Portrait : Telorion adapte les smartphones aux malvoyants

Thomas Pontiroli
25 octobre 2013 à 18h04
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Les smartphones actuels, très majoritairement tactiles, proposent tous des options pour les personnes atteintes de cécité partielle ou totale. Malgré tout, les usages auraient montré qu'ils s'avéraient moins pratiques que leurs homologues à clavier. Un écueil qu'entend surmonter la start-up Telorion.

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Thibault Péant, co-fondateur de Telorion
De résistifs à capacitifs, les écrans tactiles de nos smartphones se sont considérablement améliorés avec le temps. Au point de ne plus nous faire regretter les bons vieux claviers physiques et le T9. Malgré tout certains utilisateurs sont vent debout contre cette technologie. Se nichent probablement parmi eux quelques maladroits et un soupçon de mauvaise foi. D'autres ont un argument imparable. Atteints d'une déficience visuelle partielle ou totale, ils peinent à s'accoutumer au tactile.

C'est sur ce constat que s'est bâtie la start-up française Telorion en 2011, après deux ans de recherche et développement. « Nous permettons aux aveugles et aux malvoyants de bénéficier de tous les apports des smartphones avec un confort d'utilisation optimal et une accessibilité entièrement repensée. Notre solution est composée d'un clavier amovible et d'un logiciel pourvu d'applications spécifiques », explique Thibault Péant, co-fondateur avec Loïc Dubié, l'instigateur du projet.

« En théorie les smartphones sont accessibles aux personnes malvoyantes car ils proposent différentes solutions d'accessibilité, notamment sous iOS. Des outils permettent une lecture audio de la fonction lorsqu'on passe le doigt dessus par exemple. Mais cela devient extrêmement fastidieux dès lors qu'il s'agit de saisir un texte », confie Thibault Péant, qui constate un temps d'apprentissage plus long sur du tactile.

L'approche de Telorion n'a pas été de développer un mobile à part entière, ou de remettre au goût du jour d'anciens modèles de Nokia, « très prisés » par ces personnes. L'offre se décline en deux solutions, l'une matérielle et logicielle et l'autre uniquement logicielle. Telorion Vox se destine aux non-voyants puisqu'elle intègre un clavier en élastomère au mobile (Samsung Galaxy S2, S3 et bientôt S4 Mini et Google Nexus 5). L'interface est une surcouche Android. Sous forme de menus déroulants, elle est entièrement vocalisée.

L'autre solution, Telorion Zoom, concerne les malvoyants. Pas de clavier ici, mais une interface pensée pour les différentes déficiences de la vue. Les textes et les menus peuvent être agrandis à volonté, les contrastes modifiés, et le tout est également vocalisé. Quatre packs sont proposés : Telorion Vox et Zoom avec un Samsung Galaxy S3 pour 680 euros et la même chose avec le Galaxy S2 à 580 euros. Un peu onéreux ?


« Ce prix a plusieurs explications. D'abord, nous ne voulons pas stigmatiser les personnes aveugles et malvoyantes avec un smartphone pour les vieux, elles ont le droit d'avoir un bel appareil. Ensuite, nous proposons des logiciels de reconnaissance visuelle basés sur l'appareil photo numérique, et il se doit d'être de suffisamment bonne qualité pour que l'outil fonctionne dans de bonnes conditions, et soit fluide », fait valoir Thibault Péant. Il souligne enfin qu'« un mobile Telorion remplace plusieurs appareils coûteux ».

Car la gamme proposée est accompagnée d'un écosystème applicatif conçu et adapté pour répondre aux besoins des déficients visuels. Un ensemble de 25 applications, amené à grandir, permet par exemple de dicter un SMS par reconnaissance vocale (comme Siri ou Google Now), de se déplacer avec un GPS piéton vocalisé, de choisir son t-shirt via un détecteur de couleur ou de zoomer numériquement sur des textes.

« Si l'on considère tous ces services, l'économie réalisée est très importante. Un détecteur de couleurs coûte 150 euros, un GPS piéton de qualité plus de 300, une loupe électronique entre 700 et 1 500 euros », argumente le co-fondateur. L'offre Telorion se décline également en pack sans smartphone à 330 euros, « largement subventionnée par l'État, ce qui peut ramener le coût de l'équipement à 50 euros environ ».

En sus des applications pratiques, l'écosystème a vocation à s'enrichir d'autres briques, plus ludiques, mais se voulant tout aussi adaptées. Par exemple, des médias nettoyés de la publicité et du contenu superflu ou un accès clavier à l'interface de Facebook. Pour aller plus loin, la start-up est en train de développer un outil de reconnaissance d'objets, basé sur les photos remontés par la communauté, « un Shazam des objets ».


Commercialisées depuis avril 2013, les solutions Telorion comptent environ 500 utilisateurs déficients visuels en France et son initiative est saluée par la communauté française des aveugles et des malvoyants. « Ce sont des acteurs à qui on a souvent promis monts et merveilles et qui ont été déçus, ça n'est pas facile de les convaincre. Le fait qu'ils aient de l'estime pour nous valide notre démarche », confie Thibault Péant.

Une démarche initiée par Loïc Dubié, ancien ingénieur des Ponts et chaussées, passé par SFR, et qui voulait à tout prix monter sa start-up. Le déclic se serait produit à la lecture d'un article sur les usages des smartphones et la manière dont ils ont pu changer la vie des utilisateurs. Le projet a été soutenu par deux levées de fonds, de la « love money », de deux fois 150 000 euros. De quoi internaliser ses ressources.

Distribuée par trois enseignes spécialisées, la solution a attiré le regard d'opticiens et de professionnels de la basse vision. Des acteurs belges et britanniques se sont aussi dits intéressés. Telorion espère rendre service à 1,5 million de personnes atteintes de cécité en France, et 285 millions dans le monde - la start-up met en avant une intégration rapide de ses outils sur les smartphones pour s'étendre rapidement à l'international.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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