[Silicon Valley] Hiten Shah : "L'important, c'est de vouloir changer le monde"

16 juillet 2010 à 13h02
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Hiten Shah est entrepreneur dans la Silicon Valley. Avec les cofondateurs de KISSmetrics, il a développé une solution d'analyses de données centré sur le tunnel de conversion des sites web. Pur produit de la Silicon Valley - bien qu'originaire du Nebraska, c'est important - il a accepté de nous expliquer en quoi consiste KISSmetrics, et de nous expliquer sa vision de l'entrepreneuriat et de la Silicon Valley.

Bonjour, Hiten. Pouvez-vous nous expliquer la technologie et la solution que vous avez développées ?

KISSmetrics a développé un outil d'analyses un peu particulier, puisque nous nous sommes rendus compte que chaque entreprise a un tunnel de conversion, et c'est là-dessus que nous avons souhaité nous concentrer. Nous avons beaucoup réfléchi pour travailler sur ce concept. Chaque entreprise connait un processus, qui fonctionne par étapes, jusqu'à un enregistrement sur un site, ou l'achat d'un produit. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup d'entreprises étaient en demande d'un outil qui permette de visualiser ce processus, pour mieux le comprendre.

Il y a beaucoup de solutions pour faire ça, mais beaucoup ont trop de fonctionnalités pour être utilisées uniquement dans ce cadre. Notre idée semble d'ailleurs fonctionner, car les gens aiment la simplicité d'un rapport unique dédié à ce tunnel de conversion. Nous n'essayons pas de remplacer d'autres solutions, mais nous voulons simplement traiter du tunnel de conversion mieux que quiconque.

Huit personnes, surtout des ingénieurs, ont donc travaillé pendant quatre ou cinq ans avant de fonder l'entreprise. Notre marché est mondial, avec des clients en Europe par exemple. Le produit n'est pas encore localisé dans d'autres langues que l'anglais, ce qui nous limite surtout au monde anglophone pour l'instant. Mais nous le ferons sans doute quand nous aurons besoin de croître encore.

Il y a beaucoup de données aujourd'hui. La chose la plus importante que nous faisons, c'est de tracer les gens. Si quelqu'un vient sur votre site quatre ou cinq fois, et finit par s'enregistrer, nous sommes capables de fournir des données bien plus pertinentes sur cette personne. Notre système est très en phase avec les besoins et les technologies d'aujourd'hui.

Vous axez beaucoup sur la simplicité. C'est un vrai problème aujourd'hui ?

Oui, clairement. Nous avons d'ailleurs choisi le nom de l'entreprise comme ça. KISSmetrics vient de Keep It Simple Stupid. Je pense que les gens, dans l'histoire de l'informatique, ont eu à utiliser des outils compliqués. Mais ça a pour conséquence de réduire le nombre de personnes capables de les utiliser. C'est l'une des raisons qui expliquent certains succès aujourd'hui. Regardez comment les smartphones ont percé... C'est grâce à l'iPhone. Il est tellement facile à utiliser qu'un bébé peut l'utiliser. Il suffit de le toucher, il n'y a pas de curseur, de roulette de souris...

Je pense que nous sommes aujourd'hui dans un monde où la simplicité peut fonctionner. Je pense que c'est une partie importante lorsqu'on fait un produit. Quand vous avez une solution avec autant de données qu'un outil d'analyses, qui permet de créer autant de rapports... Il faut vraiment faire un effort là dessus. Ca oblige forcément à faire des choix, et donc à se demander quels types de rapports mettre ou non. C'est le plus dur pour nous. Plutôt que de construire tous les types d'analyses possibles, il faut comprendre ceux qui sont importants pour nos clients, et s'en contenter.

De même, sur l'API qui permet de faire passer les données vers notre système est très simple. Nous avons aussi des projets de rendre notre système open-source, pour permettre une plus grande interopérabilité, mais ce n'est pas quelque chose de décidé définitivement.

Pourquoi avoir décidé de monter votre propre startup plutôt que de travailler dans une grande entreprise ?

A l'origine, les fondateurs, dont je fais partie, se sont rencontrés à l'Université de Berkeley. Nous avons lancé un cabinet de consulting après nos études, pour travailler sur l'optimisation sociale, la publicité en ligne... Nous avons essayé de lancer plusieurs produits à ce moment, car nous ne voulions pas rester dans le consulting. C'était une façon de gagner un peu d'argent, que nous gérions raisonnablement. Nous n'avons pas tout dépensé dans nos produits, par exemple. Nous avons créé un premier produit dans les analyses, et c'est comme ça que nous y sommes arrivés.

Nous avons ensuite réalisé deux tours de table pour KISSmetrics, ce qui nous a permis de nous lancer définitivement sur ce produit. Mais sur le pourquoi être entrepreneur... Vous savez, il y a un environnement très fort dans la région pour l'entrepreneuriat. Je pense que ça a commencé avec la Seconde guerre mondiale, car beaucoup d'innovation est venue d'ici. Je peux me tromper, mais je crois que c'est de ça que découlent Intel et les autres. Du coup, l'investissement est plus important ici que n'importe où ailleurs, même si vous pouvez lancer une startup ailleurs.

J'ai l'impression aussi qu'il y a une solidarité entre les entrepreneurs. Et c'est le type de vie que je veux, vous savez. Vous rencontrez des gens comme vous, qui peuvent vous aider, vous financer. Je peux avoir dix rendez-vous très enrichissants par jour ici, et je ne quitterais cette vie pour rien.

Vous n'auriez pas pu réussir... au Nebraska par exemple ?

C'est amusant que vous mentionnez cet Etat, puisque je suis du Nebraska à l'origine. Non, disons que j'aurais pu réussir là-bas, évidemment. Mais il y a ce que je vous disais, sur l'investissement... L'écosystème en quelque sorte. Nous sommes dans un monde où peu importe l'endroit où vous vous trouvez, mais je crois qu'il y a beaucoup d'avantages à être dans la Silicon Valley. Je vois de plus en plus des gens venir des Etats-Unis, ou même du monde entier.

C'est un endroit où beaucoup de choses se font. Pour nous, quand nous nous sommes rencontrés, nous voulions travailler sur Internet. C'est vrai que nous nous sommes lancés après l'éclatement de la bulle, en 2003, mais c'était tout de même très enthousiasmant. Ce que je veux dire aussi, c'est qu'il y a une tolérance au risque plus importante qu'ailleurs ici. C'est ce qui permet de se lancer sur Internet après l'éclatement de la bulle par exemple. La raison n'est pas forcément évidente. Peut-être est-ce parce que justement ici, plutôt que d'aller travailler pour quelqu'un en sortant de l'école, ici, vous montez votre startup, ou alors vous allez travailler pour une startup, ce qui vous permettra de monter la vôtre ensuite. Ce n'est pas pour rien que Mark Zuckerberg (le PDG de Facebook, NDLR), est venu jusqu'ici après Harvard. Il a dit qu'il était venu parce qu'il aime travailler avec des gens qui ont l'esprit d'entreprise.

L'important, quand on veut être entre entrepreneur... C'est de vouloir changer le monde. Quand j'étais enfant, mon père m'a dit qu'il ne fallait pas travailler pour quelqu'un. C'est ce qui m'a amené à l'entrepreneuriat.

Je vous remercie.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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