NSA : la France massivement espionnée, l'exécutif s'indigne

Ludwig Gallet
21 octobre 2013 à 12h24
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L'ampleur de la surveillance de la France par la NSA se précise. D'après Le Monde, 70,3 millions de données téléphoniques ont été collectées par l'agence sur un mois à la fin 2012. Manuel Valls et Laurent Fabius attendent des explications de Washington.

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Après les remous en Allemagne, le scandale de la surveillance de l'opérateur belge Belgacom, la levée de bouclier au Brésil, c'est bien au tour de la France de prendre la mesure de l'espionnage de la NSA. Ce lundi, Le Monde publie ses informations, sur la base des documents collectés par Edward Snowden en juin dernier. L'article, co-signé par le journaliste Glenn Greenwald, auteur des premières révélations du Guardian, fait état de collectes de données téléphoniques massives.

Entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, ce sont ainsi 70,3 millions de données téléphoniques qui auraient été collectées par l'agence américaine. Le programme en question, baptisé pour des raisons encore inconnues US-985D.

La France y est classifiée par la NSA dans la « troisième partie », un cercle regroupant des pays tels que l'Allemagne, l'Autriche, la Pologne ou la Belgique. À titre de comparaison, la « deuxième partie » intègre des pays anglo-saxons alliés des États-Unis, les « Five-Eyes ». La « première partie » regroupe quant à elle l'ensemble des agences américaines de renseignement.

Le Monde explique que la surveillance en cause porte aussi bien sur des enregistrements de conversations téléphoniques, que sur la collecte de SMS, après le ciblage de certains mots-clés. Mais encore, l'agence de surveillance « conserve l'historique des connexions de chaque cible ».

Alcatel-Lucent et Wanadoo ciblés

Ces 70,3 millions d'interceptions dont il est fait mention se divisent en deux techniques de collecte de données : « DRTBOX » et « WHITEBOX ». La première a permis sur un petit mois d'enregistrer 62,5 millions de données téléphoniques, contre 7,8 millions pour la seconde. Il reste, pour le moment, impossible de connaître en détail la portée de ces deux programmes.

Difficile, encore, d'en savoir plus sur les personnes visées par la NSA. Reste qu'au vu de l'ampleur des chiffres communiqués, la seule lutte contre le terrorisme ne semble pouvoir à elle seule expliquer ces collectes. S'agissant de la surveillance à l'étranger, la NSA avait pourtant assuré que l'espionnage n'était mené que sur des fondements précis, tels que la menace et la prolifération nucléaire ou encore la menace terroriste.

Car d'autres documents laissent planer le doute sur un éventuel espionnage industriel. Il est en effet fait mention de façon très précise de l'intérêt porté aux adresses e-mail « @wanadoo.fr » et « @alcatel-lucent.com ». Les collectes sont alors réalisées non pas sur la base du seul programme Prism, mais également via le dispositif Upstream, dédié à la surveillance des données transitant par câbles sous-marins. Au-delà du seul exemple, l'indication d'un suffixe interne d'une société, qui plus est équipementier télécom, laisse forcément songeur quant aux intentions américaines. C'est d'autant plus vrai que la France avait fin 2012 étudié la possibilité d'une reprise d'actifs d'Alcatel par Orange, rappelle Le Monde.

Le quotidien relate la collecte moyenne de trois millions de données par jour, « avec des pointes à presque 7 millions les 24 décembre 2012 et 7 janvier 2013 ». Toutes proportions gardées, les données collectées en France ne seraient finalement qu'un aiguille dans une botte de foin, puisque l'agence de renseignement a par exemple collecté près de 125 milliards de données entre le 8 février et le 8 mars dernier.

L'exécutif s'indigne

Face à ces révélations, le gouvernement n'a cette fois pas joué la discrétion. Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, a ainsi jugé ces informations « choquantes », sur les ondes de la radio Europe 1. Il ajoute vouloir demander des explications précises à Washington. « Si un pays ami, un pays allié, espionne la France ou espionne d'autres pays européens, c'est tout à fait inacceptable », a-t-il estimé.

De son côté, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, convoquera au Quai d'Orsay l'ambassadeur américain dans la matinée. Fleur Pellerin, ministre déléguée en charge de l'Économie numérique, n'a pour le moment pas réagi.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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