Portrait : Yes Profile vous invite dans le marché des données

01 juin 2018 à 15h36
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Lors de leurs pérégrinations numériques, les internautes sèment derrière eux une myriade d'informations personnelles qui, en grand nombre, s'avèrent extrêmement précieuses pour les marques. Dans cet univers, Yes Profile veut redonner un peu de contrôle sur ces données.

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Christian-François Viala, Yes Profile
Derrière le mur des réseaux sociaux et la vitrine des sites e-commerce, se cache une machinerie, des « méga-plateformes ». Elles brassent l'énorme quantité de données personnelles laissées par les internautes lors de leur navigation. Le tout est mis à disposition des marques afin qu'elles affinent leurs campagnes. Dans l'histoire, jamais l'internaute n'est rémunéré pour ces échanges qui eux, sont bien payants. Yes Profile veut remédier à cela en promettant de « redevenir propriétaire de son profil ».

Christian-François Viala a eu cette idée d'entreprise en 2011. Issu du marketing, il observe comme tout le monde que les réseaux sociaux explosent mais que dans le même temps, les annonceurs sont en quête de nouveaux canaux - « l'emailing est mort » - et enfin, les internautes ont de plus en plus le sentiment d'être traqués. Sur Yes Profile, ces derniers créent un profil en renseignant différents niveaux d'informations sur eux. Et choisissent de les louer (ou pas) aux marques, contre rémunération.

Explications. « Il existe 39 modules. Le premier est universel, et concerne l'âge, le sexe, la ville », commence à expliquer le fondateur. À ce stade, une marque devra payer 30 centimes pour louer ces informations - le temps de sa campagne uniquement. « Un autre module va cerner la situation familiale, si on a des enfants, leur âge », continue-t-il. En les renseignant tous, on peut escompter, après un an, recevoir entre 50 et 100 euros par mois. Après que Yes Profile se soit rémunéré, à 35%.

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« Nous n'avons pas changé les tarifs de base, ceux qui se négocient déjà à votre insu sur les immenses bases de données. L'adresse email coûte par exemple 15 centimes. Mais vous n'êtes pas obligé de la fournir ! Vote utilisation de Yes Profile reste anonyme », souligne Christian-François Viala. L'intérêt des marques est de mieux qualifier les prospects. « Elles aspirent à une relation transparente avec un retour sur investissement important », ajoute-t-il. Yes Profile se veut comme un « tiers de confiance ».

Mais pour l'internaute, le prix à payer est-il celui du spam ? En fait, il ne recevra des annonces par email que s'il décide de louer son adresse. Sinon, les messages s'agglutineront dans l'espace « offres promotionnelles » de Yes Profile. Quel intérêt, s'ils ne sont jamais consultés ni cliqués ? « Le propriétaire du profil sera quand même rémunéré », rassure l'entrepreneur, « mais on part du principe que ces messages-là sont en adéquation avec les intérêts de l'internaute et qu'il voudra les consulter ».

La rémunération ne se fait pas à l'ouverture des emails mais à la location du profil. Sur ce point, le taux d'ouverture, comparé à l'emailing, serait plus élevé. « L'intérêt est de ne pas inonder les internautes de messages, ça n'excédera jamais la quinzaine par jour, car les marques veulent du qualitatif », fait valoir le patron de Yes Profile. D'autant que les profils se veulent vérifiés et richement renseignés. Mais pour l'heure, le projet en est encore à nouer des partenariats, et il est trop tôt pour mesurer son efficacité.

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Une levée de fonds est envisagée pour soutenir le développement de Yes Profile à l'étranger, principalement aux États-Unis. Jusqu'à présent, la start-up s'est rémunérée sur fonds propre, grâce aux apports des trois associés. Yes Profile compte accélérer son développement en utilisant les atouts du mobile. « Le potentiel est énorme », estime Christian-François Viala, qui imagine la possibilité d'intégrer les données de localisation, avec l'accord des internautes, afin d'affiner les offres promotionnelles.

Au-delà de l'explosion des données personnelles collectées via les réseaux sociaux et le e-commerce, Yes Profile entend capitaliser sur le sentiment des internautes. Selon la Cnil, 65% des possesseurs de smartphones estiment que leurs informations personnelles ne sont pas bien protégées, mais tous n'ont pas conscience que leurs données sur le Web sont utilisées sans leur consentement. La start-up espère attirer les internautes soucieux de leurs données, même si elle n'enraye pas les pratiques actuelles.

Alors évidemment, les gains pécuniaires pour l'internautes ne sont pas mirobolants. Christian-François Viala le sait, « Yes Profile ne propose pas de gagner au loto. Son but est de prendre part à une évolution dans les mentalités où chacun peut agir. Et puis si ces revenus peuvent au moins payer la facture de l'abonnement Internet, c'est déjà ça ! »
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