n’y a pas de danger, jusqu’à preuve du contraire.

Sans_Plot

Pour le coup, ils attendent juste un rapport de professionnel qui vont effectuer certains test, nécessaire pour rassurer les personnes qui doutent.

Je ne vois pas le mal, sachant que la 5G n’est pas vitale pour nos vie, on peut très bien attendre et faire quelques testes de plus.

Mais je comprends effectivement ton point de vue

Jarjarbings

" N’importe quoi. Les gens sérieux qui travaillent pour l’ANSES depuis leurs labos du CEA, INSERM, CNRS, IFSTTAR, UJF, CNAM, APHP "

LOL ! https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/ondes-electromagnetiques-faut-il-craindre-5g

Kratof_Muller

Le pruneau de Lille confit à la 5G

carinae

c’est clair … c’est quand même assez bizarre de voir tout cet affolement autour de la 5G alors que la 2G,3G,4G n’ont jamais posé de problème … J’ai plus l’impression que c’est une question politique plus que technique …
En même temps quand on voit fleurir des théories qui disent que le covid c’est a cause de la 5G …
Bizarrement sur et certain que quand les applications, telemedecine … seront en place tout le monde, réfractaires y compris, sera content d’en profiter (enfin si on arrive a faire quelque chose vu le retard qu’on est en train de prendre …) . Mais bon … c’est aussi ca le débat démocratique :slight_smile: :wink:

Nmut

Le problème c’est que les opérateurs poussent à fond car il doivent d’abord augmenter leur couverture car ils sont tous en retard sur leurs promesses (et ils ont une grosse pression de l’état et des utilisateurs) et ils ne veulent pas déployer de la 4G pour changer plus tard pour de l’équipement 5G. De plus ils veulent rentabiliser le plus vite possible les investissements de la 5G (licences mais aussi premiers tests et R&D).
De plus, on ne pourra pas démontrer la non dangerosité avec une probabilité raisonnable (actuellement, même avec le recul de la 3G/4G, on a pas encore de résultats significatifs), il faut des études sur la population exposée sur un très long terme (plusieurs décennies), on est sur un dilemme de l’oeuf et la poule…